Khmer
    Français


Vendredi 21 Novembre 2008
12:53 (Phnom Penh)
Advertisement
Ka-set est un site d'information indépendant mis à jour quotidiennement en français et en khmer sur le Cambodge et les Cambodgiens d'ailleurs.

Rendez-vous

Ceux Qui Marchent Debout (concert)
 → ven nov 21 @06:00 - :0900:
Danses Apsara
 → ven nov 21 @07:00 - :0800:
"Sauvez l'écosystème" (documentaires)
 → ven nov 21 @08:00 - :1000:
50e anniversaire d'Enfants du Mékong (Paris)
 → sam nov 22 - dim nov 23
L'oiseau de paradis
 → sam nov 22 @04:00 - :0531:

Alerte

Recevez les derniers articles par courriel
Temple de Preah Vihear : les enjeux du litige entre le Cambodge et la Thaïlande
Par Duong Sokha et Laurent Le Gouanvic   
Convertir en PDF Version imprimable Suggrer par mail
16-06-2008

Cambodge - Preah Vihear © John Vink / Magnum
Preah Vihear (Nord-ouest du Cambodge), le 9 mars 2008. Chaque jour,
des centaines de visiteurs accèdent au sanctuaire via la Thaïlande
© John Vink / Magnum

"La Cour, par neuf voix contre trois, dit que le temple de Preah Vihear est situé en territoire relevant de la souveraineté du Cambodge." Quarante-six ans très précisément après avoir été prononcé, cet arrêt de la cour internationale de justice de La Haye, daté du 15 juin 1962, continue de faire couler beaucoup d'encre, de part et d'autre de la disputée frontière khméro-thaïlandaise, alors que la demande du Cambodge d'inscrire le temple sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco pourrait enfin être satisfaite, d'ici une vingtaine de jours. Après plusieurs mois de vifs échanges entre les parties thaïlandaise et cambodgienne, les gouvernements voisins, tous deux soucieux de ne pas se laisser déborder par leurs oppositions, semblent au moins s'être mis d'accord sur la stratégie à adopter, officiellement : jouer l'apaisement.

 

Les tensions ravivées
"Khao Phra Viharn" : les Thaïlandais auront rarement autant entendu ce nom - l'équivalent thaï de Preah Vihear. Quotidiennement, la presse thaïlandaise s'attache depuis des mois à rapporter la moindre déclaration des autorités et groupes de pression des deux pays voisins relative au dossier sensible du classement de ce temple sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco.

Les joutes verbales ont été relancées en février 2008, au lendemain du dépôt par le Cambodge d'un nouveau dossier d'inscription du temple hindouïste sur la fameuse liste de l'Unesco, à Paris. Le délai a beau avoir été respecté, le dossier dûment complété et bien reçu par l'instance onusienne, la partie n'est pas pour autant terminée, le voisin thaïlandais jouant encore les trouble-fête, alors que certains continuent d'exiger une gestion commune du site.

"En tant que propriétaires du temple de Preah Vihear, nous avons bien le droit de remplir et de déposer des dossiers", souligne Phay Siphann, porte-parole du Conseil des ministres cambodgien, en charge de cette question. Jusqu'à présent pourtant, l'opposition de la Thaïlande a suffi à faire échouer les tentatives du Cambodge, dont la première candidature, pour Preah Vihear, remonte à 2005.

"Pas un pouce de territoire"
Depuis février, les déclarations se sont succédé, notamment par la voix du ministre des Affaires étrangères thaïlandais Noppadon Pattama. Le 10 avril, le haut responsable thaïlandais transmettait ainsi à l'ambassadeur cambodgien à Bangkok une protestation officielle contre l'envoi "de militaires et policiers" dans la zone contestée située au pied du temple. Peu après, il se disait publiquement déterminé à ce que la Thaïlande "ne cède pas un pouce de territoire au Cambodge".

Côté cambodgien, les annonces officielles se font plus rares, les autorités se contentant de rappeler leur souveraineté, reconnue depuis 1962, sur le temple. La présence de troupes armées cambodgiennes à Preah Vihear ? Un simple malentendu, justifiait Hang Soth, directeur général de l'Autorité nationale de Preah Vihear : ces hommes et femmes en uniformes visitaient innocemment le sanctuaire, profitant d'une escapade à l'occasion de l'inauguration par Hun Sen du chantier de la nouvelle route reliant le chef-lieu de la province de Preah Vihear au temple éponyme, le 5 avril... La toute première exposition consacrée aux archives et documents sur Preah Vihear, présentée à Phnom Penh ce dimanche 15 juin à l'occasion du 46e anniversaire de la décision de la Cour internationale de Justice ? Une manifestation pacifique, pédagogique et culturelle, organisée en toute simplicité à l'initiative d'une organisation non gouvernementale, la Fondation de soutien de la civilisation khmère, sous l'oeil bienveillant des autorités phnompenhoises...

Une bataille diplomatique
Ces déclarations et micro-événements, officiels ou non, viennent surtout appuyer une bataille qui se joue sur le terrain diplomatique. Les délégations menées par le Secrétaire permanent du ministère des Affaires étrangères thaïlandais Virasakdi Futrakul d'une part, et le ministre cambodgien du Conseil des ministres Sok An d'autre part, se sont ainsi longuement rencontrées le 6 mai, à Phnom Penh. Le 22 mai, Sok An s'entretenait cette fois avec le ministre thaïlandais des Affaires étrangères Noppadon Pattama et les représentants de l'Unesco à Paris. Des discussions qui ont permis au Cambodge de décrocher enfin le soutien de la Thaïlande en vue de l'inscription de Preah Vihear sur la liste du patrimoine mondial. En échange de quoi le royaume khmer s'est engagé à présenter une demande ne portant que sur le temple, et non ses environs, et à proposer un plan restreint de la zone qui bénéficiera du précieux label onusien.

Un plan restreint
Le Cambodge a tenu sa promesse le 5 juin, remettant un plan revu et corrigé n'incluant que le sanctuaire de Preah Vihear et, selon Phay Siphann, un périmètre d'environ "30 mètres autour de sa base", sans la zone contestée de 4,6 km2 mentionnée dans le document initial. Un changement de stratégie que les autorités cambodgiennes présentent comme un pas supplémentaire vers l'accession à la prestigieuse liste, et non comme une reculade. "Dans un premier temps, il faut avant tout que le temple soit inscrit sur la liste du Patrimoine mondial. Lors des discussions avec l'Unesco, à Paris, nous ne devions pas parler de la question frontalière", tient à préciser le porte-parole du Conseil des ministres.

"C'est une stratégie intelligente, félicite Moeung Sonn, président de la Fédération de soutien de la civilisation khmère ainsi que de l'Association des entreprises touristiques du Cambodge. Si on avait attendu d'avoir résolu les deux questions [le classement de Preah Vihear et le tracé frontalier], cela aurait pris beaucoup de temps. Pour l'instant, inscrivons le temple. Le problème des frontières, on le réglera après. En agissant de la sorte, nous pouvons développer le site. S'il ne figure toujours pas sur la liste du patrimoine mondial, cela posera des difficultés financières et nuira à sa conservation."

"Affaire très sensible"

Sur quelle base a été réalisé le nouveau plan proposé par le Cambodge, dévoilé entre le 2 et 10 juillet, lors de la 32e session du Comité du patrimoine mondial à Québec ? Quelles seront les conséquences sur les futures négociations concernant les frontières ? Difficile d'en savoir plus. "C'est une affaire très sensible, prévient le président du Comité cambodgien de résolution des litiges frontaliers", Var Kim Hong. "Il faut surtout ne rien faire qui risquerait de porter atteinte aux frontières des deux pays", insiste-t-il, sans plus de commentaire. Ni Ty Yath, président de l'Autorité nationale de Preah Vihear, ni Chuch Phoeung, conseiller de cette institution et secrétaire d'Etat à la Culture, pas plus que l'ambassade de Thaïlande à Phnom Penh n'ont souhaité s'exprimer sur le sujet.

Selon les quotidiens anglophones Bangkok Post et The Nation, le nouveau plan, qui devrait être accepté par le gouvernement du Premier ministre thaïlandais Samak Sundaravej dans les jours qui suivent, n'a pas suffi à apaiser la virulente opposition démocrate. Dès le lendemain de la remise de ce document, l'opposant Alongkorn Ponlaboot dénonçait une "trahison à la nation" et la "vente de la souveraineté thaïlandaise" affirmant qu'en soutenant la demande du Cambodge, la Thaïlande perdrait tout droit de revendiquer une quelconque souveraineté sur le temple et de revenir sur une décision de 1962 "injuste et non fondée sur la loi"...

Des arguments repris "en off" par certains militaires. A tel point que le ministre des Affaires étrangères thaïlandais a dû rappeler aux gradés que seul le gouvernement était habilité à s'exprimer devant les médias sur ce dossier, qui ne concerne que le sanctuaire de Preah Vihear...

Sous les vieilles pierres, le pétrole ?
Le temple et rien d'autre : les deux parties semblent désormais avoir accordé leurs violons, mais les  difficultés à s'entendre sur ce dossier, pourtant déjà tranché il y a plus de quatre décennies, laissent présager de longues discussions à venir. Outre la délimitation des frontières terrestres, à laquelle travaille une équipe mixte depuis la signature d'un Memorandum d'entente mutuelle en 2000, reste à régler l'épineux différend maritime... et pétrolifère. L'opposition thaïlandaise accusait son gouvernement d'avoir bradé le temple sacré de Preah Vihear contre des concessions sur le gaz et le pétrole qui pourraient être confiées à l'ancien Premier ministre déchu Thaksin Shinawatra. Les intéressés ont démenti et aujourd'hui, responsables cambodgiens comme thaïlandais clament haut et fort que tous ces dossiers sont indépendants. Patrimoine religieux et touristique, nationalisme et pétrole : tout cela constituerait en effet un cocktail explosif.

 


Cet e-mail est protg contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir