
Phnom Penh (Cambodge), le 22 janvier 2009. Chea Mony, leader syndical, lors de la commémoration de l'assassinat de son frère Chea Vichea © John Vink / Magnum Ils sont plus de 200 ouvriers, syndicalistes, défenseurs des droits de l'Homme, députés d'opposition à s'être retrouvés jeudi 22 janvier au siège du Siorc (Syndicat indépendant des ouvriers du royaume du Cambodge), à Phnom Penh, pour marquer le 5e anniversaire du meurtre de Chea Vichea, le populaire militant qui, au cours de ses années de présidence du Siorc, l'a façonné pour en faire une force de revendication incontournable dans les négociations sociales. Dans cette assemblée aux visages graves, la présence remarquée de Born Samnang, l'un des deux hommes accusés du meurtre de Chea Vichea et remis en liberté provisoire le 31 décembre après presque cinq ans passés en prison. Dans les discours, des appels à identifier et juger les vrais auteurs du crime, et des accusations portées contre Hok Lundy, l'ancien chef de la police nationale du Cambodge, mort dans un accident en novembre 2008.
Que Chea Vichea soit gratifié du titre de "héros des ouvriers" Chea Mony, le frère de Chea Vichea auquel il a succédé à la tête du Siorc, Rong Chhun, l'ami de Chea Vichea et président de l'Association indépendante des enseignants du Cambodge (AIEC), les leaders d'opposition Sam Rainsy et Kem Sokha accompagnés des élus de leurs partis ouvraient le cortège, qui a marché jusqu'au kiosque, adossé à un mur du Wat Langka, devant lequel leur "héros" est tombé sous les balles d'inconnus le 22 janvier 2004. Là, tous se sont recueillis dans une fumée d'encens, après avoir déposé au sol des couronnes de fleurs. Chaque année depuis 2005, ce rituel est répété, à l'initiative des syndicats de Chea Mony et de Rong Chhun, réunis au sein d'une même confédération, et avec l'autorisation des autorités qui facilitent la tenue de la manifestation. Un énième hommage au combat de longue haleine de Chea Vichea en faveur de la liberté, des droits de l'Homme et d'une amélioration des conditions de travail au Cambodge a été rendu. Les participants ont réitéré leur demande au gouvernement et au roi Sihamoni d'élever Chea Vichea au rang de "héros des ouvriers". Un titre qu'ils lui ont déjà accordé, en l'inscrivant au-dessous d'une photo du militant disparu, en plein travaux d'écriture, frappée au dos des T-shirts qu'ils arboraient. Rong Chhun, ordonnateur de la cérémonie, a également renouvelé une ancienne requête : qu'une statue de Chea Vichea soit édifiée au carrefour de la rue Pasteur et du boulevard Sihanouk, à quelques mètres du lieu où a été commis le meurtre. Trouver les "vrais assassins" Born Samnang a été le premier à prendre publiquement la parole. Il est apparu sombre et quelque peu craintif, ne s'éloignant jamais de sa mère qui l'avait accompagné, bien qu'il affirmera ne pas avoir peur. "Aujourd'hui, je veux me montrer devant tout le monde pour dire que j'ai été remis en liberté. J'espère que la justice rendra prochainement un non-lieu en ma faveur car je n'ai pas tué Chea Vichea !", a-t-il déclaré, avant d'exprimer sa profonde reconnaissance envers les proches de Chea Vichea, "notamment son frère et son épouse qui ont à plusieurs reprises réclamé ma libération". Son compagnon de mauvaise fortune, Sok Sam Oeun n'était pas là car il a pris le froc, a confié son père. Ce dernier interviendra brièvement pour notamment remercier la Cour suprême d'avoir rendu justice à Born Samnang et à son fils. Ou Virak, président du Centre des droits de l'Homme du Cambodge, soulignant que justice n'avait pas été rendue dans cette affaire, a encouragé le gouvernement "à trouver les vrais assassins de Chea Vichea afin d'envoyer un message clair à tous : le Cambodge ne tolère pas les assassinats pas plus que l'impunité". Un appel qui sera repris en écho par Chea Mony, Kem Sokha et Sam Rainsy. Les responsables : "Hok Lundy" et "au-dessus de lui..." Chea Mony, grimpé sur une chaise, a déclaré, sur un ton solennel et déterminé, que "Heng Pov, l'ancien commissaire adjoint de la police chargé de l'affaire de Chea Vichea, avait révélé devant la cour municipale de Phnom Penh que Born Samnang et Sok Sam Oeun n'étaient pas les assassins et que le commanditaire n'était autre que Hok Lundy. [...] Le gouvernement a certes un peu changé : ces deux hommes ont été remis en liberté provisoire et le dossier renvoyé à la Cour d'appel. [...] Mais comme les policiers et militaires du pays se heurtent au manque d'indépendance du système judiciaire, ils ne peuvent pas mettre en pratique leur professionnalisme pour mettre la main sur les coupables". Pour Sam Rainsy également, il existe un manque de volonté évident du gouvernement à traduire en justice les vrais assassins. "J'espère que lorsque nous reviendrons à cet endroit le 22 janvier 2010, les criminels et leurs complices auront été arrêtés !" Saluant "le premier pas en avant" en ce sens, que représente la remise en liberté provisoire de Born Samnang et Sok Sam Oeun, l'opposant, perché lui aussi sur une chaise, a lancé sans ambages : "Hok Lundy est mort mais cela ne suffit pas ! Il faut trouver qui était au-dessus de lui ! Il ne peut pas avoir fait cela seul sans l'ordre de quelqu'un au-dessus de lui" ! Des attaques qui ne sont pas du goût du porte-parole de la police nationale, Kiet Chantharith. Appelé à réagir, il expliquait au téléphone que "pour faire de telles accusations, il faut avoir des preuves ! On ne peut pas accuser à l'emporte-pièce car cela porte atteinte à l'honneur et aux droits d'autrui".
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Par Achey
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Par Fournier