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Elections législatives au Cambodge : de la défection dans l'air Convertir en PDF Version imprimable Suggrer par mail
Par Duong Sokha   
21-04-2008

Cambodge - politique - legislatives - collages © John Vink / Magnum
Phnom Penh, 28 juillet 2003 (matériel servant au décompte des votes après les élections). Transfuges et recompositions : les manœuvres vont bon train à trois mois des Législatives
© John Vink / Magnum
 

Ca sent les élections au Cambodge... Les derniers mois ont été ponctués par une longue série de défections en faveur le plus souvent du parti au pouvoir, le PPC. Toute honte bue, les transfuges se font adouber par leurs nouveaux maîtres lors de cérémonies dûment retransmises sur les chaînes de télévision, contrôlées par les autorités. Petit tour d'horizon.

 

Depuis la fin 2007, le parti d'opposition parlementaire, le PSR, et le Funcinpec, partenaire jusque-là incontournable de la coalition gouvernementale, se vident de certains de leurs lieutenants et de milliers de leurs militants. A tous les niveaux, les défections se multiplient : quartier, commune, district... Le phénomène n'est pas nouveau, resurgissant à la veille de chaque scrutin législatif.

Les désabusés du PSR
Les dissidents du Parti Sam Rainsy, pour expliquer leur retournement de veste, disent ne plus souffrir l'esprit de clan qui anime les instances dirigeantes de cette formation. Ils vont jusqu'à accuser leur ancien président, Sam Rainsy, et son inamovible secrétaire général Eng Chhai Eang d'enfreindre le règlement intérieur pour mieux asseoir leur autorité. Ces mécontents du PSR n'ont ainsi pas digéré, confient-ils à titre d'exemple, que Eng Chhai Eang rafle le poste de vice-président de l'Autorité nationale de résolution des litiges fonciers alors qu'un autre responsable du parti avait été élu pour occuper ces fonctions, lesquelles, rappellent-ils en chœur, Eng Chhai Eang a finalement quittées voilà quelques semaines.

Eng Chhai Eang critiqué

"Sam Rainsy a confié les rênes du parti à Eng Chhai Eang qui agit à son bon plaisir. Quoi qu'on lui dise, c'est toujours le secrétaire général qu'il écoute", assure Lon Phon, ancien membre du comité directeur du PSR.

L'ancien élu PSR de Kompong Thom, Sok Pheng, ne porte pas davantage dans son cœur le secrétaire général. "Sam Rainsy valide ses décisions seulement si elles rencontrent l'accord de Eng Chhai Eang", lâche-t-il, encore amer d'avoir été muté contre son gré, en juillet 2007, à Kompong Speu sur ordre du grand chef.

L'intéressé, réélu secrétaire général du PSR le 8 septembre 2007, rejette en bloc les accusations. "Ils disent cela dans le seul but de s'attirer les bonnes grâces du PPC. Les décisions sont prises au PSR de manière démocratique et collective", tient à souligner l'élu de Battambang, pour qui les désertions constituent un "classique" dans la vie politique, et sont le fait de "personnes motivées par leur seul intérêt personnel".

De nouveaux convertis

Les transfuges fraîchement ralliés au PPC ne jurent plus que par le parti au pouvoir. "Le PPC a été créé il y a plusieurs décennies et a atteint une maturité politique incontestable. Il est normal que des dissensions fassent jour au sein d'un parti mais, au PPC, les leaders savent maintenir l'unité dans les rangs", félicite l'ancien PSR Lon Phon.


Chez l'ancien porte-parole du Funcinpec, Nouv Sovathero, qui a rejoint le 11 mars le camp du Premier ministre Hun Sen, le constat semble tout aussi évident. "Depuis trois mandats, c'est le PPC qui préside aux destinées du pays et le fait prospérer. C'est donc une opportunité pour moi que de pouvoir contribuer au développement du Cambodge, aux côtés du PPC", se réjouit le secrétaire d'Etat à l'Information, qui continue de se revendiquer comme un fervent sihanoukiste depuis 1983.


Pleins de bonne volonté

Les dissidents se disent prêts à se dévouer sans compter pour leur nouvelle paroisse politique, avec l'assurance, disent-ils, de ne pas s'en faire exclure. "Au PPC, on est jugé sur notre travail, et l'on nous confie des tâches en fonction de nos compétences", veut croire Lon Phon, nommé chef adjoint du groupe de travail PPC de mobilisation des électeurs à Phnom Penh et Kandal. Sok Pheng a quant à lui été autorisé à participer aux réunions du Conseil de ministres et à celles du parti.


Cette confiance accordée aux nouveaux venus, encore hier détracteurs du PPC, doit cependant se gagner, estime Thach Keth, directeur du journal Srâlanh Khmer, il y a encore peu pro-PSR (lire encadré ci-dessous). "Pour le moment, le PPC ne se fie pas à nous à 100%. Mais à force de travail et de zèle, cela arrivera", se persuade-t-il, tandis que Nouv Sovathero dit aspirer à devenir "un membre modèle" du PPC.


Quelles récompenses ?

Il reste à savoir quels postes seront offerts à cette cohorte d'adhérents de la dernière heure pour leur désertion, même si ces derniers assurent qu'aucun pacte en ce sens n'a été passé avec le PPC. Lu Lay Sreng, premier vice-président du Funcinpec, ne se fait guère d'illusions sur l'avenir de ses collègues passés au PPC. "Les anciens du Funcinpec ne doivent pas s'attendre à hériter de postes dans le prochain gouvernement. Le PPC dispose de cadres capables dont il ne se séparera pas", anticipe le vice-Premier ministre. Il n'en demeure pas moins que Hun Sen a déjà décerné à ses anciens dénigreurs – dont près de vingt anciens membres du comité directeur du PSR - des postes de conseillers du gouvernement avec rang de secrétaire d'Etat, voire de ministre (lire encadré ci-dessous).


Le PPC accusé de morceler l'opposition

Au lendemain d'une grande vague de défections de son parti vers le PPC, le 13 février, Sam Rainsy a accusé publiquement la formation du Premier ministre de sabotage à l'approche des élections, en achetant ses membres à coups de pots-de-vin et de promesses de postes juteux. Des "transactions", mettait-il en avant, qui ne font que valoriser son parti.


Le chef de file de l'opposition condamne ainsi la vénalité de ses anciens collègues ; ceux-ci se défendent en disant ne pas avoir fait l'objet d'une foire au bétail ; et Hun Sen protège ses nouvelles recrues en appelant ses adversaires politiques à reconnaître leurs faiblesses à l'origine des défections et à cesser d'accuser le PPC de "débaucher" leurs membres. Le PPC renforce sa place de N°1 à la veille d'un scrutin qui inaugurera un nouveau système de nomination du gouvernement à la majorité simple (50%+1), et non plus à la majorité des deux tiers comme en vigueur jusque-là.


Quel impact sur les partis dépouillés ?

Survol de la situation : côté PSR, des membres du comité directeur et des élus sont aujourd'hui encartés au PPC, avec l'exception de Kéo Rémy, ancien ténor PSR du barreau devenu vice-président du Parti des droits de l'Homme, et côté Funcinpec, des ministres [Ing Kantha Phavi (Affaires féminines), Khun Haing (Cultes)], secrétaires d'Etat, sous-secrétaires d'Etat, gouverneurs et vice-gouverneurs de province qui ont rallié le PPC. Les pertes sont lourdes, et c'est sans mentionner les déperditions au niveau de la base de ces partis.


Pour Sam Rainsy, ces départs n'affectent aucunement la popularité de son parti, et encore moins ses chances de faire un bon score aux élections. "Notre stratégie est de rassembler les forces de la base de notre parti", explique l'élu de Kompong Cham, qui multiplie les tournées en province.


Le Funcinpec se déclare tout aussi serein... et modeste. "Nous ambitionnons de maintenir nos 26 sièges à l'Assemblée nationale, pas plus", affirme le ministre du Développement rural Lu Lay Sreng.


Pour l'observatrice de la vie politique cambodgienne, Chea Vannath, "les électeurs jugeront les partis sur leur programme politique et les prises de position de leurs instances dirigeantes, et non à l'aune des défections".




Nominations en cascade

Le député PSR Son Chhay a demandé par écrit le 18 février que soit mis fin aux nominations en chaîne de nouveaux ralliés au PPC à des postes importants, et que soit transmise à la Chambre basse la liste des nouveaux conseillers recevant des émoluments du gouvernement. En vain. Selon le président de la commission parlementaire des Affaires étrangères et de la coopération internationale, une fois nommés, certains tirent illégalement avantage de leurs nouvelles fonctions. Trois jours après sa requête, Hun Sen déclarait, visiblement à l'adresse de Son Chhay, qu'il lui appartenait, en tant que Premier ministre, de confier des postes à celles et ceux désirant participer au développement du Cambodge aux côtés du PPC. "S'ils sont cent à se présenter au PPC, ils seront tous nommés", concluait le chef du gouvernement.




"Srâlanh Khmer" vire de bord

Changement radical de ligne éditoriale au quotidien Srâlanh Khmer, connu depuis son lancement en 2005 pour ses prises de position alignées sur celles du Parti Sam Rainsy, qui a enterré la hache de guerre avec le gouvernement depuis le ralliement le 13 mars dernier de son directeur, Thach Keth, au PPC. Le 16 mars, lors d'une communication téléphonique avec le Premier ministre Hun Sen, ce dernier l'invitait à poursuivre son journal, disant faire table rase des critiques publiées à son encontre par le passé. Résultat : les ventes ont chuté. "Quand nous étions proches du PSR, nous écoulions 70% de nos 2 000 exemplaires. Aujourd'hui, on peine à en vendre 10%. Je m'en doutais. La popularité du PSR est encore forte à Phnom Penh et puis, il existe déjà de grands titres proches du gouvernement, qui sont bien meilleurs que nous", relève en toute franchise le journaliste. L'ancien directeur adjoint du département de l'information du PSR et ancien assistant de Eng Chhay Eang assure n'avoir reçu ni subsides ni consignes éditoriales de la part de son nouveau "patron", ajoutant financer de sa poche "Srâlanh Khmer".




Le retour

Alors que la tendance est à la défection vers le PPC, Kieng Vang dénote. Ancien secrétaire d'Etat à l'Intérieur affilié au Funcinpec, il avait démissionné en 2003 pour rejoindre le PSR. Le 23 mars, le roi-père a accueilli son retour au Funcinpec lors d'une audience à Pékin, précise-t-il. Rappelant aujourd'hui qu'il fut l'un des fondateurs de la formation royaliste, il explique qu'il était en désaccord avec l'ancien président du parti, le prince Ranariddh, lequel a été destitué de ses fonctions lors d'un congrès extraordinaire du Funcinpec en octobre 2006. "Depuis, je réfléchissais à mon retour...", confesse le nouveau porte-étendard du Funcinpec à Kampot.

 

 

 

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