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Elections législatives : les bonzes cambodgiens sont retournés aux urnes
Par Stéphanie Gée et Im Lim   
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28-07-2008
Aux précédentes législatives de 2003, le mot "neutralité" était sur toutes les lèvres des bonzes. Bien que le droit de vote leur soit reconnu dans la Constitution cambodgienne, le vénérable Tep Vong, à la tête de l'ordre Mohannikay, largement dominant dans le pays, leur avait interdit d'accomplir leur devoir de citoyen, au risque de perdre le froc. Une menace, nouvelle, qui avait été prise au sérieux. Le Premier ministre Hun Sen n'avait alors publiquement pas vraiment pris parti, laissant le choix aux religieux de se rendre aux urnes ou "d'obéir aux principes de Bouddha" et de s'abstenir... Quelques îlots de résistance avaient cependant bravé l'interdiction de la hiérarchie. Cette année, bien au contraire, ils ont été appelés à aller voter et ne se sont pas fait prier.

 

Des ordres incompris
La question de savoir si religion et politique font bon ménage n'était pas à l'ordre du jour pour ce quatrième scrutin législatif. Dans les pagodes de la capitale, on s'adapte aux ordres venus d'en haut. "En 2003, je n'aurais pas essayé de m'échapper de ma pagode pour voter. On nous disait alors que ce n'était pas convenable pour des moines de se mêler de politique. Aujourd'hui, on nous dit que voter, c'est important", rapporte, perplexe, un bonze du Wat Langka, qui accueillait dimanche 27 juillet plusieurs bureaux de vote.

Les bonzes rencontrés dans le voisinage d'urnes électorales disent ignorer les raisons de ce revirement mais s'en réjouissent tous. Ils n'hésitent pas à exhiber, non sans fierté, leur carte d'identité et leur doigt imprégné du bleu indigo de l'encre certifiant qu'ils ont voté.
Quelques-uns, malgré tout, s'aventurent à expliquer leur "musellement" en 2003 par "une mauvaise lecture de la loi électorale". "Des partis politiques et des organisations de la société civile ont contesté cet ordre et invoqué la Constitution pour rappeler que nous, les bonzes, étions des citoyens à part entière. Cette année, on nous a donc laissé libres d'aller remplir notre bulletin de vote", avance, guilleret, un jeune bonze du Wat Ounalom.

D'autres moines du Wat Langka sont mal à l'aise avec ces changements de cap. "Une fois on nous autorise, une fois on nous interdit, puis on nous autorise à nouveau... Cela veut dire quoi ? Ce n'est pas très rassurant."

A l'intérieur des wats, la politique se discute en petit comité
Les bonzes interrogés ont tous confié s'être intéressés à la campagne électorale durant leur temps libre. "On ne participait pas aux convois politiques, certes, mais on s'informait des programmes des formations et des problèmes dénoncés grâce aux radios étrangères qui émettent en khmer et au programme d'équité du Pnud diffusé sur la chaîne publique TVK [donnant la parole à tous les partis en lice]. On n'est pas bien équipés en télévisions dans nos wats mais on a tous la radio sur nos téléphones portables !", relève Ching, qui a pris le froc il y a dix ans.

La question du choix du meilleur leader pour présider aux destinées du Cambodge fait débat au sein de la communauté religieuse, mais pas ouvertement. "On n'évoque ce sujet qu'avec ceux dont on sait qu'ils sont de la même obédience que nous... Les discussions ne dépassent pas le cadre de tout petits groupes", souligne un bonze du wat Botum.

Un mot d'ordre avant le vote ?

Quand on leur demande s'ils ont reçu des consignes de vote de leur hiérarchie, les bonzes secouent énergiquement la tête en signe de négation. Toutefois, un bonze du Wat Langka dit redouter "les pressions politiques". "Avec le dépouillement des bulletins, ils peuvent toujours retrouver qui a voté pour qui, et on peut ensuite être victime de représailles", craint-il, refusant de décliner son identité.
Lors de réunions avec leurs supérieurs hiérarchiques, les bonzes confient s'être fait raconter par le menu le bilan du Parti du peuple cambodgien, au pouvoir, avant de s'entendre dire : "à vous de choisir pour qui vous voulez voter !" ou bien "votez pour le parti qui vous aide et vous donne du riz", selon les récits.

L'après-élections regardé avec angoisse

"Je m'inquiète de ce qui va se passer une fois les résultats proclamés. Il y a toujours des contestations et des débordements possibles. Certains riches Cambodgiens ont préféré se réfugier à l'étranger et renoncer à leur droit de vote pour ne pas être là si les choses venaient à tourner mal. Les commerçants également sont toujours soucieux quand le Cambodge doit traverser des périodes électorales, ils se font du souci pour leurs affaires », témoigne le bonze Vannden, rencontré à la sortie d'un bureau de vote à Phnom Penh. Un de ses compagnons affirme en écho redouter les fraudes et irrégularités en tout genre, "toujours à l'origine de conflits".

Au wat Langka, trois moines interrogés s'engagent contre toute attente dans une diatribe contre le gouvernement, dénonçant à tout vent, mais sous le couvert de l'anonymat, "la corruption, le non respect de la loi par les riches et puissants, le manque de justice sociale...". L'un d'eux évoque ensuite l'assassinat le 11 juillet dernier du journaliste d'opposition Khem Sambo et conclut : "C'est triste. En plus, ce meurtre s'est produit sous les yeux de nombreux policiers. Ici, quand on parle et qu'on en sait trop, on est tué !"

Peu importe, martèle un religieux du Wat Ounalom, "le clergé doit faire corps avec la société et peut l'aider à évoluer. Il est donc primordial que nous participions aux élections !"

 

 


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