
Phnom Penh, 30 mars 2008. Photos des victimes exposées lors de la commémoration de l'attentat à la grenade du 30 mars 1997 ©John Vink / Magnum Il y a onze ans, une manifestation du Parti national khmer, l'ancien Parti Sam Rainsy, était prise pour cible à Phnom Penh. Quatre grenades explosaient, faisant 16 morts et plus de 150 blessés. Ses participants voulaient dénoncer le manque d'indépendance et la corruption du pouvoir judiciaire. Dimanche, la cérémonie de commémoration en mémoire de ces victimes s'est accompagnée d'un appel au FBI à rendre publics les résultats de son enquête.
L'hommage du PSR Plus de 200 personnes se sont retrouvées dimanche matin autour du stupa dressé par le Parti Sam Rainsy en souvenir de cette manifestation qui s'était terminée dans le sang, dans le jardin qui fait face à l'ancienne Assemblée nationale. Le père d'une jeune victime a rendu hommage à ces “héros qui se sont sacrifiés au nom de la démocratie”.
Lors de cette célébration, autorisée par les autorités, Sam Rainsy, revenu la veille de France, a regretté que la justice au Cambodge demeure “corrompue et partiale”. Le leader de l'opposition parlementaire a réclamé que justice soit enfin rendue aux victimes de cet attentat.
“J'espère que lorsque John McCain sera élu président des Etats-Unis, il révélera les résultats de l'enquête menée par le FBI. Cela fait 11 ans qu'on les attend!”, a lancé Sam Rainsy, proche des républicains américains.
L'enquête du FBI Le Federal Bureau of Investigation avait ouvert une enquête sur cet attentat car un ressortissant américain figurait au rang des blessés. Il s'agit de Ron Abney, alors directeur de l'Institut international républicain (IRI) pour le Cambodge. Un message allégué à ce dernier a été distribué dimanche par le PSR. Celui-ci demande une réouverture de l'enquête au gouvernement cambodgien.
“Le FBI a découvert quelques semaines après l'attaque qu'elle avait été projetée et orchestrée par les gardes privés de Hun Sen puis couverte par les plus hauts responsables de police de Hun Sen”, y est-il écrit. Le FBI, expliquait dimanche Jeff Daigle, responsable des affaires publiques de l'ambassade américaine au Cambodge, n'est pas tenu de publier les résultats de ses enquêtes. De plus, ajoute-t-il, si aucune nouvelle preuve n'est versée au dossier, il n'y a aucune raison que l'enquête soit rouverte.
Human Rights Watch rappelle... Dans un communiqué publié dimanche, Human Rights Watch cite un article du Washington Post daté du 29 juin 1997 : “Dans un rapport secret [...], le FBI fait timidement porter la responsabilité de ces explosions, [...], sur l'unité de gardes du corps attachée à Hun Sen...”.
Brad Adams, le directeur Asie de l'organisation de défense des droits de l'Homme, rappelle que “le FBI était proche de résoudre l'affaire quand son enquêteur principal reçut soudainement de l'ambassadeur américain Kenneth Quinn l'ordre de quitter le pays”. Human Rights Watch condamne... L'organisation souligne que le jour de l'attaque, la Brigade 70 (B-70), l'unité de gardes du corps personnels de Hun Sen, avait été pour la première fois déployée à l'occasion d'une manifestation, la première d'ailleurs pour laquelle le Parti national khmer avait reçu une autorisation et du ministère de l'Intérieur et de la municipalité de Phnom Penh. Autre coïncidence relevée par HRW, les forces de police étaient ce jour-là étrangement sous-représentées.
De plus, ajoute Brad Adams, des témoins auraient confié aux Nations unies et aux enquêteurs du FBI que les lanceurs de grenades avaient pu se faufiler à travers la ligne des gardes-du-corps, qui n'ont en revanche pas laissé passer les manifestants qui voulaient prendre en chasse les coupables. Appel lancé aux Etats-Unis HRW souligne que dans un effort de consolider la coopération antiterroriste, le FBI a récompensé en 2006 le chef de la police nationale cambodgienne, Hok Lundy, pour son soutien aux Etats-Unis dans la “guerre mondiale contre la terreur”. Hok Lundy occupait déjà de telles fonctions en 1997.
“Le fait que les Etats-Unis apportent une assistance militaire au lieu d'enquêter sur l'attaque à la grenade montre qu'ils sont ainsi complices du gouvernement cambodgien en tuant tout espoir de justice pour les victimes de cette horrible attaque.” Et l'organisation d'appeler les USA à ne “pas apporter d'assistance ou de formation aux anciens membres de l'unité B-70 ou à tout autre unité spéciale militaire cambodgienne qui se serait fait épingler pour ses violations des droits de l'Homme”. 
Phnom Penh, le 30 mars 2008. Sam Rainsy lors de la cérémonie commémorant l'attentat à la grenade du 30 mars 1997 ©John Vink / Magnum La mauvaise réputation de B-70 L'organisation HRW cite le rapport de l'ONG Global Witness de 2007 qui accuse l'unité B-70 de largement bénéficier des revenus du trafic illégal de bois. Elle mentionne aussi le cas, en 2006, de deux soldats de cette unité qui avait tiré sur le pied d'une lanceuse de bière à qui ils reprochaient la lenteur du service...
Les syndicats au rendez-vous Chea Mony, le président du Syndicat indépendant des ouvriers du Cambodge (Siorc), et son partenaire Rong Chhun, président de l'Association indépendante des enseignants du Cambodge, ont, avec 50 délégués syndicaux, déposé de leur côté une gerbe devant le stupa. Le frère de Chea Mony, le leader syndicaliste Chea Vichea, et plusieurs ouvriers avaient été blessés lors de l'attentat du 30 mars. |