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 Phnom Penh, le 11 janvier 2008. Srey Sothea, né à Kandal en 1957 de parents agriculteurs, est devenu oknha en 2005 et est à la tête de la compagnie 7NG ©John Vink/ Magnum
Fils d'agriculteur, Srey Sothea ne pouvait que se passionner pour la terre... A 51 ans, cet oknha est à la tête d'une importante société de construction qu'il a créée, 7NG, d'une usine de confection textile située en banlieue phnompenhoise et possède un large portefeuille de titres... fonciers. C'est en tout cas la liste des affaires qu'il accepte de nous énumérer.
Srey Sothea fait partie de ceux qui, une fois fortune faite, préfèrent répandre leurs largesses dans la province qui les a vus naître. La plupart des constructions d'écoles, de centres de soins et de routes qu'il finance se situent à Kandal, et plus précisément dans son district natal de Ponhea Loeu. Dès 1986, il entreprend de participer à la reconstruction de ce district dévasté par les années de guerre, appelant à l'aide les organisations humanitaires. De rebondissement en rebondissement La trentaine entamée, Srey Sothea se lance dans les affaires, et celles-ci lui sourient. Il a pour seul bagage un cursus scolaire interrompu en classe de 8e, à 13 ans, l'âge auquel il prend le froc. "En 1995, je possédais dans le quartier phnompenhois de Tuol Sangké douze usines textiles que je louais à des hommes d'affaires étrangers. Puis les événements de juillet 1997 sont survenus et m'ont conduit à la faillite. Toutes mes entreprises ont été confisquées..." L'infortune ne l'anéantit pas. L'homme finit par se relever quelques années plus tard. En 2004, le goût des affaires le reprend. Il a alors, raconte-t-il, "à peine 10 000 dollars" d'économies. Il décide de faire la tournée de ses amis pour leur emprunter de l'argent. "La stratégie d'aide aux pauvres..." En janvier 2005, il fonde sa société de construction 7NG. 2005, c'est aussi l'année durant laquelle il est "ordonné" oknha. Car, en relançant ses affaires, il adopte ce qu'il appelle "la stratégie d'aide aux pauvres"... "J'ai ainsi entrepris des constructions dans le district de Takhmao [province de Kandal] pour reloger quelque 300 familles pauvres de la capitale et ses environs. Et j'ai subvenu durant un an à leurs besoins", se targue-t-il, assurant ne pas avoir demandé le titre d'oknha. "Ce sont les autorités de Kandal qui en ont fait la démarche." Si ce titre l'honore, dit-il, il n'a rien changé à son mode de fonctionnement, et ne lui a attribué aucun pouvoir. 7NG et les Terres rouges Sa société démarre, explique-t-il, avec le contrat passé avec des communautés d'habitants de Dey Krohom (Terres rouges), un terrain de 3,6 hectares en plein coeur de Phnom Penh, dans le quartier Bassac, sur lequel vivent 1 465 familles. C'est là où il a depuis installé son bureau, dans lequel il nous reçoit dans une tenue très simple. Le regard se pose tout de suite sur le grand poster au mur de deux grandes tours qui s'élancent dans le ciel, le projet qu'il "réserve" pour ce quartier. Ils abriteront, espère-t-il, un centre commercial et des condominiums qui attendent déjà les acheteurs. "En échange de leurs terres, détaille Srey Sothea, 1 383 familles ont accepté d'être relogées par notre société à Damnak Trayoeung [également appelé Borey Santepheap, Cité de la paix], situé à une vingtaine de kilomètres de Phnom Penh. Là-bas, poursuit-il, une maison de 4 m x 12 m a été attribuée à chaque famille sur un terrain équipé des infrastructures de base (eau, électricité, marché, école maternelle). Nous avons bâti 2 000 maisons dont 500 sont destinées à la vente."
Le conflit avec les derniers habitants Au sujet du bras de fer entre 7NG et "certaines" familles d'irréductibles qui refusent de quitter leur terre, l'oknha assure ne pas projeter de les expulser et vouloir continuer à les "convaincre"... Ces derniers réclament soit leur réinstallation dans la zone soit une compensation financière adéquate contre leur départ. Ce litige bloque le lancement des travaux et suscite de vives inquiétudes de la part des organisations de défense des droits de l'Homme qui dénoncent régulièrement les tensions et intimidations dont font l'objet les habitants refusant de se soumettre au puissant homme d'affaires (lire article "Sous le feu des critiques" ci-dessous). Les bons et les mauvais oknhas... Que des oknhas aient maille à partir avec des habitants au sujet de la propriété de terres ne doit pas, veut-il corriger, amener à rejeter systématiquement la faute sur ces riches "dignitaires". "On ne peut pas blâmer les uns ou les autres. Il ne faut pas généraliser. Il existe de bons et de mauvais bonzes, de bons et de mauvais journalistes, de bons et de mauvais citoyens, et pareillement de bons et de mauvais oknhas !", insiste Srey Sothea, qui dit regretter le manque de professionnalisme des journalistes qui prennent, selon lui, trop souvent parti, omettant d'interroger l'une des deux parties en conflit. Il ne le cache pas, cette polémique le "fatigue"... au point qu'il envisage, dit-il sans sourciller, de reprendre le froc à l'horizon 2012.
La clé du succès "Le succès de ma compagnie 7NG sur une aussi courte période tient à deux choses : une capacité à anticiper les besoins du marché et une stratégie gagnant-gagnant. Les partenaires, les citoyens, la société, tout le monde gagne !", se pavane l'oknha, également assistant du secrétaire d'Etat à l'Intérieur Em Sam An. Toute sa famille est impliquée dans l'affaire. D'ailleurs, confie-t-il, 4 de ses 7 enfants ont été engagés dans les différents services de la société et son fils aîné en a été placé à la tête. A seulement 28 ans, ce dernier veille déjà sur 300 employés. En sus de 7NG, Srey Sothea est le propriétaire d'une usine textile qu'il loue à une société sud-coréenne et où seraient embauchés, déclare-t-il, près de 1 900 ouvriers originaires des Terres rouges et des environs. Si l'oknha doit terminer l'entretien sur un proverbe, ce sera : "Aide-toi et le ciel t'aidera !".
Trois "conseils" aux jeunes Fort de son expérience, Srey Sothea dispense trois conseils aux jeunes qui veulent suivre son "exemple" : être loyal quand de l'argent est en jeu ; analyser le contexte socio-économique et connaître les besoins de la population en vue de mieux anticiper ; et posséder un "bon réseau d'amis". "Si on emprunte 10 aux autres, on doit leur rembourser 10 et non pas 7. Il faut être réglo. Et aussi éviter les jeux d'argent, car ça n'a jamais apporté la fortune !", développe le businessman, qui reconnaît "ardue" l'application de son troisième conseil. "Cela dépend des aptitudes de chacun à lier des contacts mais ils sont utiles pour vous apporter du capital ou vous conseiller sur le marché."
Sous le feu des critiques Depuis le bras de fer qui oppose les habitants des Terres rouges à la société 7 NG, plusieurs organisations de défense des droits de l'Homme, parmi lesquelles la Licadho, ne voient pas en Srey Sothea un bienfaiteur. Elles dénoncent les pressions exercées depuis trois ans par la compagnie de l'oknha sur les habitants pour les forcer à céder leurs terres à 7NG en échange d'appartements neufs en périphérie de Phnom Penh, à 20 km du centre, ou d'une somme d'argent bien inférieure aux prix du marché. Une accusation que Srey Sothea rejette en bloc, tout en précisant que les "négociations" se poursuivent entre sa société et "certaines familles" continuant à défendre leurs droits fonciers à Dey Krohom.
A lire aussi sur Ka-set : - Le prix à payer pour entrer dans la caste des oknhas, par Duong Sokha (14/04/2008)
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