
Phnom Penh (Cambodge), le 7 janvier 2009. Foule rassemblée au stade Olympique pour la célébration officielle du 30e anniversaire de ce que le parti au pouvoir, le PPC, présente comme "la libération" du joug khmer rouge © Vandy Rattana Le Cambodge a célébré mercredi le 30e anniversaire du 7 janvier dans un Stade olympique bondé (quelque 50 000 spectateurs), des festivités orchestrées par un Parti du peuple cambodgien (PPC) au faîte de sa puissance. Les slogans à la gloire du 7 janvier et du PPC ont été scandés en alternance, repris en chœur par le public composé de fonctionnaires, de religieux, d'élèves et de représentants des arrondissements de Phnom Penh et des 24 villes et provinces du royaume. Cette date donne toujours lieu à une polémique au sein de la classe politique, marquant pour les uns la libération du pays du joug khmer rouge, pour les autres, le début de l'occupation vietnamienne. (article mis à jour 08-01-2008)
Une cérémonie conventionnelle Un petit tour de piste du Stade sous les vivats par les trois Samdech - Chea Sim (président du Sénat), Hun Sen (Premier ministre), Heng Samrin (président de l'Assemblée nationale) - avant qu'ils ne gagnent la tribune d'honneur, présentation des différents corps des forces armées, parade de chars pour les 24 provinces et municipalités du pays, chacun illustrant ses atouts et les réalisations du PPC (pour celui de Phnom Penh, un monument de l'Indépendance en carton-pâte côtoyait des photos de gratte-ciel, pour celui de Siem Reap, des photos du Premier ministre jouant au golf encadraient un Angkor Wat pris d'assaut par des touristes, etc.), quelques pas de danse et des chants... et une statue d'une Tévoda géante, figée dans la même position que celle qui orne le logo du PPC. Pourquoi célébrer le 7 janvier ? Le ministre de l'Information et porte-parole du gouvernement, Khieu Kanharith, avait préparé le terrain lors d'une conférence de presse donnée dimanche 4 janvier matin. Il avait expliqué l'intérêt majeur d'une telle commémoration, une "leçon d'histoire" à ne pas oublier, celle de mauvaises décisions de leaders du pays qui ont conduit à son anéantissement, celle de divisions à surmonter. "Nous avons mis trente ans à reconstruire le pays !" A ceux qui préfèrent honorer le 23 octobre 1991, date de la signature des Accords de paix de Paris - qui ne figure plus sur la liste des jours fériés officiels du Cambodge - qui avait vu toutes les factions khmères s'asseoir à la même table, il a opposé comme argument le fait que "sans le 7 janvier, il n'y aurait pas eu de 23 octobre". En outre, ces Accords ont été, selon lui, mis à terre quand, plus tard, les Khmers rouges ont opéré une volte-face et décidé de se retirer du processus électoral organisé sous la tutelle de l'Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge (Apronuc). "Il faudra attendre 1998 pour que la guerre cesse", que le mouvement khmer rouge soit complètement défait, a rappelé le ministre. Le 7 janvier, a-t-il détaillé, les Khmers rouges ont été chassés du pouvoir par les troupes du Funsk (Front uni national pour le salut du Kampuchea), conduites par Heng Samrin, et aidées par l'armée vietnamienne appelée à la rescousse. Et si certains reprochent au PPC de ne pas reconnaître les réalisations de l'Apronuc, c'est que cette dernière "a dépensé plus de 2 milliards de dollars au Cambodge, et que 80% de ce budget n'est pas entré dans les poches des Cambodgiens mais a été employé à l'achat de matériel à l'étranger. [...] C'est aussi parce que l'Apronuc ne nous a pas aidé à construire des écoles et hôpitaux, à payer les salaires des enseignants... Personne ne nous a aidés !". Un événement que ne s'approprie pas le PPC, selon Khieu Kanharith Le PPC ne tire pas la couverture à lui, a expliqué le porte-parole, et pour en convaincre la presse, il a fait valoir que sur le logo officiel de la cérémonie du 7 janvier ne figurait pas celui du parti et ajouté que "tous les partis politiques" avaient été invités à participer aux célébrations. "Par le passé, les partis d'opposition ont accusé l'Etat de gaspiller l'argent public pour organiser cette cérémonie au lieu de destiner cet argent au développement du pays. Sur ce point, je tiens à préciser que ces festivités ont été financées sur les fonds personnels de membres du PPC", a clarifié Khieu Kanharith. Le ministre s'est ensuite insurgé contre celles et ceux qui clament que le PPC "force" la population à louer le 7 janvier. "Si c'était le cas, le PPC aurait alors mobilisé deux fois plus de monde [mercredi] !, a-t-il défendu. Tous ceux qui ont fait la démarche de venir l'ont fait sur une base bénévole." Et Khieu Kanharith de conclure que ceux qui rejettent la portée symbolique du 7 janvier sont des Cambodgiens vivant à l'étranger. "Ils sont habités par un sentiment de culpabilité. Ils savent que quand leurs compatriotes souffraient, ils étaient impuissants et ne pouvaient pas partager leur douleur. Ils comprennent le 7 janvier. Les critiques qu'ils adressent ne sont que de nature politique !" Petit inventaire des réalisations du PPC C'est Chea Sim, président du Sénat et également à la tête du PPC, qui, mercredi au Stade olympique, a prononcé le discours officiel, sur un air de "plus jamais ça". Evoquant longuement cette "victoire", selon la terminologie officielle, ces célébrations "à la mémoire du sacrifice de nos soldats et compatriotes héroïques à travers tout le pays qui ont combattu avec courage pour sauver le pays du régime génocidaire", il a fait l'éloge du Funsk libérateur et a témoigné sa gratitude, au nom du peuple cambodgien, au Vietnam pour l'aide importante qu'il a apportée en cette période tourmentée de l'histoire du Cambodge. Puis, il a abondamment inventorié les réalisations à mettre à l'actif de son parti, de la politique "gagnant-gagnant", qui a permis de réunifier le pays sur la base de la "réconciliation nationale", la stabilité macro-économique assurée au cours de la dernière décennie, la réduction de la pauvreté, passée de 47% en 1994 à 30% en 2007, les progrès effectués en matière de démocratie et de pluralisme, etc. Il n'a pas omis d'évoquer la prouesse du gouvernement qui a dernièrement obtenu des pays donateurs près de 1 milliard de dollars d'aide pour 2009.
Des difficultés demeurent, a-t-il cependant tempéré, comme les traumatismes laissés par le régime khmer rouge ou encore une culture de non-violence qui reste à construire. C'est pourquoi il a appelé à tirer les leçons du passé : "le peuple est celui qui construit l'histoire", "la solidarité est le facteur clé de tous les succès", "la paix va de pair avec la réconciliation nationale", "la défense de l'indépendance, de la souveraineté nationale et de l'intégrité territoriale doit être assurée en toutes circonstances", "avoir confiance en soi pour résoudre les problèmes nationaux" et, sixièmement, "la solidarité et la coopération avec les autres pays, particulièrement les pays voisins sont nécessaires pour maintenir la paix, la stabilité et le progrès". A ce sujet, il a affiché son soutien au gouvernement qui "redouble d'efforts pour résoudre le conflit frontalier avec la Thaïlande" en vue d'instaurer la paix, la stabilité et le développement à la frontière. Enfin, il a terminé son éloge en déclarant que "les trente dernières années passées ont véritablement montré que le Parti du peuple cambodgien est le parti du peuple, par le peuple et pour le peuple"... 
Phnom Penh (Cambodge), le 7 janvier 2009. Au stade Olympique, juste après la célébration du 30e anniversaire de ce que d'autres estiment être le début de "l'occupation vietnamienne"... © Vandy Rattana Egalement sur Ka-set - Diaporama sonore sur la "Journée de la haine" organisée le 20 mai 2008 (20-05-2008) - Libération ou occupation, comment les Cambodgiens veulent-ils se souvenir du 7 janvier 1979 ? (07-01-2009)
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