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60e anniversaire de la Déclaration des droits de l'Homme : les doléances pleuvent sur Phnom Penh
Par Duong Sokha et Stéphanie Gée   
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10-12-2008

Cambodge - Journée des droits de l'Homme © John Vink / Magnum

Phnom Penh (Cambodge), le 10 décembre 2008. Thun Saray, directeur d'Adhoc, Carol Rodley, ambassadeur des Etats-Unis, Seng Theary, militante des droits de l'Homme, lors de la célébration des droits de l'Homme
© John Vink / Magnum

 

Il y a 60 ans était adoptée la Déclaration universelle des droits de l'Homme, laquelle est reconnue dans l'article 31 de la Constitution cambodgienne et également un élément de la loi cambodgienne. L'occasion, mercredi 10 décembre, pour un large panel de représentants de la société civile et de diplomates, réunis à Phnom Penh, de faire le point sur la situation. Entre 2 000 et 3 000 personnes - qui s'étaient glissées dans des T-shirts frappés du slogan "les droits de l'Homme : nos droits" - ont écouté leurs récriminations et leurs appels en cascade lancés au gouvernement pour un meilleur respect des libertés fondamentales.


Des libertés "restreintes"
Comme l'a relevé, au nom de ses pairs, Thun Saray, président de l'Association des droits de l'Homme au Cambodge (Adhoc), "de graves violations des droits de l'Homme comme l'interdiction ou la restriction de la liberté de rassemblement pacifique, la liberté d'expression, la liberté d'association, les spéculations foncières", le trafic d'êtres humains, etc. "ont toujours cours" dans le petit royaume.

Chacun y est allé de ses doléances. Sok Sam Oeun, directeur de l'organisation de défense juridique Cambodian Defenders Project (CDP) et coordinateur du Chrac, un collectif de 21 ONG locales, a reconnu les efforts du gouvernement pour améliorer la situation, notamment en matière de sensibilisation des citoyens à leurs droits. Néanmoins, des points noirs demeurent, a-t-il fait observer. "Quand nous voulons entreprendre une action, il nous faut systématiquement demander au préalable une autorisation aux autorités, qui nous l'accordent ou pas... Or jouir de la liberté signifie que l'on peut organiser des choses sans avoir à solliciter le feu vert des autorités !"

Ath Thun, à la tête de la Confédération du travail du Cambodge, qui revendique plus de 60 000 membres, a, lui, mis l'accent sur les droits des travailleurs, trop souvent bafoués, et plaidé par la même occasion pour une augmentation des salaires des ouvriers et des fonctionnaires, qu'il aimerait voir recevoir un minimum de 100 dollars par mois. Afin de mieux faire valoir les droits des travailleurs, le syndicaliste a appelé le gouvernement à créer un tribunal du travail et un tribunal administratif pour régler les conflits du travail pour le premier, et les contentieux avec l'administration pour le second. Il a par ailleurs demandé aux autorités d'arrêter "les mauvais patrons qui ferment leurs entreprises sans préavis et sans verser à leur personnel les arriérés de salaires et les indemnités qui leur sont dus en fonction de leur ancienneté".

Les représentants de People's Forum on Cambodia Japon sont, eux, revenus sur les élections législatives de juillet dernier, regrettant que les droits des électeurs aient été dans nombre de cas violés.

Les "amis du 10 décembre"
Dans un fascicule intitulé les "amis du 10 décembre", la Ligue cambodgienne des droits de l'Homme (Licadho) rappelle trois libertés cardinales qu'elle estime "en danger" : la liberté de mouvement, la liberté d'expression et de parole, la liberté de rassemblement et d'association. Et la Licadho d'étayer ses inquiétudes en rapportant des cas survenus au cours de l'année 2008.

Entre autres exemples cités : les autorités locales, dans le Mondolkiri, qui, le 30 octobre, ont exigé de villageois de la minorité phnong de signaler au chef de leur commune leurs déplacements en dehors de la province. Hasard? Ils devaient ce jour-là se joindre à une manifestation dénonçant les spoliations foncières dans la province voisine, le Ratanakiri...; l'assassinat dans la capitale, le 11 juillet, soit en pleine campagne électorale, du journaliste Khem Sambo, écrivant pour le quotidien d'opposition Moneaseka Khmer, et de son fils; ou encore, l'intervention policière musclée du 6 février lors d'une grève à l'usine de confection textile Kingsland, à Phnom Penh, démarrée le 11 janvier pour réclamer la réintégration de 19 syndicalistes licenciés en juin 2007, et qui s'est conclue par l'hospitalisation de cinq manifestants...

Les victimes d'expulsions foncières
La Journée des droits de l'Homme a également été célébrée à Dey Krohom, un quartier phnompenhois dont les habitants sont menacés d'expulsion. "Nous sommes favorables au développement à condition qu'il ne se fasse pas aux dépens des pauvres. Les expulsions forcées doivent cesser et des politiques gouvernementales doivent être mises en place pour assurer un logement adéquat, la santé et l'éducation pour tous", insiste Yeng Virak, directeur de l'organisation Clec (Community legal education center).

Lao Mong Hay, chercheur à la Commission des droits de l'Homme d'Asie, retient également comme principale source d'inquiétude les spoliations foncières, et les arrestations et incarcérations de victimes qui les accompagnent. "Certains ont perdu leur terre sans compensation, comme à Kampot. Or, selon la Déclaration universelle des droits de l'Homme, chacun a droit à un logement décent", rappelle-t-il.

L'opposition ajoute sa voix au chapitre
Les deux principaux partis d'opposition ont également fait entendre leur voix par le biais de communiqués. Le Parti des droits de l'Homme (PDH) constate une "dégradation" de la situation des droits de l'Homme au Cambodge au cours de ces dernières années. Il est revenu sur les entraves à la liberté d'expression des partis minoritaires à l'Assemblée nationale, "qui ne peuvent donc pas protéger correctement les intérêts des électeurs". "Le PDH s'inquiète fortement de l'avenir qui attend la nation khmère et appelle le gouvernement à respecter les libertés fondamentales et à diriger le pays de manière démocratique et pluraliste, et dans le respect du principe de séparation des trois pouvoirs [législatif, exécutif, judiciaire]." Il suggère également que le gouvernement convoque un "congrès national" qui donnerait aux citoyens "l'opportunité de s'exprimer devant le roi, comme le permet la Constitution".

Le Parti Sam Rainsy estime pour sa part qu'il est besoin de "revoir" les Accords de paix de Paris du 23 octobre 1991 "qui ont pavé le chemin vers la réconciliation nationale et la paix". "Il faut rappeler que près de deux décennies [plus tard], le Cambodge manque toujours d'un véritable mécanisme indépendant, neutre et impartial pour surveiller les violations des droits de l'Homme qui se produisent chaque jour". Et le PSR d'ajouter que la "corruption rampante dans le système judiciaire permet aux contrevenants de rester libres tandis que les victimes et leurs familles craignent pour leurs vies". La formation de Sam Rainsy, actuellement en France, appelle ainsi les signataires des Accords de paix à tenir les promesses faites pour que tout Cambodgien soit libre de toute forme de discrimination et trouve justice.

 

Note dissonante dans ce concert de critiques, le communiqué de l'ambassade américaine qui estime que "le Cambodge fait d'importants progrès, assurant une meilleure stabilité et croissance pour le pays, et le militantisme de base et la conscience civique se développant parallèlement".

 

 


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La Journée des droits de l'Homme, célébrée à Phnom Penh le 10 décembre 2008 

 

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- Loi sur les ONG au Cambodge : priorité pour le gouvernement, menace pour la société civile ? (08-12-2008)
- Commission des droits de l'Homme de l'Asean : la société civile au Cambodge sera-t-elle entendue ? (30-10-2008)

- Liberté de la presse au Cambodge : un mythe ? (05-05-2008)



Le pays à l'heure des droits de l'Homme
La Journée des droits de l'Homme a mobilisé mercredi 10 décembre plus de 10 000 personnes dans la capitale cambodgienne et en province, dans le cadre de diverses manifestations, selon les organisations de défense des droits de l'Homme. Si tout s'est normalement déroulé, parfois sous l'étroite surveillance des forces de police, la Licadho relève qu'une marche prévue à Battambang, réunissant 200 personnes, n'a pu être menée faute d'autorisation. Seul un simple rassemblement a été permis.

 

 

 
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