| La majorité des habitants de la province septentrionale de Stung Treng est loin de parler cambodgien tous les jours. En effet, pour 60% d'entre eux, le laotien est leur langue quotidienne, tandis que 30% s'expriment en kouy, et le reste dans l'un des divers dialectes tribaux tels que le lon ou encore le krueng. A ce défi qui se pose pour les élections du 27 juillet, s'ajoute celui de l'illettrisme. La plupart des habitants de la province âgés de plus de 40 ans ne savent ni lire ni écrire et parfois même ni parler le khmer, relève Puy Chanthalak, à la tête du comité électoral provincial de Stung Treng. C'est pourquoi Stung Treng, à l'instar d'autres provinces faisant face à des problèmes similaires, comptera un "sixième agent" dans chacun de ses bureaux de vote. Une innovation introduite en 2007 lors des élections communales.
"Une lame à double tranchant" Le poste de sixième agent a été créé pour aider certains des électeurs à surmonter l'obstacle de la langue. A Stung Treng, il se doit de maîtriser le khmer et le laotien ou une autre langue des minorités représentées. L'idée ne convainc cependant pas tout le monde. Ainsi, pour Ros Sour, un chef de comité électoral affilié au Parti Sam Rainsy (PSR), "le sixième agent ne vient au secours que des électeurs connus pour soutenir le Parti du peuple cambodgien (PPC)". Ceux qui, lors des communales, avaient voulu donner leur voix au PSR n'ont pas été aidés dans la recherche de leur nom sur les listes électorales, ou bien ont été tout simplement rejetés, rapporte-t-il. "C'est une lame à double tranchant", met en garde Kul Panha, directeur de l'organisation non gouvernementale (ONG) d'observation électorale Comfrel. Il en veut pour preuve une enquête menée par son organisation qui a démontré que sur 200 électeurs n'ayant pas accompli leur droit de vote, 18% n'ont pas accédé aux urnes parce que le sixième agent les a induits en erreur ou leur a demandé leurs notices d'information, une requête qui, selon lui, a suffi à les intimider et à leur faire rebrousser chemin avant même d'avoir trempé leur doigt dans la bouteille d'encre [pour certifier qu'ils ont voté]. Kul Panha s'interroge : "Je ne sais pas s'ils ignoraient la procédure ou s'ils ont agi intentionnellement...". Le CNE dit veiller au grain Le secrétaire général du CNE, Tep Nitha, concède que quelques erreurs ont pu se produire mais assure n'avoir relevé rien d'aussi grave que les accusations faites par Comfrel le laissent entendre. Au comité provincial électoral de Stung Treng, Puy Chanthalak se montre ferme : "Si un sixième agent est surpris en train d'enfreindre le règlement, il s'expose à une amende pouvant s'élever jusqu'à 25 millions de riels [6 250 dollars] voire à une peine de prison selon la gravité de la faute commise". Cet article a été rédigé et publié dans le cadre du journal-école du Département des médias et de la communication de l'Université royale de Phnom Penh, "Cambodia Votes 2008". Le présente version a été traduite et rééditée par Ka-set. |