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L'opposition cambodgienne toujours sous pression
Par Duong Sokha   
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23-06-2008

Démontages de pancartes, accès aux médias restreint, discriminations, intimidiations, menaces, agressions verbales et physiques... La liste des obstacles qui se dressent sur la route des militants politiques des partis d'opposition est longue, à en croire leurs dirigeants. Ces derniers n’hésitent pas à pointer du doigt le parti au pouvoir, le Parti du peuple cambodgien (PPC), qui dispose par rapport à ses concurrents d'importants moyens pour mener ses activités de propagande politique. Une situation qui risque d'avoir un impact majeur sur l'issue des élections législatives du 27 juillet. En l'état actuel, dénoncent-ils d'ores et déjà, rien ne garantit qu'elle seront libres et justes. Autant d'accusations que le PPC récuse.

 

Intimidations et violences
L'accusation n'est pas nouvelle, mais ressurgit à chaque nouveau scrutin au Cambodge : les partis politiques d'opposition se disent victimes de discrimination voire de menaces de la part des autorités locales, dont la plupart sont aux mains de membres du PPC. "Des citoyens manifestent régulièrement leur volonté de nous soutenir. Or les autorités leur disent que s’ils ne rejoignent pas leur camp [le PPC], elles ne faciliteront pas leurs démarches administratives”, dénonce Kem Sokha, président du Parti des droits de l’Homme (PDH). “Cela les effraie et ils évitent de nous appuyer publiquement”, affirme l'ancien président du Centre cambodgien des droits de l'Homme, qui rappelle que deux de ses militants ont été tués depuis la tenue de son premier congrès en juillet 2007. Des meurtres dont les motivations politiques n'ont cependant pas été établies.

Le Parti Norodom Ranariddh (PNR) reproche également aux autorités locales d'utiliser à la fois la carotte et le bâton pour contraindre ses membres à rallier le PPC, en entravant d'une part la tenue de meetings et en leur proposant d'autre part de l'argent pour qu'ils quittent leur formation. Comme au PDH, deux militants du PNR ont été tués entre mars et mai dernier. "Nous avons porté plainte auprès des autorités, en vain. Ce sont les mêmes personnes qui nous veulent du mal et sont chargées de régler ces questions", déplore Muth Chantha, porte-parole et tête de liste du PNR à Phnom Penh aux législatives.

Même le parti de la coalition au sein du gouvernement, le Funcinpec laisse entendre que ses militants auraient eux aussi été victimes de menaces de la part de militaires durant leurs missions politiques. "Nous nous sommes efforcés de régler ce problème en contactant directement leurs chefs qui les ont finalement blâmés. Nous faisons partie du gouvernement. Le résultat a donc été satisfaisant", précise le secrétaire général du Funcinpec, Nhek Bun Chhai.

Le casse-tête du prince Ranariddh
Le porte-parole du PNR ne cache pas qu'au-delà des pressions subies au niveau local le principal obstacle qu'il rencontre est lié aux déboires judiciaires de son président, le prince Norodom Ranariddh, toujours en exil volontaire en Malaisie, condamné par contumace le 13 mars 2007 à 18 mois de prison ferme et à 150 000 dollars de dommages et intérêts pour abus de confiance dans le cadre de la vente du siège de son ancienne formation, le Funcinpec. Pas facile dans ces conditions de continuer à piloter à distance son jeune parti, fondé le 16 décembre 2006. "Cela aura inévitablement un impact sur les élections. Nous ne pouvons mener librement et ouvertement nos activités, alors que le PNR a un vrai potentiel. Les élections ne seront pas libres et justes", clame le représentant du PNR, rappelant que les représentants de la société civile ont appelé le gouvernement à trouver une solution pour assurer la participation active du prince Ranariddh au scrutin de juillet. Ce à quoi le Premier ministre Hun Sen avait publiquement rétorqué que le prince serait "menotté et emprisonné" s’il mettait un pied sur le sol cambodgien.

 

Le PSR dans le viseur de la justice
Sam Rainsy est actuellement sous le coup d'une plainte pour diffamation et diffusion de fausses informations déposée contre lui par le ministre des Affaires étrangères Hor Namhong. L'Assemblée nationale ne passera pas au vote la levée de son immunité parlementaire avant la tenue des élections mais l'élu de Kompong Cham aura ensuite sans aucun doute maille à partir avec la justice. Des démêlés judiciaires qui ne se limiteront pas à cette affaire, le Premier ministre ayant récemment ordonné l'ouverture d'une enquête pour établir d'une part les liens supposés entre le PSR et les "Cambodian Freedom Fighters", un mouvement accusé d'avoir tenté en 2000 de renverser le gouvernement, et d'autre part l'implication éventuelle de ce parti dans une attaque menée contre Hun Sen à Siem Reap en 1998.

Démontages de pancartes
Autre difficulté, rencontrée par l'ensemble des partis d'opposition : les autorités locales exigent qu'ils sollicitent leur autorisation avant d’installer des enseignes et n'hésitent pas à les démonter. "Un exemple concret : nous avons demandé de mettre notre pancarte à Chroy Changvar, mais les autorités de l’arrondissement de Russey Keo l’ont détruite, s’indigne Son Chhay, un ténor du Parti Sam Rainsy (PSR), élu de Phnom Penh. C’est un acte violent. Selon la loi, chaque formation a le droit de dresser des pancartes dans les lieux publics."

"Poser une simple pancarte est quelque chose de compliqué pour nous. Parfois, on nous refuse l'autorisation alors que le PPC, lui, est en mesure de les mettre n’importe où", critique Kem Sokha, candidat du PDH au poste de Premier ministre.

"Les autorités communales n'ont toujours pas compris que pour planter un panneau politique, il nous suffit en fait de les en informer, et non pas de demander leur autorisation", explique Ban Sophal, président du Parti de la société de justice (PSJ) qui prend part pour la première fois à un scrutin après son lancement en août 2006.     

Des autorités locales peu "coopératives"
"En tant que députés, nous devrions jouir des mêmes droits auprès des autorités locales. Or ces dernières, affiliées au PPC, ne se montrent pas coopératives lorsque nous les contactons pour organiser des meetings ou régler les litiges fonciers", signale Son Chhay, qui affirme que le 13 juin, les autorités de l’arrondissement de Russey Keo ont empêché la tenue d'une réunion avec des membres de la communauté musulmane et ce malgré sa demande d'autorisation.

Les rapports du parti Hang Dara du mouvement de la démocratie avec les autorités ne sont guère meilleurs : "Elles disent aux gens de ne pas nous rejoindre parce que nous sommes pauvres. Et si nos membres tiennent un commerce, elles déconseillent aux habitants de se fournir chez eux... Il règne un esprit de clan !", s’indigne Seng Sokheng, secrétaire général du parti.

Radio et télévision vérouillées
Sur le plan médiatique, l'ostracisme est encore plus marqué, dénoncent les formations d'opposition. Les obstacles sont financiers, mais pas seulement.

"Nous ne possédons aucun média. Et les radios n’osent pas nous louer leur temps d'antenne. Et même si le Comité national électoral a demandé aux radios et télévisions de vendre des plages horaires à tous les partis pendant la campagne électorale, les tarifs proposés – ceux des publicités commerciales - sont trop élevés", souligne Kem Sokha.

"Nous avons contacté les sept chaînes de télévision pour diffuser un spot, mais elles refusent toutes de nous louer des espaces, rapporte Son Chhay. Nous ne pouvons qu’émettre nos programmes sur des radios indépendantes du PPC. Si les médias étaient un peu plus ouverts, nous sommes convaincus que le PSR vaincrait", croit le député PSR, qui constate que le chef du gouvernement ne se prive pas de son côté d'utiliser les médias pour s'en prendre aux autres partis et surtout au PSR.

PSR et PDH se sont cependant offert chacun une heure d'émission quotidienne sur radio Abeille (105 FM), l'un de 11h à 12h, l'autre de 12h à 13h. Le PSR loue également deux heures d'antenne chaque jour, de 16h à 18h sur Moha Nokor (93.5 FM). Une goutte d'eau par rapport aux émissions quotidiennes vantant les mérites du PPC sur les autres stations de radio et chaînes de télévision [lire encadré].

Les formations moins connues, tels le Parti de la république khmère dirigé par Lon Rith, le parti Hang Dara et le parti de la société de justice (PSJ), estiment, quant à elles être délaissées par les médias locaux et internationaux. "Ils ne parlent que des principaux partis et ne s'intéressent pas à nous, nous considérant comme des partis mineurs", se désole le président du PSJ Ban Sophal.

La société civile inquiète
Ces difficultés, qui refont surface à chaque scrutin, ont conduit le Comité cambodgien d'action des droits de l'Homme (Chrac), une coalition de 21 organisations non gouvernementales, et les organisations d'observation électorale Comfrel et Nicfec à faire part de leurs inquiétudes. Dans un communiqué, ils disent avoir relevé, de janvier à mai 2008, pas moins de 5 meurtres, 21 cas de harcèlement et de menaces à l'encontre de militants politiques et 21 décrochages de panneaux dans l'ensemble du Cambodge.

Autant de dénonciations que le porte-parole du PPC et du gouvernement, Khieu Kanharith, réfute catégoriquement. En guise de réponse, le ministre de l'Information critique "certains partis" qui n’ont, selon lui, "pas de vertu". "Certains partis disent que le PPC est un traître qui vend le territoire du pays. Cela provoque des disputes verbales dans les circonscriptions locales", fait valoir Khieu Kanharith. Quant à la question de la médiatisation, le ministre estime que les médias d'Etat n'ont pour rôle que de disséminer les informations concernant le gouvernement. Les autres partis, eux, disposent d'un accès privilégié aux "médias étrangers", notamment les radios, fait-il valoir.

Pour en savoir plus

Lire aussi sur Ka-set
- Montée des violences contre des militants politiques au Cambodge : la société civile s'inquiète (02-06-2008)
- Campagne des législatives : les partis annoncent la couleur (12-05-2008)
- Dans les affres de la période pré-électorale (31-03-2008)

La télévision d’Etat très largement favorable au PPC
Les téléspectacteurs cambodgiens le constatent quotidiennement : la télévision nationale du Cambodge (TVK) ne cesse d’intensifier la diffusion de programmes relatant les activités de hauts fonctionnaires du gouvernement, et donc du PPC, qui rendent visite à leurs militants, distribuent des dons, participent aux cérémonies d’intronisation de nouveaux membres... Une propagande dénoncée dans le quatrième rapport du Comité pour les élections libres et équitables au Cambodge (Comfrel) une importante organisation d’observation électorale dans le royaume, publié le 13 juin. D’après une enquête réalisée sur la chaîne TVK du 8 janvier au 20 mai, le PPC est systématiquement présenté de façon positive et apparaît beaucoup plus souvent que ses concurrents (84% du temps d'antenne consacré aux partis politiques, soit 351 mentions, toutes positives), le Funcinpec est traité de manière neutre (9% du temps d'antenne, 39 apparitions), tandis que la principale force d'opposition, le PSR, n'est mentionnée que rarement (7%, soit 30 fois) et toujours négativement, que ce soit à travers les déclarations du Premier ministre sur les défections de membres du PSR qui ont rejoint le PPC ou les propos de ces derniers faisant état de menaces à leur encontre de la part de leur ancienne formation.




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