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Jeune observateur électoral : vivre un moment fort de la politique cambodgienne et garnir son CV
Par Duong Sokha et Prum Seila   
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22-07-2008

Cambodge - elections - legislatives 2003 © John Vink / Magnum
Phnom Penh, le 28 juillet 2003. Observateurs dans un bureau de vote lors des précédentes élections législatives cambodgiennes
© John Vink / Magnum

Dimanche 27 juillet, près de 25 000 observateurs seront postés dans les bureaux de vote aux quatre coins du Cambodge, pour veiller au bon déroulement des élections législatives. Parmi eux, plusieurs milliers de jeunes femmes et hommes cambodgiens, bénévoles, le plus souvent étudiants ou diplômés de l'enseignement supérieur, désireux d'apporter leur pierre à la construction d'une société démocratique, d'être au cœur d'un événement historique ou simplement d'ajouter une expérience de plus à leur CV dans l'espoir de séduire de futurs employeurs. Rencontre avec ces jeunes citoyens que les électeurs croiseront dimanche auprès des urnes.

 

Les vigies de la démocratie
Le 27 juillet, Sok Titsophea sera sur le qui-vive. "Certes je devrai garder ma bouche close, mais mes oreilles écouteront, mes yeux regarderont et ma main droite notera tout !", s'exclame, de grands gestes à l'appui, cette étudiante en quatrième année à l'Université royale d'agriculture, qui sera l'une des nombreuses observatrices, pour l'organisation Nicfec, chargées de surveiller le bon déroulement des élections législatives cambodgiennes.

Comme nombre de jeunes qui ont choisi de devenir observateur électoral, Titsophea vivra dimanche sa première expérience dans le rôle de "vigie de la démocratie". Une tâche qu'elle entend mener avec zèle et qui lui apporte, affirme-t-elle, bien plus d'avantages que de contraintes. "Je veux vérifier de mes propres yeux si le scrutin se déroule de manière neutre ou non, explique avec assurance l'étudiante. Après, je pourrai tout raconter ce que j'ai vécu aux autres !"

Titsophea, jusque-là peu impliquée en politique, a trouvé là un bon moyen d'en savoir plus sur le processus électoral et de "comprendre comment les partis politiques travaillent". "Certains électeurs ne savent même pas comment cocher les bulletins de vote [les électeurs devront cocher, sur un seul bulletin listant les partis candidats, la case correspondant à leur choix – NDLR]. J'ai encore entendu récemment des personnes âgées dire que c'était difficile d'aller voter… Or, depuis que j'ai suivi la formation des observateurs organisée par Nicfec, je sais que ce n'est vraiment pas compliqué !", lâche-t-elle à l'intention de ceux qui envisagent de ne pas se rendre dans les bureaux de vote dimanche.

Ne pas se contenter d'être un "simple électeur"
Lim Seang Heng, 20 ans, étudiante en deuxième année de journalisme au département des médias et de la communication (DMC) à l'Université royale de Phnom Penh, a choisi d'être observatrice pour Comfrel, pour ne pas se contenter, comme le font les "simples électeurs, d'aller voter puis de rentrer chez soi". "Ce n'est vraiment pas difficile : le jour du scrutin,  j'irai voter et au lieu de retourner à la maison une fois mon devoir accompli, je resterai pour observer ! Je sais désormais comment dresser un rapport, comment se déroule un dépouillement, que faire en cas d'irrégularités… C'est une sacrée expérience qu'on ne peut vivre que tous les cinq ans !", explique-t-elle avec enthousiasme. Le 27 juillet, promet-elle, elle mettra ses "cinq sens en alerte", pour scruter le moindre dysfonctionnement dans le bureau de son village, situé dans la province de Kompong Cham.

Son camarade de classe au DMC, Meas Raksmey, 22 ans, observateur pour Comfrel à Phnom Penh, voit plus sa fonction comme une expérience professionnelle de plus pour garnir son CV. Même si l'apprenti journaliste qu'il est ne pourra pas poser de questions aux électeurs et aux organisateurs du scrutin, il sera dimanche au cœur de l'actualité. "Si je n'y participe pas maintenant, je devrai attendre cinq autres années ! En tant qu'étudiant en journalisme, je veux absolument comprendre comment se déroulent les élections et voir de mes propres yeux si le travail est fait correctement. Eventuellement, j'écrirai peut-être des articles sur ce que j'ai vu, si je constate des problèmes", détaille le jeune homme, qui imagine que cette expérience sera un petit plus pour convaincre d'éventuels jurys de lui attribuer une bourse d'études à l'étranger.

Intérêt personnel et désir démocratique
A l'intérêt personnel se mêle toutefois clairement une volonté de contribuer au développement démocratique du Cambodge, précise Raksmey, pour qui le rôle d'observateur n'est finalement pas très éloigné de celui du journaliste. "Quand on se sait observé, on n'ose pas commettre de fraude, affirme-t-il doctement. L'idéal serait de ne pas avoir besoin d'observateurs. Les représentants des partis pourraient eux-mêmes jouer ce rôle et prendre leurs responsabilités. Mais aujourd'hui, je ne fais pas confiance aux politiciens. Il y a encore trop de menaces et la démocratie cambodgienne est jeune. La présence d'observateurs comme nous est indispensable pour assurer la tenue d'élections libres et justes et pousser les fonctionnaires du Comité national électoral à travailler efficacement."

Comme les autres jeunes observateurs interrogés par Ka-set, Sok Panha, bénévole pour Nicfec est conscient d'apporter une "contribution nécessaire à la société". Et comme les autres, il dit ne craindre ni menaces ni pressions de la part des partis politiques, avec lesquels il jure n'avoir aucun lien. "Je n'ai pas peur d'être observateur. Nous avons une position neutre et impartiale, indépendante de tout parti. Et nous nous contenterons de noter ce que nous aurons vu, sans faire de dénonciation immédiate", confie ce jeune homme de 21 ans, étudiant en anglais à l'université privée Asia-Euro, à Phnom Penh, qui refuse, au nom de la neutralité, de dire pour quel parti il votera, tout en reconnaissant qu'il ne s'est "pas encore intéressé de près à leurs programmes".

Des consignes qui varient d'un organisme à l'autre
D'une organisation à l'autre, si les jeunes observateurs affichent les mêmes motivations et le même discours de neutralité, les règles de leur participation diffèrent légèrement. Quand Titsophea, opérant pour Nicfec, souligne qu'elle ne pourra pas adresser une seule parole aux électeurs ("même s'ils me demandent simplement de les aider à trouver leur nom sur les listes électorales, je ne devrai pas leur répondre et les renvoyer vers le deuxième assistant du bureau de vote"), He Chamroeun, 24 ans, étudiante en 5e année de médecine générale et observatrice du Centre des citoyens pour le développement et la paix (CCDP), affirme au contraire qu'elle sera là pour aider les électeurs égarés… "Je veux notamment pouvoir aider les personnes illettrées à voter. Il ne s'agit pas de voter à leur place, mais juste de faire en sorte qu'ils puissent exprimer leur choix de façon démocratique", avance-t-elle timidement.

Un rôle que Pov Bora, 26 ans, titulaire d'un diplôme supérieur en tourisme et employé du CCDP, compte lui aussi remplir dimanche, bénévolement. "J'avais déjà essayé d'être observateur lors des précédentes élections législatives, mais cela n'avait pas été possible parce qu'effectuais un stage en province au moment des élections. Cette année, je ne veux pas manquer cette opportunité !", se réjouit-il. Depuis cinq ans, Bora a eu le temps de se préparer à revêtir le costume d'observateur, confiant : "Quel que soit le problème, nous arriverons à le régler", assure-t-il. Vérification dimanche soir !

Pour en savoir plus

Des observateurs légèrement moins nombreux qu'en 2003

Seront mobilisés pour veiller au bon déroulement du scrutin des élections législatives, dans les 24 municipalités et provinces du Cambodge, le 27 juillet 2008 (entre parenthèses, les données équivalentes lors des législatives 2003) :

- 67 organisations non gouvernementales et associations (102 en 2003)

- 24 422 observateurs nationaux, dont 8 442 femmes (29 637, dont 8 982 femmes en 2003)

- 433 observateurs internationaux, dont 142 femmes, issus de 21 organisations internationales et ambassades (1 154, dont 383 femmes, issus de 43 organisations et ambassades en 2003)

Par ailleurs, 197 observateurs mobiles seront déployés et se rendront dans plusieurs bureaux de vote.

Les effectifs des organisations nationales d'observation électorale citées

- Comfrel (Comité pour des élections libres et juste au Cambodge) : près de 10 000 observateurs, dont 30% de femmes, environ 9 500 observateurs à court terme (mobilisés uniquement le jour du scrutin, dans 15 municipalités et provinces) et 500 à long terme (durant la campagne et le jour du scrutin, dans l'ensemble des 24 municipalités et provinces du Cambodge)

- Nicfec : près de 8 000 observateurs dont 7 000 à court terme, 185 à long terme et 880 « observateurs spéciaux » répartis dans 400 bureaux (qui travailleront par équipe afin de pouvoir alerter instantanément le siège en cas d'incident tout en maintenant une surveillance permanente), ainsi que 85 observateurs étrangers

- Centre des citoyens pour le développement et la paix (CCDP) : 50 jeunes répartis dans les provinces de Svay Rieng, Battambang, Banteay Meanchey, Siem Reap et la municipalité de Phnom Penh


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