 Phnom Penh, 27 juillet 2003. Urnes lors des élections législatives © John Vink / Magnum
A l’image de sa société, la classe politique cambodgienne n’échappe pas au clanisme. On se regroupe davantage autour de leaders qu’autour d’idéologies. Les campagnes électorales sont cependant l’occasion pour les formations politiques de se faire les champions de grands principes. Les promesses électorales sont appuyées, au besoin, de cadeaux, ce qui aide souvent le candidat à convaincre de sa bonne foi et à faire oublier la pauvreté des mesures concrètes à annoncer. Petit tour d’horizon des programmes affichés des principaux partis en lice au Cambodge pour le scrutin législatif du 27 juillet.
La situation a évolué depuis les premières élections organisées au Cambodge en mai 1993, après deux décennies de guerre civile et quatorze mois d’administration onusienne, où s’affrontaient alors le camp de ceux qui se proclamaient les « amis de l’Occident » et dénonçaient le soutien vietnamien apporté au régime en place et le camp du PPC qui se prévalait d’avoir affranchi le pays du joug khmer rouge. Les thèmes de campagne, s’ils suivent l’air du temps, se font cependant écho d’un scrutin à l’autre, comme c’est le cas au parti au pouvoir, le Parti du peuple cambodgien (PPC). PPC : ses réalisations historiques pour toute plate-forme politique Comme à chaque élection, le parti du Premier ministre rend compte de son bilan de compétences. En 36 points, le PPC fait le tour de son programme, et glorifie ses longues années au pouvoir : sa maturité politique dans la gestion des affaires du royaume et, plus généralement, sa contribution à l’histoire du pays, depuis sa participation à l’obtention auprès de la France de l’indépendance du Cambodge en 1953 (le PPC a été créé en 1951) à son rôle joué dans la signature des Accords de Paris du 23 octobre 1991, en n’omettant pas de citer son principal fait d’armes, la libération en 1979 du pays par le renversement du régime du Kampuchea démocratique de Pol Pot. "Sous la conduite du PPC, le pays a remporté une multitude de succès : retour de la stabilité politique, rénovation des infrastructures, réduction de la pauvreté, croissance économique... Des réalisations qu’aucun autre parti n’aurait été en mesure de mettre en oeuvre", gage Cheam Yeap, président de la commission parlementaire de l’économie et des finances, et membre du PPC. Son parti, ajoute l’élu de Prey Veng, est déterminé à continuer à respecter la Constitution de 1993 et la démocratie pluraliste, à combattre la corruption, l’impunité, les trafics en tout genre, le terrorisme national et international, etc. Et à consolider "les quatre piliers de la croissance économique" (confection textile, tourisme, bâtiment et agriculture). Un nouveau point cependant : "Si le PPC remporte un quatrième mandat, nous élaborerons des lois en vue de gérer correctement le pétrole et de ne pas être touchés par la ‘malédiction de l’or noir’", promet Cheam Yeap. Questions d’immigration et un Funcinpec peau neuve pour séduire les électeurs Son partenaire de la coalition gouvernementale, le Funcinpec, surfe quant à lui sur de vielles rengaines qui lui sont chères - défense de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale, lutte contre l’immigration illégale - et dit miser sur la grande réforme interne qu’elle a entreprise en octobre 2007, survenue à la suite de la destitution un an plus tôt du prince Ranariddh de ses fonctions de président du parti. Outre la défense de l’Etat de droit et des droits de l’Homme, du maintien de la paix et de la sécurité, le parti fondé par Norodom Sihanouk le 21 mars 1981 veut dénoncer le non respect des lois par les hommes au pouvoir et le manque d’indépendance du système judiciaire cambodgien. "Notre objectif est d’asseoir un véritable Etat de droit, et de lancer une réforme de l’armée pour la dégager de toute emprise d’un parti politique", fait valoir Hun Phoeung, secrétaire général adjoint du Funcinpec, avant de lister pêle-mêle, comme autres priorités, la lutte contre la corruption, le trafic de drogue et le blanchiment d’argent, ou encore l’amélioration du niveau de vie des habitants des zones rurales. Le chef du gouvernement Hun Sen a conseillé au Funcinpec de soigner sa campagne, laissant entendre que le PPC n’aurait, cette fois-ci, plus besoin des voix de ce parti royaliste pour constituer un nouveau gouvernement qui sera nommé par une majorité simple (50%+1) et non plus par une majorité des deux tiers des députés. Hun Phoeung, secrétaire d’Etat à la Défense et tête de liste à Battambang, estime que son parti "n’étant plus sanctionné par une mauvaise direction", le Funcinpec a toutes les chances d’enrayer la chute de sa popularité. Un PSR social, pourfendeur de l’inflation et initiateur de soins gratuits pour tous "Lutter contre la corruption qui freine le progrès au Cambodge" demeure la promesse phare du Parti Sam Rainsy qui, en 2003, avait axé son discours sur le thème du changement. Avec le coût de la vie qui a sauvagement grimpé ces derniers mois, le parti d’opposition parlementaire a inscrit dans sa profession de foi la prise de mesures anti-inflationnistes ainsi que la création d’emplois, la baisse des prix de produits de consommation courante et l’accès à des soins de santé gratuits pour tous. Pour mettre en oeuvre cette dernière mesure, le PSR préconise l’augmentation de la part du budget national octroyé à la santé afin de mieux rémunérer le personnel médical et une meilleure gestion des aides internationales dans ce secteur. Par la voix de son secrétaire général Eng Chhai Eang, le PSR promet de s’attaquer au chômage en attirant davantage d’investisseurs étrangers "qui généreront des emplois". Il impute par ailleurs l’inflation galopante aux monopoles commerciaux octroyés à certains amis des gens au pouvoir, qui décident selon leur bon vouloir des prix du marché. "Nous nous engageons également à exonérer certains produits comme le pétrole des taxes d’importation afin d’en rendre le prix à l’achat plus accessible, comme c’est le cas dans les pays voisins", poursuit l’élu de Battambang. Education et "people’s power" : fers de lance du Parti des droits de l’Homme Quand il donne le détail du programme de son nouveau parti, dont ce sera la première participation à un scrutin, Kem Sokha commence par annoncer l’offre chaque année de prêts à 50 000 pauvres souhaitant poursuivre leurs études universitaires et l’octroi de bourses d’études aux 10 000 meilleurs élèves du royaume. Et il enchaîne : création d’écoles de formation professionnelle dans les zones rurales, mise en place d’un système de sécurité sociale, création de centres d’accueil des personnes âgées. Pour que le citoyen ait davantage voix au chapitre, l’ancien haut responsable du Funcinpec prévoit d’établir une institution indépendante des droits de l’Homme et, petite originalité, d’inscrire à la Constitution le droit pour le peuple de renverser son dirigeant avant le terme de son mandat par voie référendaire ou via une pétition. Et de limiter les mandats du Premier ministre à deux. Dans ses objectifs également, le renforcement d’une démocratie locale avec l’instauration de rendez-vous réguliers entre les habitants et leurs responsables locaux (à l’échelle de la commune, du district, et de la province) et la tenue chaque année d’un congrès annuel. "Si nous dirigeons le pays, nous ferons du Cambodge un véritable pays démocratique et prendrons des mesures contre l’immigration illégale. Nous rendrons également les deux chambres du Parlement et le système judiciaire indépendants", clame Kem Sokha, qui a acquis une certaines notoriété auprès de ses concitoyens en organisant de nombreux forums publics dans le pays du temps où il présidait le Centre des droits de l’Homme du Cambodge . Enfin, le Parti des droits de l’Homme veut mettre l’accent sur l’agriculture avec la construction de réseaux d’irrigation, la création d’une association d’agriculteurs, l’institution d’agences agricoles étatiques et de banques agricoles locales qui viendraient soutenir ce secteur. Et les autres... Aucun responsable du Parti Norodom Ranariddh n’a eu le temps de répondre à nos questions. Leur plate-forme politique est présentée sur leur site. En sus, de petites formations émergent de la diaspora comme celle de Lon Rith, fils de l’ancien président de la République khmère Lon Nol, le Parti khmer républicain, ou encore le Parti Sangkum Khmer Niyum dont le président Oeun Sarath vit en Californie. D’autres partis locaux s’engagentdans la bataille électorale, dont le poids est insignifiant et l’existence plus ou moins ignorée par les Cambodgiens tant ils sont discrets...
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