 Takmau (Kandal), le 27 juillet 2008. Le Premier Ministre Hun Sen pose la main sur l'urne après avoir voté lors des élections législatives © John Vink / Magnum
Les résultats provisoires des élections législatives du 27 juillet, proclamés samedi 9 août par le Comité national électoral (CNE), confirment sans surprise l'imposante victoire du Parti du peuple cambodgien (PPC), au pouvoir, crédité de 58,1% des voix, loin devant le Parti Sam Rainsy (PSR - 21,9% des voix), son principal rival. Le parti des droits de l'Homme (PDH), le Funcinpec et le Parti Norodom Ranariddh se partagent le reste des suffrages. En décrochant plus des deux-tiers des sièges de députés, le PPC est en mesure de faire adopter à sa guise les projets et propositions de loi. La marge de manoeuvre de l'opposition, éclatée, est plus que jamais réduite. PSR, PDH et PNR se disent déterminés à opposer un front commun pour faire contrepoids au pouvoir du PPC, et réactivent l'idée d'une alliance qu'ils n'étaient pas parvenu à mettre sur pied avant les élections.
Un PPC pas plus imposant qu'avant ? Le score historique du PPC ne changera rien au rapport de forces au sein de l'Assemblée nationale , estiment observateurs de la vie politique et leaders d'opposition. "Que le PPC ait 73 sièges [comme lors de la dernière législature] ou 90 [comme aujourd'hui], il agit dans la plus grande latitude qu'il soit. Même sans les deux-tiers des sièges, il pouvait déjà tout faire !", fait remarquer Hang Puthea, directeur exécutif de l'organisation d'observation électorale Nicfec. Son assise sur les institutions est indiscutable, confirme Kem Sokha, fondateur du Parti des droits de l'Homme qui, selon lui, devrait décrocher trois fauteuils de député. "Nous élèverons la voix quand il y aura besoin de dénoncer des choses qui ne sont pas correctes et en avertirons la population", annonce-t-il. Une alliance de l'opposition en gestation Dès le lendemain du scrutin législatif, les quatre partis, autres que le PPC, ayant obtenu des représentants dans la chambre basse, apparaissaient main dans la main pour appeler ensemble l'opinion locale comme internationale à "ne pas reconnaître" les résultats issus des urnes. Le Funcinpec, alors représenté par son deuxième vice-président le prince Sisowath Sirirath, s'est depuis retiré de cette spontanée solidarité. En effet, entre-temps, le PPC, dont il était le partenaire au sein d'un gouvernement de coalition, lui a fait des offres qu'il a acceptées [lire encadré à droite]. Les trois autres formations, qui rassembleraient 31 sièges, continuent de se serrer les coudes et de plancher sur une alliance dont les modalités restent à définir. Vendredi 8 août, alors qu'elles étaient réunies au siège du PSR pour une conférence de presse conjointe, Sam Rainsy déclarait que le fait qu'ils partagent la même position et les mêmes objectifs constituait déjà les bases d'une alliance. Plusieurs représentants de la société civile plébiscitent cette réunion des forces de l'opposition pour rendre leurs voix plus audibles. Ainsi, pour Kul Panha, à la tête de l'organisation d'observation électorale Comfrel, seule une opposition unie "pourra exercer un véritable contrôle sur les affaires du parti au pouvoir et presser le gouvernement à faire preuve de conscience dans son travail". Une fusion de l'opposition, un vœu pieux ? L'idée n'est pas neuve et revient à chaque nouveau scrutin, avant et après. Ces législatives n'ont pas échappé à la règle. Avant l'enregistrement des partis auprès du CNE, des négociations en ce sens avaient eu cours dans l'opposition, et toutes ont achoppé. "On avait déjà songé à se réunir tous les trois avant le scrutin mais le PSR n'avait pas tranché. De toute façon, il n'est pas trop tard puisque nous avons tous trois décroché des sièges", souligne Kem Sokha. Une fusion fait tout aussi sens au PNR. "Nous devons nous réunir. Le prince Ranariddh [président du PNR] avait appelé sept mois avant la tenue du scrutin à la création d'un grand parti d'opposition. Mais chacun voulait alors mené sa barque seul. Nous devons en tirer la leçon", rappelle You Hockry, secrétaire général du PNR, qui table sur deux sièges à la nouvelle Assemblée. Jusque-là, l'opposition n'est jamais parvenue à accorder ses violons pour parler d'une seule et même voix. Ses projets d'alliance ont toujours succombé face à la stratégie bien rodée du Premier ministre Hun Sen du "diviser pour mieux régner". Une opposition qui se dit plus forte qu'avant D'après les projections en nombre de sièges, PPC et Funcinpec comptabiliseraient 92 (90+2) élus contre 99 (PPC:73 et Funcinpec:26) lors de la dernière législature tandis que l'opposition, jusqu'alors représentée par le seul PSR, passe de 24 à 31 députés (PSR+PDH+PNR), analyse mathématiquement l'opposition. "L'opposition se retrouve donc plus forte qu'avant", se réjouit Kem Sokha. Yim Sovann, réélu député PSR à Phnom Penh, s'insurge à son tour contre l'idée d'une opposition éclatée donc affaiblie. "Non seulement le PSR continue d'exister mais il consolide sa place avec deux sièges en plus. Cela montre au Cambodge comme à l'extérieur que notre parti est le seul véritable adversaire du PPC", fait-il valoir. L'opposition n'aura pas les poings liés, veut croire You Hockry, qui invoque la Constitution. "Une motion de censure contre le gouvernement royal peut être examinée par l'Assemblée nationale si elle a été déposée par au moins 30 députés. Nous les avons ! De plus, ajoute le représentant du PNR, la chambre basse peut inviter une personnalité du gouvernement dans l'hémicycle à venir répondre à des questions à la demande d'au moins un dixième de ses membres [soit 12 députés]. Ce que nous pourrons faire..." Kul Panha partage cette analyse, soulignant à son tour que l'opposition dispose dorénavant d'une arme constitutionnelle de taille en pouvant déposer des motions de censure, si toutefois elle sait rester unie. |