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Campagne des législatives au Cambodge : autre temps, autres mœurs
Par Duong Sokha   
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07-07-2008

Depuis le 26 juin, les partis politiques se sont lancés à corps perdu dans la campagne des législatives, à leur rythme et selon leurs moyens, avec des sonos toujours aussi défaillantes et des opérations d'affichage plus agressives que jamais. Acteurs politiques comme observateurs s'accordent cependant à qualifier de plus sereine l'ambiance électorale, comparée à celle qui avait précédé le scrutin législatif de 2003. Intimidations et violences moins nombreuses, passes d'armes entre partis moins fréquentes... Une tranquillité qui ne doit néanmoins pas masquer la persistance de certaines irrégularités, jusque-là pas sanctionnées. Petit tour d'horizon.

 

Une campagne plus pacifique
Le Comité pour des élections libres et justes au Cambodge (Comfrel), une importante organisation locale d'observation électorale, a relevé à ce jour seize cas de menaces à l'encontre de militants politiques contre vingt-six lors de la campagne législative de 2003 qui avait été endeuillée par huit meurtres (un commis contre un membre du parti au pouvoir, le PPC, un contre son partenaire de la coalition gouvernementale, le Funcinpec et les six autres contre le parti d'opposition de Sam Rainsy).

Le 27 juin, un chef adjoint PPC du village de Chrey Sokhom, dans la province de Kompong Cham, a été abattu par trois inconnus. Personne n'a toutefois encore conclu à la nature politique de ce crime, les assaillants n'ayant pas été arrêtés.

"Nous avons rencontré des responsables de partis politiques qui jugent également l'ambiance meilleure. Les militants peuvent prendre part librement aux meetings et aux parades, sans peur", se réjouit Kul Panha, directeur de Comfrel, qui ne cache cependant pas que la politique « d'incitations » par certains partis à rejoindre leurs rangs subsiste.

Tuon Min, chef du conseil du PSR au district de Phnom Sruoch, province de Kompong Speu, a ainsi accusé des responsables de la division militaire 31 d'avoir "à plusieurs reprises" tenté de l'acheter contre son ralliement au PPC. Il lui a été offert, dénonce-t-il, entre 4 et 5 000 dollars ainsi que la promesse d'un poste au sein de l'armée. Une incrimination qui a été catégoriquement démentie par les hauts gradés.

Une guerre des mots quasi absente
Les principaux partis politiques lancés dans la bataille électorale le reconnaissent d'un seul homme : l'air du temps n'est plus à mettre en boîte ses concurrents.

"Malgré d'inévitables tentatives d'intimidations, nous ne rencontrons aucun problème à mener campagne. Nous ne sommes pas engagés dans une joute verbale avec le PPC, nous nous contentons d'exposer notre plate-forme et de soulever les problèmes sociaux qui existent", explique Ou Chanroth, secrétaire général du Parti des droits de l'Homme.

"La sécurité générale est satisfaisante, les menaces relèvent de l'anecdotique. Et quand bien même des disputes surgissent entre nos militants et ceux du Parti Norodom Ranariddh, nous parvenons à les régler sans mal", confie le tête de liste du Funcinpec dans la province de Banteay Meanchey, Nhek Bun Chhay.

Quand les militants se servent de leur statut de fonctionnaire
A ce stade de la campagne, Comfrel a déjà relevé trente-cinq cas dans lesquels des fonctionnaires et représentants des autorités locales ont abusé de leur statut pour défendre les couleurs des partis de la coalition gouvernementale, et plus particulièrement du PPC.

"C'est une violation pure et simple de la procédure électorale quand des fonctionnaires et représentants des forces de l'ordre participent à la campagne durant leurs heures de travail mais aussi utilisent les ressources de l'Etat à cette fin. Ce cas de figure est bien plus fréquent que lors du précédent scrutin. Par exemple, les plaques d'immatriculation vertes de l'Etat sont remplacées à la va-vite par des plaques privées afin que ces véhicules puissent rejoindre les cortèges menés par le parti au pouvoir", signale Thun Saray, le président du comité directeur de Comfrel.

Cheam Yeap, le président PPC de la commission des finances de l'Assemblée nationale, admet que certains fonctionnaires emploient les biens publics au service de la campagne mais il met en avant leur naïveté. "C'est parce qu'ils ne comprennent pas la loi électorale. Nous allons la leur expliquer à nouveau. Les trois dirigeants de notre parti les avaient pourtant déjà sommés de ne pas agir ainsi", assure l'élu de Prey Veng.

Les contrevenants s'exposent à des avertissements et des amendes, confirme Hy Rong, directeur du département des opérations du Comité national électoral, et "de telles mesures seront prises si le CNE obtient les preuves de ces infractions ".

Des médias privés qui font fi de la directive du CNE
L'accès des partis politiques, hors PPC, aux médias reste toujours aussi restreint. A la veille de la campagne électorale, le CNE avait ordonné dans une directive à l'intention de tous les médias audiovisuels de traiter de manière équitable les formations en lice. Il appartient, certes, aux directeurs de leur ouvrir leurs ondes, mais s'ils choisissent de se faire l'écho des activités d'un parti, ils se doivent de laisser aux autres partis la possibilité de le faire également.

Comfrel a dénombré pas moins de trente stations radio et télé privées bafouant allègrement ce principe d'équité dans la vente de temps d'antenne aux partis, en faveur exclusivement du PPC. La radio Bayon (FM 95), à l'instar d'autres, continue de diffuser l'émission "Culture khmère", transmise en direct sur cinq stations à la fois chaque soir. Les auditeurs se succèdent à l'antenne pour égratigner, avec parfois une violence verbale extreme, les partis d'opposition, et chanter les louanges du parti au pouvoir. Les partis d'opposition ne peuvent faire entendre leurs voix que sur trois radios privées ayant une couverture nationale : Mohanokor (FM 93.5), Radio Abeille (FM 105) et Sovanna Phum (FM 106).

Hy Rong, du CNE, s'en sort par une pirouette pour expliquer cet état des choses : "La plupart des radios et télévisions appartiennent au privé et, les temps d'antenne qu'aimeraient acheter les partis sont parfois déjà vendus...".

Le PPC, le parti le plus visible de la campagne
Avec ses 5 millions de membres revendiqués, le PPC peut se permettre de mener une campagne de plus grande envergure que ses concurrents. Cortèges en profusion, distribution de tracts et affichage à grande échelle aux quatre coins du Cambodge. De par ses moyens importants, le parti au pouvoir bénéficie d'un avantage net sur les autres partis dans la rue et dans les médias. Personne ne peut échapper à la tévoda, emblème du PPC, qui impose sa silhouette partout, aidée en cela par les autorités locales et municipales, constate Kul Panha de Comfrel.

L'observateur devient encore plus critique quand il évoque la campagne d'affichage sauvage menée par le PPC, dont les militants ne se soucient pas de solliciter l'accord des habitants avant de décorer les murs de leurs maisons de posters et autocollants du parti. Pourtant, le CNE avait été clair à ce sujet : "Ce type d'action requiert une autorisation préalable des propriétaires. Ceux-ci peuvent d'ailleurs porter plainte auprès de la commission électorale communale ou simplement retirer les affiches", souligne Hy Rong.

"Le plus souvent, ce sont les autorités locales qui procèdent ainsi pour le compte du PPC. Or cela relève d'une affaire politique et non publique. Les habitants se montrent toutefois tolérants durant la campagne. Ceux que cela mécontente arrachent les posters au fur et à mesure", précise Kul Panha.

Cheam Yeap ne voit pas le mal dans ces actions, les affiches ne faisant que "rappeler aux citoyens les oeuvres historiques du PPC". "C'est aux habitants de dire si ça leur plaît ou non. Quoi qu'il en soit, nous n'endommageons pas leurs portes !", tient à souligner l'élu PPC.

Tout un pays qui se retrouve en quelques jours sous les couleurs quasiment exclusives d'un seul et même parti laisse anticiper les résultats des élections à venir...

Pour en savoir plus

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- consulter également notre nouvelle rubrique "Echos de campagne" et la fiche Ka-set consacrée aux Institutions politiques  du Cambodge

Quarante plaintes déjà déposées
Les commissions électorales communales et provinciales des vingt-quatre villes et provinces du Cambodge ont reçu au cours de la première semaine de campagne quarante plaintes émanant des partis politiques concernant l'achat de voix, l'utilisation abusive des ressources de l'Etat ou encore le non respect du règlement électoral, rapporte Hy Rong, du Comité national électoral (CNE) du Cambodge. Le PSR est le parti qui a déposé le plus de plaintes.
L'ONG Comfrel a pour sa part enregistré huit plaintes dont sept ont été déposées par le PSR et une par le PPC. Celles du parti d'opposition portent sur la destruction de biens par les autorités locales, sur des menaces du PPC pour empêcher l'accrochage de pancartes du parti, et sur la distribution de dons aux électeurs par le PPC. Celui-ci a porté plainte contre le PSR pour avoir mené campagne au sein d'une école publique de Battambang.

Le roi-père ne doit pas être exploité dans la campagne
Informé par son fils, le prince Ranariddh, l'ancien monarque et fondateur du Funcinpec, a demandé officiellement, au cinquième jour de campagne, au Funcinpec de ne pas mettre en avant son nom ou son image à des fins politiques. Dans un courrier adressé à l'actuel président du Funcinpec Keo Puth Reasmey, Norodom Sihanouk rappelle avoir fait plusieurs déclarations en ce sens, demandant aux partis de ne pas utiliser son image.
Norodom Ranariddh avait en effet dénoncé les agissements du parti dont il a été évincé de la présidence fin 2006, révélant que dans la province de Banteay Meanchey des responsables du Funcinpec avaient distribué une photo du roi-père et de la reine-mère afin de "tromper" les électeurs.
Le secrétaire général du Funcinpec, Nhek Bun Chhay, explique que, avec l'accord du CNE, son parti a décidé d'aborder l'histoire du parti, fondé par Norodom Sihanouk. La photo distribuée représente une délégation du parti en audience avec le roi-père à Pékin. "Nous l'avons diffusée la veille du lancement de la campagne. Depuis, nous n'avons pas utilisé de telles photos. Si nous avions fauté, le CNE nous aurait rappelés à l'ordre...", se défend le vice-Premier ministre.

Controverse sur le meurtre d'un militant politique
Le militant retrouvé égorgé le 1er juillet dans la commune de Phnom Toch, province de Kompong Speu, appartiendrait bien au PPC, et non au Parti des droits de l'Homme (PDH) comme ce dernier le clame. Ce sont les conclusions du PPC mais également de l'ONG de défense des droits de l'Homme Adhoc. Autre confirmation, ce meurtre ne serait pas politiquement motivé comme affirmé de prime abord. "La veille de son assassinat, il était intervenu dans un conflit opposant son fils à un groupe de jeunes", explique Kang Heang, président du PPC de la province dont il est le gouverneur. L'enquêteur d'Adhoc confirme que la victime était chef PPC du groupe 4 de Ang Ta Ek, de la commune de Phnom Toch, depuis 1984. "Il s'agit d'une histoire de vengeance. Alors qu'il avait rendez-vous pour aller résoudre un conflit dans lequel était mêlé son fils, il a été intercepté en route par un groupe d'une trentaine de personnes qui l'ont frappé à mort", rapporte-t-il en se basant sur les conclusions de son enquête.
Si des responsables de la commission électorale communale et provinciale témoignent à leur tour de l'appartenance au PPC de la victime, le Parti des droits de l'homme n'en démord pas. "Nous avons trouvé sa carte de membre au siège provincial du parti. Il avait rejoint nos rangs le 25 mai dernier. Nous avons porté plainte car nous considérons que ce crime est de nature politique. Nos militants font face, il est vrai, à des intimidations", assure de son côté Eng Chimi, candidat PDH dans la province.

 


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