Phnom Penh (Cambodge). 31 décembre 2008. Born Samnang et Sok Sam Oeun dans la camionnette du service pénitentiaire après le verdict de la Cour suprême © John Vink / Magnum La Cour suprême du Cambodge a créé la surprise mercredi 31 décembre en remettant en liberté provisoire Sok Sam Oeun et Born Samnang, deux hommes condamnés à 20 ans de prison pour le meurtre du charismatique leader syndical Chea Vichea. Elle a décidé de renvoyer le dossier à la Cour d'appel, priée de rouvrir l'enquête. Un verdict auquel ne s'attendaient pas les nombreux militants des droits de l'Homme, syndicalistes, parents des accusés, représentants de chancelleries et d'agences onusiennes, et qui a été accueilli par des salves d'applaudissements dans le public, qui débordait de la salle d'audience.
Un feuilleton judiciaire très suivi Les organisations de défense des droits de l'Homme et syndicats, cambodgiens comme internationaux, avaient jusqu'à la dernière minute multiplié les appels à la libération des deux hommes. Arrivés sous bonne escorte, Born Samnang, 28 ans, et Sok Sam Oeun, 40 ans, ont à nouveau clamé leur innocence, sur un ton affirmatif, devant un président de Cour, Dith Munty, poli et respectueux à leur égard, un traitement dont ils n'ont pas toujours été gratifiés devant les autres cours. Rien au cours des quatre heures d'audience ne laissait cependant prévoir ce dénouement heureux : à 19 heures, les deux hommes sortiraient libres de prison. Le représentant du Parquet général de la Cour suprême avait appelé au maintien de la sentence, estimant les preuves à charge suffisantes. Le puissant juge Dith Munty ne l'a pas entendu de cette oreille et a suivi, comme il l'a souligné, le procureur général de la Cour d'appel qui avait estimé le dossier incomplet et demandé une réouverture de l'enquête pour étoffer le dossier. La Cour d'appel avait choisi de ne pas s'aligner sur cette position et préféré confirmer la condamnation à 20 ans de prison des deux hommes par la Cour municipale de Phnom Penh. Un jugement de la Cour d'appel rendu le 12 avril 2007 que Dith Munty a jugé comme nul et non avenu. Le juge a expliqué agir dans le respect de la procédure pénale et de la Constitution. En attendant, Born Samnang et Sok Sam Oeun devront rester à la disposition de la justice. Depuis presque 5 ans, les deux hommes croupissaient en prison pour un meurtre qu'ils disent ne pas avoir commis, emprisonnés au terme d'une procédure judiciaire jalonnée d'irrégularités flagrantes et de violations des droits de la personne les plus élémentaires. On ne compte plus les organisations et les personnalités à s'être émues de leur sort et à avoir réclamer la libération de ceux volontiers présentés comme des boucs-émissaires. Feuilleton judiciaire qui tire en longueur, autour duquel la société civile a su rester mobilisée, cette affaire est devenue le symbole d'un système judiciaire cambodgien défaillant, pêchant par manque d'indépendance. Rappel des faits Born Samnang et Sok Sam Oeun avaient été poursuivis pour homicide et port d'arme illégal dans le cadre de l'assassinat en pleine rue de Chea Vichea, abattu de trois balles par deux inconnus le 22 janvier 2004. Leur condamnation s'était essentiellement appuyée sur des aveux de Born Samnang, qui lui ont été, selon lui, "arrachés". Sok Sam Oeun ne se berçait pas d'illusion en s'approchant de la barre, la mine triste. Il sera brièvement interrogé, répétant comme il le fait depuis le début de cette affaire, n'être aucunement mêlé à cette affaire et n'avoir jamais rencontré Born Samnang si ce n'est en prison, depuis que leurs destins se sont tragiquement croisés. Tous deux ont relevé avoir été arrêtés "sans mandat d'arrêt". Born Samnang, quant à lui, a rappelé que, lors de la conférence de presse donnée peu après leur arrestation, il s'était écroulé en larmes et avait clamé son innocence. "Le jour du crime, je ne me trouvais pas à Phnom Penh mais à Neak Loeung, dans la province de Prey Veng, auprès de ma petite amie. Ce qui n'empêcha pas le propriétaire d'une guesthouse de la capitale où j'avais logé plus tôt d'affirmer que je m'y trouvais encore le 22 janvier..." Il est également revenu sur les violences policières qu'il a subies, "forcé d'apposer [son] empreinte digitale" au bas d'un document dont il ignorait le contenu, et sur les menaces reçues de responsables policiers qui lui ont promis qu'il s'en tirerait à bon compte - en écopant d'un an de prison seulement - s'il reconnaissait les faits. Pour le décider, des filles de joie avaient même été envoyées dans sa cellule, a-t-il détaillé. "J'avais très peur. Ils voulaient que je dise que j'étais le tueur et Sok Sam Oeun celui qui conduisait la moto..." Il a dénoncé à la barre la mise en scène dont il a été victime de la part de la police judiciaire quand ses représentants l'ont traîné dans un terrain vague où se trouvait miraculeusement l'arme du crime... "Des ONG de défense des droits de l'Homme jusqu'au Roi-père et à la Reine-mère ont déclaré que je n'étais pas l'assassin. Le Roi-père a même affirmé que la justice me libérerait un jour, et il a versé des dons à ma famille", a fait observer Born Samnang. L'avocate de la famille de Chea Vichea a pour sa part appelé à l'arrestation des "vrais coupables" et réclamé en son nom 50 000 dollars de dommages et intérêts. Réactions unanimes : entre surprise et joie A l'issue du verdict, les parents de Born Samnang et Sok Sam Oeun se disaient trop émus pour exprimer pleinement leur joie. Ils ont remercié la Cour d'appel et félicité "une justice au service des citoyens". Rong Chhun, proche ami de Chea Vichea, a également salué cette décision, en son nom et aux noms du Syndicat indépendant des ouvriers du royaume du Cambodge (Siorc), que présidait le leader syndical assassiné, et de l'Association indépendante des enseignants du Cambodge, qu'il dirige. "Je veux croire à un tournant vers une fin prochaine du règne de l'impunité au Cambodge", a-t-il commenté. Sans perdre de temps, le Chrac, un collectif de 21 ONG locales, faisait part de son agréable surprise. "C'est une décision positive et encourageante", ont écrit ses représentants dans un communiqué, disant attendre maintenant de la Cour d'appel qu'elle rende un non-lieu dans cette affaire pour innocenter définitivement Born Samnang et Sok Sam Oeun, et trouve les vrais assassins de Chea Vichea. L'ambassade des Etats-Unis a à son tour réagi, et elle aussi appelé à ce que "la Cour d'appel réexamine au plus vite le dossier et résolve l'affaire en accord avec la loi cambodgienne et les standards internationaux". Une nouvelle année qui "s'annonce sous des auspices favorables", conclut-elle.
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Par Achey
Par Ben du Cambodge
Par Fournier