La ville de Poïpet est étiquetée comme une ancienne place-forte khmère rouge par les historiens et les médias, est connue des touristes pour être l'un des principaux postes-frontières du Cambodge et est considérée comme une source d'inquiétude par les observateurs électoraux.
Un fort taux d'absentéisme Lors des élections communales de 2007, plus de 50 000 Cambodgiens s'étaient enregistrés sur les listes électorales de la municipalité mais seulement 38 000 se sont rendus aux urnes, selon le comité communal électoral et le conseil communal. Près d'un quart d'abstention : c'est le taux le plus élevé enregistré par le Comité national électoral (CNE) dans tout le Cambodge. Certains habitants se justifient. "Je voulais que mes fils aillent voter mais nous sommes pauvres. Ils ne pourront pas voter, ils ont dû partir travailler en Thaïlande et ne pourront probablement pas revenir le jour de scrutin", explique Mme Hourm. Les autorités ont une autre analyse de la situation. "Voter est le dernier des soucis des habitants. Nous leur avons distribué les notices d'information mais ils n'en ont cure !", assure Im Pheakdei, du conseil communal. "Nous ne pouvons pas forcer les gens à se rendre aux bureaux de vote. Leurs affaires, voilà tout ce qui les intéresse !" Complexité de la procédure et discrimination Dans l'opposition, on avance d'autres raisons. "La procédure du vote, le fait de rassembler les documents demandés, l'enregistrement et peut-être même le trajet jusqu'au bureau de vote, tout cela est compliqué pour des citoyens ayant un très faible niveau d'éducation et représente un coût en temps et en argent", fait valoir Mme Khun Chanthy, membre du conseil communal de Poïpet et militante du Parti Sam Rainsy (PSR). D'autres membres de l'opposition évoquent quant à eux des problèmes de discrimination. "Seuls les supporters du PPC peuvent obtenir des brochures d'information et des explications claires sur le scrutin", accuse Mean Sarith, directeur du PSR à Poïpet. Long Siday, directeur exécutif du Parti Norodom Ranariddh, estime pour sa part que seuls les habitants vivant à proximité des sièges de partis politiques ou de leurs représentants sont tenus au courant de la procédure, ceux résidant dans des zones éloignées ne recevant guère d'informations. San Sianho, le chef de la commune de Poïpet, également président du conseil communal et membre du Parti du peuple cambodgien (PPC), se défend : "Si nous expliquions la procédure aux membres d'autres partis, nous serions accusés de tenter de les convaincre de voter pour le PPC ! Alors, que doit-on faire ?" Des listes rallongées ? Par ailleurs, le responsable précise que la liste d'électeurs est plus longue qu'elle ne devrait, une situation qu'il attribue à son prédécesseur à la tête de la commune qui était... d'obédience PSR. "Lors des émeutes cambodgiennes en janvier 2003 [contre des entreprises et intérêts thaïlandais], de nombreux Cambodgiens travaillant dans le royaume voisin ont été renvoyés et leurs noms intégrés aux listes électorales de Poïpet. Mais la majorité de ces personnes ont depuis disparu et nous ignorons où elles se trouvent", explique-t-il, avant d'appeler le CNE à "nettoyer" les listes. L'argument est balayé par le chef de cabinet du secrétaire général du CNE Chim Sarin, qui rappelle que les listes d'électeurs sont mises à jour chaque année entre octobre et décembre, ce qui a donc déjà été fait. Dimanche, ils seront 57 977 électeurs attendus dans les 102 bureaux de vote de Poïpet. Ils n'ont jamais été aussi nombreux à être inscrits, mais le seront-ils tout autant à aller voter ? Cet article a été rédigé et publié dans le cadre du journal-école du Département des médias et de la communication de l'Université royale de Phnom Penh, Cambodia Votes 2008. La présente version a été traduite et rééditée par Ka-set. |