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Les partis politiques cambodgiens soignent leur jeunesse
Par Duong Sokha   
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30-06-2008

Cambodge - Legislatives - debat - jeunesse - partis - IRI © Vandy Rattana
Takhmao (Kandal), le 28 juin 2008. Les représentants des mouvements de jeunesse
des principaux partis politiques de la province participaient à un débat animé
par un médiateur de l'Institut républicain international (IRI) [au premier plan à gauche]
© Vandy Rattana 

En ces temps de campagne électorale, les partis cambodgiens mobilisent plus que jamais les jeunes autour de leur credo politique et les impliquent dans leurs activités. Futurs leaders potentiels, ces porte-étendard en herbe, le plus souvent bénévoles, se révèlent être de stratégiques logisticiens qui, répartis aux quatre coins du royaume, organisent les déplacements des "grands chefs" sur le terrain et la communication du parti auprès de leurs concitoyens. Ils sont dans la force de l'âge, ont la foi des novices et sont mieux à même de convaincre leurs pairs, réputés pour se désintéresser de la chose politique. Selon le secrétaire général du Comité national électoral Tep Nitha, les 18-35 ans sont seulement 266 417 à être enregistrés sur les listes électorales (soit 3,28% de l'électorat) pour les législatives du 27 juillet. Rencontre avec ces jeunes militants et leurs représentants, qui n'appartiennent pas toujours à la même classe d'âge...

 

D'un parti à l'autre, une même mission dévolue aux mouvements de jeunes
Rechercher des financements auprès de leurs compatriotes du Cambodge et de la diaspora pour soutenir les partis, les sensibiliser, et plus particulièrement les jeunes électeurs, aux idées qu'ils défendent mais aussi être à l'écoute de leurs problèmes, les introduire à la culture politique et à la plate-forme du parti, mener des cortèges... Bref, comme le synthétise Sann Seakkin, le délégué général du "Mouvement des jeunes Sam Rainsy", les mouvements de jeunesse sont un peu comme "l'aile droite du parti".

Au Parti Sam Rainsy (PSR), on insiste sur la formation de ces jeunes militants. Cela comprend autant l'apprentissage de l'informatique que celui des règles d'hygiène élémentaires, des attitudes citoyennes et responsables (ne pas se droguer, ne pas jouer aux jeux d'argent, ne pas recourir à la violence...). Au Parti des droits de l'Homme (PDH), explique Mao Veasna, président du Mouvement des jeunes du PDH, on met l'accent sur les débats autour du concept de la démocratie, et on encourage les jeunes à s'exprimer et à aller voter.

Le Parti du peuple cambodgien (PPC), quant à lui, attend de son Mouvement des jeunes de rappeler aux Cambodgiens les nombreuses réalisations du parti au pouvoir, par un jeu simple de comparaison avec les actions à mettre au crédit des autres formations, souligne l'un de ses membres, Kuoch Vengsrun, qui a à coeur de les convaincre de supporter l'actuel gouvernement.

Muth Chanta, porte-parole du Parti Norodom Ranariddh (PNR), explique que le "Mouvement des jeunes royalistes" est destiné à former les leaders de demain du parti, même s'il concède que le PNR rencontre des difficultés à recruter des moins de 30 ans.

Le Funcinpec se montre le moins bavard sur le sujet, le Mouvement des jeunes du parti ayant vocation à ce que "les jeunes s'aiment", glisse, laconique, Tia Then, président du mouvement du haut de ses 50 ans.

Une relève que la carrière politique chatouille
Mao Veasna, du PDH, a été désigné à la tête du Mouvement des jeunes dès la création du parti en juillet 2007 par son président lui-même, Kem Sokha. A 35 ans, il a déjà eu le temps de faire ses premières armes à la direction du Mouvement des étudiants pour la démocratie, placé, assure-t-il, sous la tutelle d'aucun parti politique et destiné à dénoncer les violations territoriales, les injustices sociales, l'inflation... Il n'a pas hésité à démissionner de son poste pour s'engager dans une carrière politique. Il a rejoint le PDH "pour son esprit démocratique - son président n'a droit qu'à seulement deux mandats -, et parce qu'il est dépourvu d'esprit de clan". Diplômé de l'université bouddhique de Phnom Penh, il annonce avec aplomb : "Je veux devenir l'un des dirigeants du PDH et décrocher un poste au gouvernement pour réformer le système judiciaire et résoudre la question frontalière". Et toujours avec cette même assurance, il se déclare "optimiste" sur son futur d'homme politique.

Plus jeune, 28 ans, Sann Seakkin du PSR, croit tout autant dans son étoile politique. Elu délégué général du Mouvement des jeunes Sam Rainsy en mars 2008, il se voit déjà en digne successeur des anciens du parti, et briguerait bien un poste de chef de conseil communal, voire de député. Doté d'un master en relations internationales à l'université Panassastra, il a rejoint en 1999 le PSR, quand ce natif de Kompong Thom a dû monter à la capitale pour y poursuivre ses études. "Ma vie a changé depuis que je suis entré en politique. J'ai renforcé mes compétences et j'ai gagné en maturité." Il n'attend plus que son heure pour monter en grade.

Au Funcinpec et au PNR, le message est clair : les jeunes sont considérés comme les héritiers du parti et doivent donc être préparés à en prendre un jour les rênes. Tia Then, du Funcinpec, explique que sa formation encourage ainsi les juniors à se présenter aux élections communales, avant de gravir les échelons.

Qui sont ces jeunes que la politique séduit ?
Kuoch Vengsrun, 22 ans, qui a adhéré au Mouvement des jeunes du PPC en 2007, nous reçoit dans une villa cossue de Phnom Penh. C'est la maison de son oncle, précise-t-il, gouverneur de l'arrondissement de Meanchey. Etudiant en 5e année à l'Institut polytechnique Kossamak, il dit s'être intéressé au parti au pouvoir dès le collège. Ses parents sont tous deux encartés au PPC  mais il jure qu'il ne s'est pas rallié à cette formation à leur demande. "C'est mon choix de vouloir aider le PPC à mener campagne et gagner les élections. N'oublions pas que le PPC a libéré le Cambodge du régime de Pol Pot, développé les infrastructures du pays, favorisé la croissance économique, réduit la criminalité... Et j'approuve la politique 'gagnant-gagnant' de Samdech Premier ministre Hun Sen." Une leçon bien apprise par ce jeune militant qui se destine néanmoins à une carrière d'ingénieur en génie civil et voit dans cette expérience politique le moyen d'engranger "plus de connaissances".

Au PNR, Muth Chanta, 40 ans, explique que leurs jeunes activistes sont principalement issus des milieux universitaires, et ne sont "ni riches ni pauvres". Tia Then concède, lui, que les jeunes militants du Funcinpec sont avant tout "des enfants de membres", auxquels s'ajoutent leurs amis qu'ils ont réussi à rallier à la cause du parti. "7 à 8% d'entre eux viennent de familles aisées", ajoute-t-il.

Le PDH revendique dans les rangs de son mouvement des jeunes "nombre de lycéens et étudiants, ainsi que de jeunes employés d'ONG et d'entreprises privées", la plupart originaires de province et de familles paysannes. C'est le cas de Mao Veasna, le président du mouvement.

Le PSR renforce ses effectifs avec les enfants des membres du parti. "Leurs parents ont été par exemple victimes de spoliations foncières et se sont spontanément rangés derrière le PSR. D'autres jeunes ont tout simplement été séduits par les idées du parti d'opposition qui promet de leur offrir du travail s'il gagne les élections", rappelle Sann Seakkin, le délégué général du mouvement des jeunes. Selon lui, la plupart de ses pairs sont issus de milieux défavorisés mais "tous savent au moins lire". Le chef de file de la jeunesse PSR raconte être tombé en amour avec ce parti en écoutant son leader sur les ondes. Son père n'y est cependant pas pour rien dans son engagement politique, lui qui lui a toujours vanté le "courage de Sam Rainsy" et ce, déjà quand il était ministre des Finances et n'avait pas encore créé son propre parti. "Même mes enseignants ont chanté ses louanges en classe...", lâche-t-il, comme pour démontrer qu'il n'aurait pas pu échapper à autant d'influences.

Les jeunes, le nouveau joker des partis
Le porte-parole du PNR, Muth Chanta, se réjouit que les mouvements de jeunes au sein des partis gagnent en ampleur. "Chaque parti s'est doté d'un tel mouvement. Mais jusque-là, les formations ne recouraient à cette ressource qu'au moment des élections, quand ils avaient besoin de renfort." Les mentalités évoluent, et les jeunes commencent à être perçus pour ce qu'ils sont, une force électorale à ne pas négliger.

 

Pour en savoir plus

Lire aussi sur Ka-set
- La campagne électorale sur les rails au Cambodge : pas d'anomalie à signaler (26-06-2008)
- L'opposition cambodgienne toujours sous pression (23-06-2008)

Les mouvements de jeunes des partis politiques
- le Mouvement des jeunes Sam Rainsy revendique 181 000 membres âgés de 16 à 30 ans dans 17 provinces et municipalités
- le Mouvement des jeunes du Parti des droits de l'Homme affiche plus de 2 000 membres dans les 24 provinces et municipalités du royaume, âgés de 15 à 30 ans
- le Mouvement des jeunes royalistes du Parti Norodom Ranariddh dit ne pas encore avoir réalisé d'estimation du nombre de ses membres âgés de 18 à 35 ans, mais affirme en compter dans les 24 provinces et municipalités
- le Mouvement des jeunes du Funcinpec enregistre entre 7 et 8 000 membres âgés de 18 à 30 ans dans les 24 provinces et municipalités,
- le mouvement des jeunes du PPC n'a pas communiqué ses statistiques

 


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