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| L'opposition cambodgienne continue la lutte pour obtenir un vrai statut parlementaire |
| Par Duong Sokha | | | 20-11-2008 | 
Phnom Penh (Cambodge), le 24 septembre 2008. Mu Sochua, secrétaire générale adjointe du Parti Sam Rainsy, quittant l'Assemblée nationale après l'investiture du nouveau gouvernement © John Vink / Magnum En déplacement dans la province de Kandal lundi 17 novembre, le Premier ministre du Cambodge a mis fin aux espoirs de la principale formation politique d'opposition, le Parti Sam Rainsy (PSR), de se voir confier un rôle actif au sein du pouvoir législatif. Hun Sen n'y est pas allé par quatre chemins, n'hésitant pas à qualifier "d'idiotes" les revendications des députés PSR, qui proposaient d'amender le règlement intérieur de l'Assemblée nationale afin de reconnaître officiellement le rôle de l'opposition et de lui octroyer des postes clés. En dépit de cette privation des rênes du pouvoir exécutif comme de celles du législatif, le PSR, mis en difficulté ne désarme pas, et continue à revendiquer un véritable statut parlementaire.
Hun Sen : pas de poste parlementaire pour l'opposition Face aux critiques des responsables de l'opposition, qui reprochaient au Premier ministre de les avoir dupés en les ayant poussés à prendre part à la première session parlementaire, le 24 septembre dernier, Hun Sen a préparé une cinglante contre-attaque : aucun poste important au sein de l'Assemblée nationale ne sera désormais confié aux députés du Parti Sam Rainsy, a-t-il déclaré, s'engageant à faire barrage à leur nomination. "Je ne vous ai pas dupés. Vous [Sam Rainsy] avez cherché, par l'intermédiaire de l'oknha Kith Meng, à me parler au téléphone. Or j'ai refusé de vous adresser la parole. Que vous participiez ou non [à la première session de l'Assemblée nationale], c'était votre problème !", s'est indigné "l'homme fort" du pays, au pouvoir depuis 1985. Au lendemain des élections législatives du 27 juillet, le PSR, qui avait gagné 26 sièges, avait fait part à maintes reprises de son intention de boycotter la cérémonie de prestation de serment des députés avant, le jour J, de se raviser. La veille de cette cérémonie, le PSR et le Parti des droits de l'Homme (PDH) de Kem Sokha avaient envoyé un communiqué au chef du gouvernement lui demandant que le rôle des partis d'opposition non représentés au sein du gouvernement soit officiellement reconnu par la chambre basse, en en faisant une condition sine qua non à leur participation aux futurs travaux parlementaires. "Vous avez demandé à modifier vingt-six des quatre-vingt-deux articles [du règlement intérieur de l'Assemblée nationale] dont ceux attribuant un poste de vice-président de l'Assemblée, la présidence de plusieurs commissions et un budget spécifique [à l'opposition] ! Ce sont des requêtes importantes. Vous devrez attendre votre prochaine vie [pour y accéder]", a raillé le vice-président du Parti du peuple cambodgien, grand vainqueur des élections législatives du 27 juillet dernier, avec 90 sièges. N'hésitant pas à qualifier "d'idiote" cette proposition, le Premier ministre a demandé à Sam Rainsy, actuellement en déplacement en France, de "mieux conseiller les membres" de sa formation. Pour un réel équilibre des pouvoirs Le PSR entend cependant continuer à livrer bataille afin d'obtenir des postes importants dans l'Hémicycle, qui seraient répartis en fonction du nombre de sièges décrochés lors des législatives. Une proposition que le député d'opposition Yim Sovann ne juge nullement "excessive". "Nos revendications sont conformes au principe du pluralisme. Nous voulons que les deux pouvoirs législatif et exécutif soient équilibrés", explique l'ancien président de la commission parlementaire de l'intérieur et de la défense nationale, prenant pour exemple les systèmes politiques étrangers : "Aux Etats-Unis ou en Allemagne, si le parti majoritaire détient le ministère de l'Economie, la commission parlementaire de l'économie et des finances doit être attribuée à l'opposition". Le député phnompenhois déplore par ailleurs la faiblesse des commissions de la chambre basse, au nombre de neuf, alors que le gouvernement compte vingt-quatre ministères. Certaines commissions sont ainsi chargées de contrôler les travaux de cinq à huit ministères. "Il s'agit d'un système stupide, estime Yim Sovann. Chaque commission ne devrait contrôler tout au plus qu'un ou deux ministères". Pour Cheam Yeap, président PPC de la commission parlementaire de l'économie, des banques et de l'audit, qui montre en exemple sa commission en relation avec trois institutions "seulement" (le ministère de l'Economie, la Banque centrale et l'Autorité nationale d'audit), cet argument brandi par le député PSR est spécieux : la procédure actuelle, rappelle-t-il, n'empêche en rien la chambre basse de se doter de nouvelles commissions. Un budget pour les partis siégeant à l'Assemblée nationale ? Mais, souligne Yim Sovann, le problème est aussi financier. Il plaide ainsi en faveur d'un renforcement des moyens budgétaires des partis siégeant à l'Assemblée, qui seraient répartis proportionnellement au nombre d'élus, selon des modalités permettant à l'opposition de disposer de financements publics suffisants pour jouer pleinement son rôle. Là encore, les modèles étrangers, notamment européens, servent de source d'inspiration au PSR. "En Allemagne, le budget est réparti en fonction du nombre de voix obtenues par chaque parti. Afin d'être en mesure de donner des conseils constructifs au gouvernement, l'opposition, qui est comme un miroir dans lequel se regarde le gouvernement, doit disposer de moyens financiers", soutient Yim Sovann. "Ces moyens ne sont pas destinés à s'enrichir ni à acquérir des voitures, mais ils servent à acheter des ordinateurs, des fournitures et à payer les factures d'électricité et d'eau", tient-il à préciser. En difficulté, l'opposition garde espoir Privée de tout poste important dans l'Hémicycle, l'opposition se dit sous pression. Elle se plaint de n'accéder que difficilement aux informations concernant la chambre basse, notamment sur les réunions du comité permanent. "Nous ne pouvons pas débattre des projets de loi et donner notre avis pour les modifier avant qu'ils ne soient présentés en session parlementaire. Il nous est donc difficile de servir les citoyens." En réponse à cet ostracisme dont ils se disent victimes, les députés PSR continueront à boycotter les réunions et séminaires organisés dans l'Hémicycle, y compris ceux initiés par les ONG ou la communauté internationale, à l'exception des sessions parlementaires, tant que le rôle de l'opposition ne sera pas officiellement garanti. Les élus du principal parti d'opposition affirment avoir adopté une nouvelle stratégie : travailler hors du système parlementaire, en rendant visite aux habitants pour les "informer des évolutions que connaît le pays". "Le mot 'désespoir' n'existe pas dans le dictionnaire du PSR. Nous continuons à respirer. Nous poursuivons notre lutte, avec espoir. Le succès nous sourira un jour car toute chose a une fin et nul n'est immortel" conclut, philosophe, le député de Phnom Penh, Yim Sovann...
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Pour en savoir plusDes indemnités mensuelles du président de l'Assemblée à celles des députés Elu PPC de Prey Veng et président de la commission parlementaire de l'économie, des banques et de l'audit, Cheam Yeap a communiqué à Ka-set les indemnités mensuelles octroyées, officiellement, aux députés selon leurs fonctions (le taux dollar/riels utilisé ci-dessous, à titre indicatif, est de 4 000 riels pour 1 dollar américain) : - Président de l'Assemblée nationale : 5,5 millions de riels (1 375 dollars) - 1er vice président : 5,2 millions de riels (1 300 dollars) - 2è vice président : 5 millions de riels (1 250 dollars) - Présidents des commissions parlementaires : 5,1 millions de riels (1 275 dollars) - Députés : 4,8 millions de riels (1 200 dollars) Selon la même source officielle, les députés bénéficient chaque mois de 2 millions de riels (500 dollars), qui viennent s'ajouter à leurs indemnités mensuelles, censés leur permettre d'acheter une voiture pour se déplacer dans leur circonscription. De plus, les présidents des commissions reçoivent gratuitement 500 litres d'essence par mois contre 300 litres pour les députés.
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