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Le PPC caracolerait en tête sur fond de mécontentement lié à de nombreuses impossibilités à voter
Par La rédaction de Ka-set   
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28-07-2008

Cambodge - élections législatives - Hun Sen © John Vink / Magnum
Takhmau (Kandal), le 27 juillet 2008. Dimanche matin, Hun Sen souriait aux photographes, assuré de la victoire de son parti, le PPC
© John Vink / Magnum

Les premiers résultats provisoires, partiels et province par province, qui commençaient à tomber dimanche 27 juillet dans la soirée donnaient sans surprise la victoire au Parti du peuple cambodgien (PPC) du Premier ministre Hun Sen. Et celle-ci s'annonce absolument écrasante. Le Parti Sam Rainsy (PSR) se maintiendrait, loin derrière, comme principal parti d'opposition. Autres formations qui obtiendraient des représentants à l'Assemblée nationale, le Parti des droits de l'Homme, le Parti Norodom Ranariddh et le Funcinpec, qui se partagent des miettes. En attendant les scores définitifs enregistrés par chaque formation en lice, électeurs, organisations et partis politiques ont commencé à dénoncer de nombreuses irrégularités venues entacher le déroulement du scrutin. Au coeur des récriminations, l'impossibilité pour nombre de Cambodgiens de voter. Personnel électoral trop pointilleux, ou encore manoeuvres du parti au pouvoir, comme le dénonce notamment le PSR ? Retour sur cette journée électorale.

 

Des élections calmes et tranquilles
Les Cambodgiens qui ont pu repartir le doigt bleu indigo confiaient la plupart du temps avoir voté "plus facilement" qu'à l'habitude. Le Premier ministre Hun Sen, qui votait dans le centre de pédagogie de Kandal, s'est réjoui devant les journalistes de la bonne ambiance qui prévalait pour ces élections.

Le chef de la délégation d'observateurs japonais, M. Kimura, partageait cette bonne impression. "Les Cambodgiens étaient nombreux à faire la queue ce matin devant les bureaux de vote, ce qui montre qu'ils sont confiants dans ce scrutin."

Benny Widyono, ancien représentant au Cambodge du Secrétaire général des Nations unies venu observer le déroulement des élections, n'hésitait pas quant à lui à dire que la société cambodgienne était devenue mature, et en voulait pour preuve le fait que le Premier ministre soit allé voter sans s'entourer d'un service de sécurité. "C'est un progrès !", s'enthousiasmait-il, citant la bonne santé économique du pays, l'émergence d'une société civile et d'une classe moyenne, et le développement de l'éducation.

Dans une conférence de presse donnée en fin de journée, le Comité national électoral (CNE) s'est également dit satisfait du bon déroulement du scrutin. Il a indiqué que les 15 225 bureaux de vote ouverts au Cambodge avaient tous réceptionné à temps le matériel de vote et pu fonctionner normalement.

Déboires d'électeurs
Dans un bureau de vote installé au Wat Langka, à Phnom Penh, une électrice s'époumone et insulte à tout-va. Son nom ne figure pas sur les listes électorales et on lui fait comprendre qu'il n'y a rien à faire. "Rentrez chez vous !", lui conseille un employé électoral, alors que la quadragénaire décide de faire le planton et de vider sa colère.

Un homme, en électeur averti, arrive à son bureau de vote avec tous les documents requis, et son nom figure sur les listes. Aucun obstacle en vue si ce n'est que l'on s'aperçoit que, un peu plus tôt, visiblement un usurpateur a déjà voté en son nom... Le personnel électoral n'a pu s'opposer à ce qu'il vote, une deuxième fois, mais le premier vote ne pouvait, a priori, pas être annulé, nous explique-t-on.

Des règles du jeu à géométrie variable
"Nos visages, notre sang sont khmers, alors pourquoi ne pas laisser mon fils voter ?", interrogeait, furieuse, une quinquagénaire à Takhmau, dont le fils s'est vu priver de son droit de vote car il n'a pu exhiber sa carte d'identité, "volée récemment". La mère, obstinée, est bien retournée au foyer récupérer le livret de famille, mais le document a été refusé.

Ailleurs, un homme venu muni d'une carte d'électeur datant de 2001 et d'une notice d'information s'est également vu refuser l'accès aux urnes. Mais une employée électorale, dont le père est l'un des responsables PPC du quartier, a intercédé en sa faveur et, finalement, plus personne ne voyait d'inconvénient à ce que l'électeur accomplisse son devoir...

Dans plusieurs bureaux de la municipalité de Kompong Cham, les mêmes mésaventures étaient rapportées. Un électeur "ayant eu la chance de voter" se faisait l'écho, à la sortie d'un bureau de vote, de la colère de plusieurs citoyens refoulés, "soit pour ne pas avoir trouvé leur nom sur les listes, soit parce que d'autres personnes avaient déjà voté à leur place". Des propos qui ont fait bondir une employée du Comité national électoral : "C'est faux ! Il n'y a pas de problème. Les gens se trompent simplement de bureau de vote ! Quand on va dans le bon bureau, on trouve très facilement son nom !"

Ces justifications n'ont visiblement pas satisfait les éconduits. La plupart sont rentrés chez eux mécontents de leur infortune, se refusant à multiplier les voyages au bureau de vote pour se plier à un règlement qui leur échappe.

Des noms introuvables
Le Comité national électoral a déploré "quelques irrégularités" comme la mauvaise utilisation du formulaire 1018, qui a valeur de pièce d'identité, et la disparition des listes électorales des noms de nombreux électeurs.

Pour l'organisation d'observation électorale locale Comfrel, ce problème est "grave", et se serait produit "dans toutes les provinces et municipalités" du Cambodge. Elle a aussi relevé le déplacement à la dernière minute de bureaux de vote, ce qui a jeté dans la confusion plus d'un électeur.

"Cela découle de problèmes techniques ou d'une volonté politique", avançait dimanche Thun Saray, à la tête du comité directeur de Comfrel. "C'est regrettable et cela a affecté le taux de participation des électeurs qui devrait s'établir seulement autour de 70% [contre 83% en 2003]", ajoute-t-il. "J'ai vu ce matin des électeurs s'effondrer en pleurs après avoir découvert que leurs noms ne figuraient pas sur les listes..."

Selon l'ONG, à Phnom Penh, 30% des électeurs inscrits aux bureaux de vote du quartier de Boeung Trabek ont été confrontés à ce problème, et 50% de ceux dépendant des quartiers de Dey Krohom et de Tonlé Bassac. "Deux mois avant le scrutin, Comfrel avait dénoncé la suppression de 60 000 noms d'électeurs, à leurs dépens, des listes électorales par le CNE. Nous avons attiré l'attention sur ce point. En vain. Ce problème revient pourtant à chaque nouvelle élection mais rien n'est fait pour améliorer la situation", a critiqué Kul Panha, directeur de l'organisation.

Une autre ONG, Anfrel, a souligné pour sa part que "les gens n'étaient pas encouragés à déposer plainte auprès des comités électoraux communaux car ces derniers se montraient indifférents à leur sort".

Accusations des partis politiques

Ung Sun Huot, élu Funcinpec de Phnom Penh, qui a visité plusieurs centres de votes, s'est fait l'écho de mécontentements d'électeurs qui ont eu la désagréable surprise de ne pas voir leurs noms listés ou de se voir refuser le droit de vote en raison d'une erreur de date de naissance, par exemple. "Si tout le reste va, ce détail n'aurait pas dû les pénaliser. J'ai constaté que les employés électoraux n'aidaient pas toujours les électeurs confrontés à des problèmes." Il relevait aussi la présence ici et là de responsables des autorités locales dans les bureaux de vote, certes en tenue civile, mais suffisante selon lui pour intimider les électeurs. "Cette situation est anormale", estime-t-il. De fait, un électeur que nous interrogions dans un bureau de vote de Takhmau a perdu sa langue dès qu'un homme a commencé à tourner autour de nous.

Sam Rainsy a annoncé, lors d'une conférence au siège de son parti, qu'il avait demandé l'annulation pure et simple du scrutin sur l'ensemble de la municipalité de Phnom Penh, selon lui entaché d'importantes irrégularités qui lui auraient coûté plusieurs dizaines de milliers de voix. Pour le président du PSR, qui s'est affiché plus que jamais comme le leader de l'opposition, "près de 200 000" Phnompenhois n'auraient pas pu user de leur droit de vote, leur nom ayant été rayé des listes électorales depuis le précédent scrutin municipal de 2007. Le PSR juge que ce sont autant de voix qui lui ont échappé. Il dénonce aussi la participation "d'électeurs fantômes", "des jeunes n'ayant pas l'âge de voter", "des Youns [nom péjoratif donné aux Vietnamiens] étrangers" et des personnes à l'identité floue favorables au PPC, qui auraient utilisé illégalement le nom de personnes théoriquement rayées des listes.  

"Je lance donc un appel à tous les citoyens dont les noms ont été injustement rayés des listes à se joindre à une grande manifestation prochainement organisée à Phnom Penh !", a déclaré Sam Rainsy, affirmant qu'il fallait "voter à nouveau dans chaque bureau de vote, chaque quartier, chaque arrondissement de Phnom Penh".

Tep Nitha, secrétaire général du CNE, a annoncé dimanche en fin de journée que les listes électorales avaient été validées et, par conséquent, l'organisation d'un nouveau scrutin, même partiel, ne serait pas envisagée, comme le réclame le PSR.

Sam Rainsy s'est en revanche dit satisfait de la "forte progression" de son parti dans les provinces : "Des citoyens qui ne connaissaient pas le PSR, dans les campagnes, se mettent à nous soutenir aujourd'hui", s'est-il réjoui. Sans attendre les résultats provisoires, il a aussi dessiné le nouveau "paysage politique cambodgien" désormais marqué, selon lui, "pour la période 2008-2013, par la domination de deux partis seulement : le PPC et le PSR", visiblement satisfait de cette bipolarisation. "Les sièges ont été gagnés soit par le PPC, soit par le PSR, tandis que les autres partis sont loin derrière", a-t-il affirmé.

Au vu de ses propres estimations, Sam Rainsy se disait certain "qu'aucun parti n'obtiendrait les deux tiers des voix". "Si quelqu'un déclare qu'il a obtenu autant de suffrages, c'est qu'il s'agit soit d'un mensonge, soit d'un vol", a-t-il insisté auprès de ses militants.

De son côté, Khieu Kanharith, le porte-parole du gouvernement, disait dimanche soir que son parti, le PPC, espérait rafler quelque 80 des 123 sièges de députés, soit 7 ou 8 sièges de plus qu'en 2003. "C'est une victoire pour le PPC, qui s'impose à Phnom Penh", a-t-il commenté. Des estimations encore plus favorables obtenues tard dans la nuit de dimanche à lundi faisaient état de plus de 90 sièges pour le parti du Premier ministre Hun Sen.




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Des irrégularités dès samedi et des meurtres
Selon Comfrel, l'ONG d'observation électorale locale, "certains partis politiques ont transporté samedi gratuitement des convois d'habitants à Phnom Penh vers Svay Rieng et Kompong Cham pour qu'ils aillent voter", d'autres ont distribué des cadeaux électoraux et acheté des voix, enfreignant le règlement électoral, dénonce-t-elle. Samedi, rapporte également Comfrel, un militant du PPC a été assassiné à Siem Reap, tandis que dimanche un militant cette fois-ci du Parti des droits de l'Homme aurait été tué.

Premier vote
La princesse Norodom Arun Rasmey, a confié dimanche 7 juillet aller voter "pour la première fois de sa vie". La candidate au poste de Premier ministre du Funcinpec s'est cependant engagée à "servir les intérêts du peuple et de la nation".


 
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