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Dans l'ancien bastion khmer rouge d'Anlong Veng, "les chefs ont toujours raison"
Par Nou Vannsan   
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25-07-2008
"La vie sous les Khmers rouges était mieux que maintenant", glisse d'entrée de jeu Seng Bunly, un ancien soldat du régime de Pol Pot. Les habitants d'Anlong Veng, la dernière place-forte khmère rouge à s'être rendue, dans la province d'Oddar Meanchey, au nord du Cambodge, ne se sont pas vraiment passionnés pour les élections de dimanche.

 

"Seulement 70% d'entre eux se sont enregistrés pour le scrutin", confirme le chef adjoint du district d'Anlong Veng, Ban Siek. Un chiffre qui est au-dessous de ce qu'il était en 1998, l'année du ralliement des forces khmères rouges au gouvernement, relève Chin Sarvon, également chef adjoint du district. "Pourtant, ajoute-t-il, la population a grossi. Malgré tout, le nombre d'inscrits est sur le déclin..."

"Comme sous le régime communiste..."

Paisiblement installé sur le balcon de sa maison, dans la commune de Trapang Brorsart, l'ancien Khmer rouge Lang Sara n'y va pas par quatre chemins : "On nous force à voter, nous n'avons pas le droit de cocher le candidat de notre choix. C'est comme sous le régime communiste !" Le communisme, une idéologie dont reste largement imprégnée cette région, toujours aux mains d'anciens Khmers rouges.

Depuis qu'elle a rendu les armes en 1998, Anlong Veng est citée comme une ville paisible et en développement. En une décennie, infrastructures et institutions gouvernementales ont pris forme. Un marché s'est ouvert, en activité tous les jours de la semaine, et de nombreux migrants cambodgiens sont venus s'installer là, pour y trouver un emploi ou y ouvrir un commerce. Une normalisation qui n'a cependant pas affecté le mode de fonctionnement : ici, on obéit aux chefs.

Suivre les ordres
"Quels que soient les ordres de mon chef, je lui obéirai", énonce docilement Seng Bunly. Aux précédentes législatives de 1998 et de 2003, ainsi qu'aux communales de 2007, le parti au pouvoir, le PPC, a raflé 90% des voix à Anlong Veng. Et pour les habitants, l'élection de dimanche ne devrait pas faire exception. "De ce que je sais, 95% des électeurs de mon village sont des supporters du PPC...", souligne Seng Bunly, qui avoue, après l'avoir déjà largement laissé entendre, donner sa préférence au communisme plutôt qu'à la démocratie. "Sous un régime communiste, je n'ai pas à craindre que quelqu'un vienne m'expulser de chez moi !" Il refuse cependant de parler des implications de partis politiques dans les violations foncières qui ont cours dans sa région.

Lang Sara en est arrivé à la même conclusion : "Il n'y a pas d'autre voie que celle de suivre les ordres du gouvernement". "J'avais l'habitude de placer un logo du Funcinpec devant chez moi, et bien je n'en ai tiré aucun avantage." Mais depuis qu'il s'est résolu à retirer l'enseigne, il a commencé à recevoir de l'aide de la communauté, rapporte-t-il.

Beaucoup se plaignent de la "nature ambiguë" des dons et services offerts. Lors de l'intégration des forces khmères rouges au gouvernement en 1998, Phnom Penh avait promis d'octroyer quelques hectares de terre à chaque famille khmère rouge. Des terres qui ne leur appartiennent plus aujourd'hui mais qui ont pour la plupart rejoint les biens des riches et des puissants, dénoncent les habitants.

Ban Siek se veut philosophe : "Ces problèmes se produisent partout dans le Cambodge. Anlong Veng n'est qu'un petit exemple. De toute façon, la plupart des Cambodgiens votent pour qui pourra, selon eux, les aider à développer leur village et leur communauté".


Cet article a été rédigé et publié dans le cadre du journal-école du Département des médias et de la communication de l'Université royale de Phnom Penh, "Cambodia Votes 2008". La présente version a été traduite et rééditée par Ka-set.


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