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Opération de charme des partis politiques cambodgiens auprès des syndicats
Par Duong Sokha   
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09-06-2008

Tiou Long Saumura / ceremonie Chea Vichea / Phnom Penh © John Vink / Magnum
Phnom Penh, le 22 janvier 2008. Tioulong Saumura lors de la commémoration de l'assassinat du syndicaliste Chea Vichea
© John Vink / Magnum

Les syndicats représentent une force au sein du corps électoral cambodgien à ne pas négliger. Les syndicats d'ouvriers de la confection textile sont les plus nombreux, un secteur qui emploie 365 175 personnes dans 518 usines au Cambodge selon les chiffres du ministère de l'Emploi. Les partis politiques l'auront compris et, à l'approche des législatives du 27 juillet, multiplient les offensives de charme envers les leaders syndicaux. Quant à ces derniers, ils clament haut et fort leur indépendance vis-à-vis des partis même s'ils ont souvent par le passé affiché plus ou moins ouvertement leurs sympathies envers certaines formations politiques.

 

Des syndicats courtisés
Au Funcinpec, on ne cache pas rechercher les soutiens des ouvriers et des enseignants, deux corps de métiers représentés par de nombreux et puissants syndicats. Nan Sy, porte-parole du parti, affirme ainsi que sa formation a approché le président du médiatique Syndicat indépendant des ouvriers du royaume du Cambodge (Siorc), connu pour ses prises de position alignées sur celles de l'opposition. "Depuis sa réforme interne [en octobre 2006], le Funcinpec s'intéresse de plus près à cette tranche de la population dont nous voulons améliorer le niveau de vie", prêche le représentant.

Même discours chez son partenaire de la coalition gouvernementale, le Parti du peuple cambodgien (PPC), qui ces dernières semaines est entré en contact avec plusieurs syndicats dont le Siorc. "Nous voulons nous assurer du soutien des ouvriers avant et après les élections, fait valoir Cheam Yeap, un des membres proéminents du comité permanent du comité central du PPC. Preuve que nous nous soucions de leur sort, nous avons oeuvré pour que leur soit octroyée une prime mensuelle de 6 dollars de réajustement au coût de la vie !"

Le Parti Norodom Ranariddh (PNR), qui va se lancer dans sa première campagne électorale, affirme de son côté ne pas vouloir "s'ingérer dans les affaires des syndicats" même si "certains d'entre eux disent nous soutenir", souligne son porte-parole Muth Chantha, lapidaire. "De toute façon, chaque voix compte", termine-t-il.

Au jeune Parti des droits de l'Homme (PDH), la composante ouvrière est, dit-on, l'un des piliers de la formation au point que le PDH a jugé utile il y a quelques semaines d'organiser un "congrès des ouvriers" à son siège phnompenhois. Dans le même temps, son président Kem Sokha exprime son souhait que "les syndicats ne soient affiliés à aucun parti politique". "Il est vrai que nous entretenons des relations étroites avec certains syndicats comme le Siorc mais cela ne signifie pas pour autant que nous leur demandons de servir les intérêts du parti. Devant les urnes, les ouvriers seront les seuls à décider !"

Le Parti Sam Rainsy (PSR) a toujours été perçu comme l'ami des ouvriers et des enseignants, dont il a pris la tête lors de plus d'une manifestation. Pour son président Sam Rainsy, cette ligne de conduite ne changera pas. "Lors de la Journée internationale du travail le 1er mai dernier, nous avons reçu à notre siège quelque 10 000 ouvriers, qui avaient été informés de notre meeting par leurs syndicats. L'un de nos principaux objectifs est d'obtenir une réévaluation de leurs salaires", martèle l'élu de Kompong Cham, promettant une baisse du prix des denrées alimentaires en cas de victoire de son parti.

Un syndicat des enseignants "indépendant" mais pas neutre
Rong Chhun, à la tête de l'Association indépendante des enseignants du Cambodge (AIEC), déclare solennellement "ne se soumettre à aucun parti" mais "se ranger du côté des 'démocrates'". "Par exemple, si le PSR agit en faveur des enseignants, lutte contre l'immigration illégale et se pose en défenseur de l'intégrité territoriale, alors nous appellerons nos membres à voter pour lui". Un discours plutôt contradictoire pour ce fonctionnaire de l'Education également président de l'Union des syndicats du Cambodge, qui finit par avouer clairement que PPC et Funcinpec n'ont pas les faveurs de son syndicat.

Si Rong Chhun confesse une sympathie pour le PSR, il y met toutefois un bémol. "J'ai de bons rapports avec le PSR mais sur un plan individuel. Je discute ainsi beaucoup avec Mu Sochua [secrétaire générale adjointe du PSR] sur les moyens d'améliorer la société. Après, mon syndicat n'est pas une antenne de ce parti et ne reçoit aucune consigne politique de qui que ce soit", insiste le président de l'AIEC, qui revendique 8 000 membres au Cambodge. Et Rong Chhun d'ajouter qu'il annoncera au moment de la campagne sur quel parti il s'alignera.

Un Siorc qui prend ses distances avec le PSR
A l'inverse de son frère Chea Vichea, qu'il a remplacé à la tête du Siorc après son assassinat en janvier 2004, Chea Mony n'entretient pas avec Sam Rainsy de relations aussi privilégiées. Comme l'AIEC, avec laquelle il travaille main dans la main, le président du Siorc (plus de 80 000 membres revendiqués) met à son tour en avant l'indépendance de son syndicat et son appui aux "partis démocrates".

"Je n'obéis à aucun parti car la société civile, par définition, est indépendante. Mon syndicat est en cela différent des autres qui fonctionnent grâce aux subsides de partis politiques ou du gouvernement." Chea Mony assure qu'il ne transmettra aucune consigne à ses membres, "ce qui reviendrait sinon à bafouer leurs droits d'électeur".

Les manifestations portant des revendications sociales ont souvent rassemblé sur le pavé militants des syndicats indépendants du gouvernement et du Parti Sam Rainsy. Des batailles qui ont laissé chez Chea Mony des souvenirs forts, confie l'intéressé, mais n'ont pas entaché l'indépendance de son syndicat. "Si je fais campagne en faveur d'un parti, ce sera à titre individuel, non sous la bannière du Siorc", précise-t-il.

Le 6 avril, le PSR avait appelé la population à se rassembler devant le nouveau siège de l'Assemblée nationale pour protester contre l'inflation galopante. Les observateurs s'étaient étonnés de l'absence de syndicats aux côtés de Sam Rainsy dans un combat qu'ils partagent pourtant. Les rumeurs ont alors commencé à circuler sur l'éventuel ralliement de Chea Mony au PPC. L'ancien enseignant dément avoir été "acheté", et clame "ne pas être à vendre". Il admet que le PPC, comme le Funcinpec et le PDH, cherche à obtenir ses bonnes grâces, ce qui ne le surprend pas à la veille d'un scrutin. "Si ces partis veulent des voix, qu'ils convainquent les électeurs de voter pour eux !", tranche-t-il.

La CCAWDU observe

Les représentants de la Coalition cambodgienne des ouvriers du textile, qui compte 50 000 membres, ont accepté eux aussi les invitations de "deux des trois partis siégeant à l'Assemblée nationale". "Ils ne nous ont pas explicitement demandé de les soutenir. Cela dit, il n'est pas question pour nous de violer les statuts de notre syndicat qui prônent son indépendance politique", rapporte son vice-président Kong Athit, qui dit attendre encore qu'un parti inscrive en tête de ses priorités l'augmentation des salaires des ouvriers.

Les syndicats étiquetés "pro-gouvernementaux"
Certains syndicats ne font pas mystère de leur allégeance au parti au pouvoir. A l'occasion du 1er mai, le Premier ministre Hun Sen a ainsi reçu 8 000 représentants syndicaux qui, aux dires de Cheam Yeap, "sont déterminés à appuyer la politique du gouvernement". Tous seraient donc repartis convaincus et avec une "enveloppe" sous le bras, rapporte un observateur.

La consigne de voter pour le PPC sera donnée aux troupes, confirme Chuon Monthol, président de la Fédération du syndicat khmer (qui revendique quelque 70 000 ouvriers membres) et également conseiller du ministre de l'Intérieur. L'ambiguïté n'est pas de mise. "Nous souhaitons ardemment la victoire du PPC car c'est grâce à lui que les ouvriers ont obtenu une prime", justifie-t-il. Avec l'octroi de ce qui a toutes les apparences d'un cadeau électoral, Hun Sen semble avoir damé le pion à Sam Rainsy sur le terrain social.

 

Pour en savoir plus

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Des ouvriers indifférents à la politique
A la sortie d'usine, les ouvriers interrogés affirment ne pas se préoccuper de politique mais de leurs conditions de vie. "J'espère seulement que le parti qui l'emportera augmentera le salaire des ouvriers car tout est cher aujourd'hui : les loyers, l'électricité, l'eau, l'essence, la nourriture... Les ouvriers n'ont plus la force de travailler", se plaint Khin Sary, 25 ans, venue depuis sa province de Svay Rieng travailler dans une usine en périphérie de Phnom Penh. Chun Sophea, 29 ans, ne se sent pas plus la fibre politique bien qu'il soit membre de la Fédération indépendante du Cambodge, perçue comme proche du pouvoir. "Je n'ai pas de couleur politique mais je constate que c'est souvent le PSR qui agit en faveur des ouvriers", commente-t-il, appelant à son tour à une baisse des biens de première consommation. Un de ses compagnons annonce qu'il votera pour le parti qui appellera à une augmentation du salaire des ouvriers et des enseignants. "Mais si une formation nous demande de faire campagne pour elle, alors je ne le ferai pas !", prévient l'ouvrier, qui n'entend pas être manipulé.

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