| La normalisation du pays aidant, les Cambodgiens abordent plutôt sereinement le scrutin législatif du 27 juillet. A mi-chemin de la campagne électorale, dont la relative bonne ambiance a été remise en cause vendredi 11 juillet avec l'assassinat d'un journaliste d'une publication proche du Parti Sam Rainsy, ils s'ouvrent facilement sur leurs problèmes quotidiens et leurs attentes. Des doléances qui font souvent écho aux plates-formes politiques de l'opposition. Quelles que soient leurs affinités avec la politique, tous ceux que Ka-set a interrogés dans la rue jurent qu'ils iront remplir leur bulletin de vote ; mais aucun n'ose confier à qui ils donneront leurs voix. Tous assurent également privilégier un examen de la pertinence des programmes des onze formations en lice pour se faire une opinion plutôt que de se ranger aveuglément derrière un leader politique. Rencontres.
Une campagne tranquille Thach Sothon, un bonze de 37 ans attaché à la pagode de Moha Muntrey, se réjouit que les discriminations politiques soient cette année moins fortes. "Les partis ne créent pas de problèmes comme lors des autres campagnes. Avant 2003, que deux cortèges se croisent et on assistait à un concert d'insultes." Même constat chez Ieng Chuor, un paysan de 50 ans de la province de Prey Veng. "Tout se passe bien cette année, on entend seulement les hauts-parleurs des partis politiques qui crachent leurs messages, mais pas de heurts", rapporte-t-il. Etudiants et policiers croisés disent également apprécier le climat paisible qui prévaut pour cette campagne. Un soulagement général qui ne balaie néanmoins pas quelques craintes. Certains, comme le jeune bonze Sum Wathakna, redoutent une contestation des résultats par des partis perdants. "Il existe un risque de troubles au lendemain du scrutin... De nombreuses rumeurs en font état." L'inflation, premier de tous les maux Le prochain gouvernement est attendu au tournant par la population, dont le niveau de vie a chuté depuis le début de l'année sous l'effet d'une inflation que chacun juge démesurée. Quelles que soient les professions et couleurs politiques des gens interrogés, ils placent tous en tête des priorités du prochain gouvernement un retour à un coût de la vie plus abordable. Pros Mao, un kiosquier de 27 ans, dit se moquer de qui l'emportera : l'important, c'est que les prix soient revus à la baisse. "On ne peut pas augmenter le prix des publications que l'on vend, sans quoi on perdrait nos clients. Nos revenus sont faibles, il faut que l'inflation soit contrôlée", appelle-t-il. Un mot d'ordre que reprennent en choeur les conducteurs de tuk-tuk et autres transporteurs. "Que le gouvernement procède à un appel d'offre et casse le monopole des distributeurs d'essence, suggère un quadragénaire qui préfère taire son nom. Comment pouvons-nous nous en sortir ? Et pourquoi le litre d'essence se vend-il moins cher à l'étranger ?" La même complainte se fait entendre chez Chan Veasna, un moto-taxi de 50 ans. "Le prix de l'essence atteint des sommets mais les clients ne sont pas prêts à réajuster le prix des courses...", maugrée-t-il, appelant le parti vainqueur à baisser les prix pour assurer un meilleur niveau de vie aux citoyens. Kao Sam Ol, un policier de 38 ans, n'en revient toujours pas de la cherté de la vie et, devant nous, il se met à énumérer les prix des denrées de base, en les comparant à leurs prix "d'avant", comme pour mieux en souligner l'extravagance. "Je ne gagne par mois que 100 000 riels [25 dollars]. Nous, les policiers, on est fatigué de travailler dur pour des salaires de misère. Il faut que le prochain gouvernement pense à réévaluer nos traitements !" Pour Mme Mao Vanna, 51 ans et vendeuse de jus de canne, le constat est tout aussi amer. "Les prix grimpent mais nos revenus n'augmentent pas ! On se retrouve à vivre au jour le jour et à retirer nos enfants des écoles pour les envoyer travailler ! C'est inacceptable !" Augmentation des salaires et emploi des jeunes « La situation actuelle oblige les fonctionnaires à se trouver un autre travail en parallèle et les étudiants à parfois retourner à l'agriculture en désespoir de cause ! Une fois diplômés, ils restent sur le carreau, n'arrivant pas à intégrer le marché du travail ! » L'équation gagnante, pour l'étudiant en tourisme Chun Singath, serait d'augmenter les salaires des enseignants et des fonctionnaires en général, et de fournir des emplois aux jeunes. Et tout rentrera dans l'ordre, promet-il. Pour le professeur d'anglais Dek Sovannthea, la solution serait pour l'Etat d'engranger davantage de recettes "en collectant mieux les taxes et en luttant plus efficacement contre la corruption". Il regrette par ailleurs qu'il existe un tel décalage entre les offres d'emploi, "nombreuses dans les journaux", et les spécialités des étudiants. Il suggère d'imposer un quota de jeunes embauchés dans chaque entreprise. Le jeune bonze Sum Wathakna quant à lui s'interroge : "Pourquoi donne-t-on plus de valeur aux ingénieurs étrangers que cambodgiens ?". L'étudiante en psychologie Sor Phanna, s'inquiète comme ses camarades de classe pour son avenir professionnel. "Pour dégager des emplois, il faut mettre fin à l'esprit de clan et que les fonctionnaires en âge de partir en retraite cèdent leurs places aux jeunes. Je soutiendrai le parti qui donnera du travail aux jeunes !" L'immigration, encore et toujours... La présence de Vietnamiens sur le territoire cambodgien continue de nourrir des inquiétudes. Le jeune Phon Ravy, étudiant en pâli, réclame un véritable "contrôle de l'immigration vietnamienne et de la contrebande issue de ce pays". "Ils sont libres de faire du commerce chez nous sans être soumis comme les Cambodgiens au paiement de taxes ! Et puis, tous ceux qui vivent aux abords du fleuve polluent l'environnement. Non seulement ils nous envahissent mais ils importent leur culture. Je veux un gouvernement qui soit capable de protéger l'intégrité territoriale !", martèle-t-il. Kren Bopha, une étudiante en psychologie, partage ses angoisses, se disant malgré tout revigorée par l'inscription récente du temple de Preah Vihear sur la liste du patrimoine mondial. "Celui qui saura protéger notre territoire saura en terminer avec l'immigration illégale", énonce-t-elle doctement. Thach Sothon, un bonze de 37 ans, va jusqu'à affirmer que les Vietnamiens "volent le travail des Cambodgiens". "D'ailleurs, ajoute-t-il, ceux qui maîtrisent leur langue ont toujours un meilleur salaire !" Les étudiants n'ont, eux aussi, pas de mots assez durs pour vilipender les Vietnamiens, les uns ne comprenant pas "pourquoi ils disposent du droit de vote au Cambodge", les autres les soupçonnant de vouloir "peupler le pays en se reproduisant via leur réseau de prostituées et d'y propager le sida"... ... et les autres desiderata L'accès à des soins bon marché, voire gratuits, pour les pauvres, figure aussi dans la liste des voeux des Phnompenhois interrogés. "Quand on arrive à l'hôpital, avant même de nous examiner on nous demande si on a de l'argent !", s'offusque Sok Sol, un tuk-tuk de 34 ans. L'ouvrière Chhi, Samomeun, originaire de Svay Rieng, appelle pour sa part à la création d'hôpitaux et d'écoles, et souhaite que les autorités se préoccupent de développer les zones éloignées. La résolution des litiges fonciers est aussi évoquée par certains, comme le jeune So Vanna, qui voit là un manque de solidarité entre Cambodgiens et en mesure l'impact sur l'économie, cette instabilité sociale rendant selon lui « frileux » les investisseurs potentiels. D'autres, comme Hasarat Karasan, un commerçant cham de 50 ans, ont encore en mémoire le régime khmer rouge et leur principal voeu est de ne pas voir revenir un "régime Pol Pot". Sok Sophy, une ouvrière de la confection textile de 43 ans, dit également aspirer avant tout à la paix. "Il ne faut plus que la guerre vienne nous tourmenter..." Une vendeuse de vêtements d'occasion, affairée sur le boulevard Sihanouk, ne s'embarrasse pas de détours et dit ne porter aucun intérêt à la politique. "J'irai quand même voter mais je ne sais pas pour qui encore. Mon credo c'est 'Aide-toi et le ciel t'aidera'. Alors je travaille tous les jours de 7 heures à 19 heures et je n'attends rien des partis !"
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Par Chenis
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