 Chom Chao (Phnom Penh), 11 janvier 2008. Les ouvrières des usines textiles doivent recevoir une prime mensuelle de six dollars. Une mesure insuffisante, juge le PSR © John Vink / Magnum
La flambée mondiale des cours des produits pétroliers et alimentaires nourrit la grogne et remet sur le tapis la question d'une réévaluation des salaires. Au Cambodge, les revendications salariales vont bon train, notamment chez les représentants syndicaux et les fonctionnaires. A moins de trois mois des élections législatives, le parti d'opposition parlementaire de Sam Rainsy a repris à son compte ces appels, et élaboré une nouvelle proposition de loi établissant le salaire minimum à 300 000 riels (75 dollars) au lendemain d'une manifestation anti-inflation qu'il a menée le 6 avril dernier à Phnom Penh.
PSR : Améliorer le niveau de vie des habitants Dix des vingt-quatre élus du Parti Sam Rainsy ont, le 29 avril, sollicité auprès du président de l'Assemblée nationale Heng Samrin un rappel des députés, mis en vacances, pour examiner "en urgence" leur proposition de loi. Un texte articulé en six articles qui impose un réajustement des salaires en fonction de l'augmentation du coût de la vie.
"La croissance économique que connaît le pays et les recettes engrangées par l'Etat sont suffisantes pour garantir aux travailleurs cambodgiens un salaire minimal qui puisse les faire vivre correctement. Ces personnes concourent activement au progrès économique et elles doivent par conséquent en retirer les bénéfices, et non pas être étranglées [depuis plusieurs mois par la spirale inflationniste]", martèle le ténor de l'opposition Son Chhay, représentant des signataires de son parti, dans une note adressée à l'Assemblée.
Le soutien de deux grands syndicats Les deux puissants syndicats frères que sont l'Association indépendante des enseignants du Cambodge (AIEC) et le Syndicat indépendant des ouvriers du royaume du Cambodge ont apporté sans l'ombre d'une hésitation leur soutien à cette initiative, reflet de leurs continuelles préoccupations. Rong Chhun, président de l'AIEC, a à maintes reprises appelé à une réévaluation du salaire minimum des fonctionnaires à 100 dollars, et des ouvriers à 82 dollars. "Si la volonté politique est là, les dirigeants sont en mesure de concrétiser cette mesure en luttant énergiquement contre la corruption et en procédant à une collecte rigoureuse des taxes", suggère la tête de proue de l'AIEC, qui revendique 8 000 enseignants membres.
Si Chea Mony, le leader du Siorc, ne peut lui aussi que prendre fait et cause pour la proposition de loi du PSR, il estime qu'un salaire porté à 75 dollars comme le préconise le parti avec lequel son syndicat entretient des liens étroits constitue une hausse négligeable si l'inflation continue de porter des coups durs au portefeuille de ses concitoyens. "Le gouvernement doit contrôler et être informé des pertes et bénéfices de chaque usine afin que les gains soient correctement partagés avec les ouvriers, tout comme il doit mettre fin à la pratique néfaste des pots-de-vin", recommande pour sa part le leader du Siorc, qui déclare 80 000 ouvriers membres répartis sur 220 usines.
PPC : Opération démagogique du PSR Cheam Yeap, le président de la commission parlementaire des finances et l'une des voix importantes du Parti du peuple cambodgien, au pouvoir, crie à l'opportunisme, réduisant la proposition de loi du PSR à un simple effet d'annonce aux visées démagogiques alors que se profile le scrutin législatif du 27 juillet. "Ils [les élus du PSR] cherchent à s'assurer les bulletins de vote des ouvriers et de leurs proches. De plus, la procédure qu'ils invoquent est illégale puisque seul le comité permanent [de la chambre basse] peut convoquer les élus en session extraordinaire, et ce sur demande du roi, ou du Premier ministre, ou alors d'au moins un tiers des députés [soit 43 au minimum] alors qu'ils ne sont que dix à avoir déposé cette demande !", fait valoir le parlementaire.
Cheam Yeap défend le bilan du gouvernement L'élu remémore les dernières mesures destinées à atténuer les effets de l'inflation prises par le gouvernement : "hausse de 20% du salaire de base des fonctionnaires, des forces de l'ordre et des retraités, hausse de 100% des primes mensuelles versées aux familles des fonctionnaires et de 10% des rémunérations des enseignants effective depuis avril, octroi pour les ouvriers de la confection textile d'une prime mensuelle de réajustement au coût de la vie de 6 dollars". L'élu termine sa leçon en expliquant que les augmentations de salaires sont décidées au prorata de la croissance économique et du produit intérieur brut et que le gouvernement place évidemment en tête de ses priorités le bien-être de la population.
De son côté, Oum Mean, secrétaire d'Etat au Travail et à la formation professionnelle, indique simplement que la revalorisation des salaires des ouvriers relève des compétences du Comité consultatif du travail, regroupant des représentants des ministères et des syndicats ouvriers et patronaux, et renvoie au Code du travail adopté en 1997.
Le soutien du Funcinpec pas sollicité Le PSR n'a pas les mêmes priorités que le gouvernement, déplore au PSR Son Chhay. Il ne manque pas de rappeler que celui-ci a fait revenir le 8 mai sur les bancs de l'Assemblée les députés pour adopter au plus vite un projet de loi portant sur une joint-venture khméro-malaisienne, Power Synergy Corporation, qui doit construire à Sihanoukville une centrale à charbon, plutôt que de les faire plancher sur la question des salaires, source potentielle, selon lui, de troubles sociaux. Son Chhay n'entend pas désarmer, et projette de rallier à sa cause les élus Funcinpec, au nombre de 26.
"Je soutiens toute proposition de loi servant les intérêts de la population... Mais le PSR ne m'a pas contacté", commente Monh Sophan, élu Funcinpec et vice-président de la commission des lois. Son collègue Khieu San salue également l'initiative du PSR. "Ce texte me satisfait car mes proches sont tous des ouvriers ou des policiers mais le PSR ne m'a pas demandé de signer son texte, preuve qu'il agit pour sa seule paroisse", tranche l'élu Funcinpec. |