Khmer
    Français


Samedi 05 Juillet 2008
08:38 (Phnom Penh)
Ka-set est un site d'information indépendant mis à jour quotidiennement en français et en khmer sur le Cambodge et les Cambodgiens d'ailleurs.

Rendez-vous

Tabanata Festival
 → sam jui 05 @09:30 - :1100:
Les trois mousquetaires (film)
 → sam jui 05 @10:00 - :1130:
Alexandre le bienheureux
 → sam jui 05 @05:00 - :0630:
The Hellbounds (blues and folk)
 → sam jui 05 @07:00 - :0900:
Angel (film)
 → mer jui 09 @07:00 - :0900:

Alerte

Recevez les derniers articles par courriel
Assassinat de Chea Vichea : la messe n'est pas dite...
Par Duong Sokha   
Convertir en PDF Version imprimable Suggrer par mail
22-01-2008
Image
Le 22 janvier 2008 : quatrième commémoration de l'assassinat du leader syndicaliste Chea Vichea
© John Vink / Magnum

 

Le Syndicat indépendant des ouvriers du royaume du Cambodge (Siorc) n’aura pas dérogé le 22 janvier au rituel de commémoration de l’assassinat de son populaire leader Chea Vichea, tombé en 2004 sous les balles d’inconnus en pleine rue.


Une centaine de militants syndicalistes, issus des milieux ouvrier et enseignant, de défenseurs des droits de l’Homme et de représentants de l’opposition se sont retrouvés mardi sur le lieu du crime, un kiosque à journaux sis devant le wat Langka, au coeur de la capitale. La manifestation avait été autorisée par la municipalité de Phnom Penh, et placée sous bonne escorte policière.

"Les vrais assassins courent toujours"
Au-delà des couronnes de fleurs déposées et des baguettes d’encens brûlées à la mémoire de l’ancienne figure de proue du mouvement ouvrier, toujours la même requête, relayée par le frère du défunt : la demande de réouverture de l’enquête en vue d’arrêter les vrais meurtriers. Ayant repris le flambeau de son aîné en devenant à son tour le président du Siorc, Chea Mony a à nouveau dénoncé le manque d’indépendance de la justice cambodgienne, qui a condamné deux hommes, Born Samnang et Sok Sam Oeun, à 20 ans de prison pour l’assassinat de Chea Vichea.

"Il s’agit d’un crime politique car mon frère oeuvrait beaucoup en faveur de la cause ouvrière et notamment d’une réévaluation des salaires. Aujourd’hui, les vrais assassins courent toujours. Nous ne reconnaissons pas les deux personnes arrêtées comme les véritables assassins de Chea Vichea", a martelé le chef de file du Siorc.

Deux "innocents" derrière les barreaux
Au lendemain du drame, Born Samnang, 23 ans, et Sok Sam Oeun, 36 ans, étaient arrêtés et inculpés par la cour de Phnom Penh pour port d’armes illégal et homicide avec préméditation. Le 1er août 2005, ils écopaient d’une peine de prison de 20 ans au terme d’un procès très critiqué. Le 12 avril 2007, la Cour d’appel maintenait ce jugement. Le dossier est actuellement entre les mains de la Cour suprême, ultime recours dans le système judiciaire cambodgien.

Les deux hommes, détenus depuis 1 455 jours à la prison judiciaire du commissariat de la police municipale de Phnom Penh, ne cessent de clamer leur innocence. Vuon Phun, père de Sok Sam Oeun, a réitéré son appel en direction du Premier ministre Hun Sen et du roi Norodom Sihamoni, "les deux seuls Samdechs à pouvoir mettre un terme à notre souffrance de parents ». « Mon fils n’est pas un criminel, il est innocent !"

Une affaire qui continue à mobiliser
Six organisations internationales de défense des droits de l’Homme de premier plan [Human Rights Watch, Amnesty International, the Asian Human Rights Commission, the Asian Forum for Human Rights and Development (Forum-Asia), the Observatory for the Protection of Human Rights Defenders réunissant la Fédération internationale des droits de l’Homme et l’Organisation mondiale contre la torture] et la plus importante centrale syndicale au monde [the International Trade Union Confederation (ITUC)] ont publié ce 22 janvier un communiqué conjoint dans lequel elles appellent les autorités cambodgiennes à disculper et libérer "immédiatement" Born Samnang et Sok Sam Oeun.

Pour appuyer leur requête, ces porte-parole de la société civile ont énuméré les graves vices de procédure et les violations les plus élémentaires de la personne qui ont entaché la procédure judiciaire dès son lancement : les allégations de torture pour extorquer des aveux aux accusés, la mutation suspecte du juge d’instruction de la cour municipale de Phnom Penh qui avait, lui, rendu un non-lieu, le mépris des standards internationaux pour un procès juste et équitable, etc. Bref, soulignent-ils, il existe une volonté politique de faire de ces deux hommes des "boucs émissaires".

Cette affaire, poursuivent-ils, met en lumière une "impunité endémique" qui sévit au Cambodge, "l’absence d’Etat de droit", "l’ingérence du pouvoir politique dans la sphère judiciaire" et enfin "les intimidations et violences dont sont victimes les syndicalistes et leurs leaders".

Un "héros des ouvriers" revendiqué

Le leader de l’opposition parlementaire Sam Rainsy, présent à la marche depuis le siège du Siorc jusqu’au kiosque où a été abattu Chea Vichea, a demandé, à la suite de nombreux leaders syndicalistes, que le statut de "héros des ouvriers" soit attribué à son défunt ami. "S’il n’obtient pas ce titre, alors  les titres accordés par le roi à certaines personnalités ne riment à rien", estime l’élu de Kompong Cham.

Kéo Rémy, ancien député du Parti Sam Rainsy devenu vice-président du dernier né du landerneau politique, le Parti des droits de l’Homme de Kem Sokha, lui a fait écho sous forme de promesse électorale : "Si le Parti des droits de l’Homme remporte les élections [Le scrutin législatif doit se tenir le 27 juillet 2008], nos députés offriront à Chea Vichea le titre de ‘Héros des ouvriers’ ainsi qu’une statue à sa mémoire."



A lire aussi sur le Net :

- Le site de l’organisation Human Rights Watch (HRW) consacre une page à l’assassinat de Chea Vichea et au procès de Born Samnang et Sok Sam Oeun, présentant notamment une sélection d’articles et de communiqués en anglais sur le sujet.

- Communiqué en anglais de l’Organisation internationale du travail (OIT) daté du 18 avril 2007 qui fait part de ses inquiétudes suite au maintien par la Cour d’appel de la condamnation de Born Samnang et Sok Sam Oeun

- Sur le site de la Ligue cambodgienne des droits de l’Homme (Licadho) : récapitulatif de cette affaire, chronologie des événements à l’appui et campagne en faveur de la libération de Born Samnang et Sok Sam Oeun, avec de nombreux liens sur d’autres sites évoquant l’affaire Chea Vichea, en anglais.