
Plusieurs sites internet publient articles, vidéos, photos et chansons destinés à mobiliser les internautes sur le sort des familles expulsées samedi 24 janvier de Dey Krohom, un quartier de la capitale du Cambodge Des policiers cambodgiens lançant des gaz lacrymogènes, une armée de jeunes manoeuvres détruisant à coup de masse et de machettes les poteaux de frêles maisons, des pelleteuses écrasant tout sur leur passage au risque de blesser des habitants en larmes, fuyant les bras chargés des rares biens qu'ils ont réussi à sauver dans la cohue... Ces images de la violente opération d'expulsion des derniers habitants de Dey Krohom, à Phnom Penh, intervenue samedi 24 janvier, n'ont pas été diffusées sur CNN pas plus que sur les grandes chaînes de télévision internationales. Elles font pourtant depuis quelques jours le tour du monde via Internet et ses nouveaux outils "sociaux" : Facebook, YouTube, Flickr, Blogspot ou WordPress... Petit à petit, une fois passées les premières réactions d'émotion, les internautes indignés tentent, non sans peine, de sensibiliser un public le plus large possible sur ces événements, au Cambodge et à l'étranger. Leur première action : lancer un appel mondial pour protester massivement auprès des autorités cambodgiennes et de la compagnie 7NG.
Un message directement adressé au pouvoir "Monsieur le Premier Ministre Hun Sen, je vous écris pour vous faire part de mon émotion quant à la violente expulsion de Dey Krohom le 24 janvier, et pour demander que les familles expulsées reçoivent des compensations correspondant aux dommages." Ainsi débute l'une des deux "lettres modèles" publiées sur le site de l'organisation "Bridges across borders" qui invite les internautes de par le monde à les copier et à les transmettre par courriel ou télécopie au chef du gouvernement cambodgien ainsi qu'au ministre du Conseil des ministres Sok An, au président de l'Assemblée nationale Heng Samrin, au gouverneur de Phnom Penh Kep Chuktéma et au président de la compagnie 7NG Srey Sothea. Un appel relayé également par une chaîne de courriels de même que sur une page du site social Facebook, consacrée aux conflits fonciers au Cambodge. Cette dernière, créée à l'initiative de John Weeks, alias Jinja (ou le Gecko, en khmer), un blogueur expatrié au Cambodge très actif dans la sphère internet cambodgienne et lui-même auteur d'un riche dossier sur les différentes sources d'information disponibles sur l'affaire de Dey Krohom, regroupe à ce jour quelque 400 membres, qui y échangent communiqués, articles de presse, photos et vidéos concernant les expropriations en cours au Cambodge. Les messages diffusés sur ce groupe Facebook proviennent de Phnom Penh, bien sûr, mais aussi du fin fond du Colorado (Etats-Unis), du Canada, d'Irlande, de Suisse, d'Australie, de Thaïlande, de Hong-Kong, des Philippines, d'Inde, de Chine... Certains envoient un simple message pour faire part de leur indignation, d'autres appellent à des actions concrètes, parmi lesquelles des dons de nourriture ou de biens de première nécessité. Des vidéos tournées au cœur de l'action Le groupe mis en place sur ce site communautaire sert aussi et surtout à relayer l'ensemble des documents écrits, visuels et sonores, réunis comme autant de preuves. On y trouve ainsi, outre des liens vers le diaporama sonore et les articles trilingues de... Ka-set, des films vidéos tournés au cœur de l'opération d'expulsion, comme celui coproduit par Platapus et la Licadho Canada, initialement en ligne sur BlipTV et d'autres séquences "brutes" publiées sur l'espace de diffusion de vidéos YouTube ou sur la plate-forme multimédia des droits de l'Homme, The Hub. Sont également disponibles sur ces sites de nombreux documents d'archives, que ce soit sur la vie quotidienne des habitants de Dey Krohom, avant leur expulsion, ou sur d'autres cas d'expulsions passées ou en cours, comme au lac Boeung Kak. "Une expulsion peut en cacher une autre" Parallèlement aux vidéos, les photos prises à l'occasion de cette éviction, mais aussi avant et après, circulent également à grande échelle sur la Toile, que ce soit sur les sites de photographes professionnels (Peter Harris, John Vink...), d'amateurs (Chea Phal, un jeune Cambodgien employé d'une ONG japonaise qui consacre son temps libre à la photographie) ou de partage d'images tel que Flickr. Des photos qu'un modérateur, sur le forum de Khmer Network, invite à accrocher aux murs pour remplacer celles qui sont "inutiles" : "Une expulsion (déportation) peut en cacher une autre... Affaire à suivre...", commente-t-il. Des voix se font par ailleurs entendre sur les blogs, dont se fait écho le site Global Voices (une traduction en français, par Norbert Bousigue, est disponible) qui propose un panorama et des extraits des réactions de blogueurs. Des réactions à vif Sur son site personnel, Jivy, une jeune Philippine qui vit à Phnom Penh, rompt avec l'habituelle légèreté de ses messages sur le shopping et les restaurants, et raconte, encore sous le choc, ce qu'elle a vu, samedi 24 janvier au matin. "J'ai été réveillée ce matin par des forts martèlements. (...) j'ai regardé par la fenêtre et j'ai vu des centaines d'hommes habillés en vert en train de démolir à coups de masse les petites maisons devant l'immeuble où vit toute ma famille. C'était la première fois que je voyais un tel spectacle et j'avais la chair de poule. Il y avait beaucoup de policiers qui bloquaient le chantier et des centaines de spectateurs ont regardé depuis chez eux comment leurs compatriotes cambodgiens ont détruit en peu de temps les maisons d'autres gens. (...) Je ne connais pas toute l'histoire derrière ce spectacle horrifiant, je ne sais pas si le terrain appartient à l'Etat ou à un propriétaire privé. Tout ce que je sais, c'est qu'il y a des gens dans la rue aujourd'hui qui demandent plus de temps pour discuter de ce sujet avant de démolir. Mais des gens sans cœur n'ont rien voulu entendre." D'autres blogueurs racontent aussi ce qu'ils ont vu, commentent des articles ou, comme Steve, Wendy, Isaac et Niam, les quatre membres d'une famille évangéliste œuvrant au Cambodge, font part de leur colère et appellent à prier pour les habitants de Dey Krohom expulsés.
Les blogueurs khmers peu mobilisés Force est toutefois de constater qu'en dehors de quelques exceptions, les blogueurs cambodgiens (ou Cloggers) sont rares à prendre la parole sur le sujet. La plupart, y compris ceux habitués à lancer de vifs débats, sont étrangement muets en cette veille de Nouvel an chinois. De même, le sujet n'enflamme guère les forums de Cambodgiens en France. Sur Khmer Network, alors qu'un message sur "les pédophiles au Cambodge" a suscité, depuis le 18 janvier, une centaine de réactions et a été lu plus de 3 000 fois, celui concernant Dey Krohom n'a donné lieu à ce jour qu'à sept commentaires, pour une centaine de lectures... Ce qui fait dire à l'un des rares intervenants sur le sujet, un certain BAC : "Ça [Dey Krohom], c'est un sujet préoccupant. Pourquoi ? Eh bien, parce que c'est pas un sujet de discussion, de bla-bla-bla. C'est même tellement préoccupant que le régime reste silencieux. Et même les gens dans ce forum restent silencieux. Quand un sujet est trop inquiétant, les gens n'ont pas grand-chose d'intéressant à dire. C'est plus fun de faire du bla-bla-bla..."
"Do Not Agree" A découvrir, sur le site SendSpace, une chanson écrite par l'un des représentants de la communauté de Dey Krohom, Vichet, interprétée au milieu, puis avec d'autres habitants, quelques jours avant leur expulsion : "Do Not Agree". Une traduction des paroles khmères en anglais est par ailleurs disponible sur le même site, dans un fichier PDF. Voir également le projet du rappeur khméro-américain PraCh, sur le Bassac, auquel il consacre une partie de son blog, Mujestic.com
The Khmer Chronicles
Issue Nr 13: That's it... They won..., chronique de John Vink, sur le blog de l'agence Magnum Egalement sur Ka-set
Diaporama sonore sur l'éviction de Dey Krohom (24-01-2009)
- L'expulsion des dernières familles de Dey Krohom aurait pu être évitée, selon une agence onusienne (29-01-2009) - Dey Krohom : l'opposition cambodgienne condamne l'attitude de la municipalité de Phnom Penh (28-01-2009) - Des briques mais pas d'argent : les compensations aux expulsés de Dey Krohom revues et corrigées (27-01-2009) - Violences foncières au Cambodge : Dey Krohom totalement nettoyée au terme d'une expulsion musclée (24-01-2009)
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Par Achey
Par Ben du Cambodge
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