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Habitants de Dey Krohom résistant à leur éviction, le 20 décembre 2007 © John Vink / Magnum
Dans une liste à la Prévert sur ce qu'il y a de « pourri » ou non dans le royaume du Cambodge, l'Association des droits de l'Homme du Cambodge (Adhoc) passe l'année 2007 en revue. Elle attire notamment l'attention sur les menaces voire les incarcérations dont sont encore trop souvent victimes les militants des droits de l'Homme dans le pays.
Un Funcinpec fragilisé Une majorité simple préoccupante Une liberté de rassemblement mise à mal Le casse-tête des litiges fonciers Violences et trafics Le tribunal khmer rouge en mal de financement Santé : le secteur public déserté Liberté de la presse en progrès
Un Funcinpec fragilisé Le rapport d'Adhoc s'ouvre sur le chapitre politique et plus particulièrement sur les aléas du Funcinpec et de son ancien président. En effet, l'année 2007 a tout d’abord entériné l'éclatement du Funcinpec avec la mise au banc de son président Norodom Ranariddh, démis de ses fonctions lors d'un congrès extraordinaire du parti en octobre 2006. Un prince plus que jamais en disgrâce après sa condamnation par contumace en mars 2007 à 18 mois de prison ferme et au paiement de dommages et intérêts de 56 millions de riels (150 000 dollars) pour abus de confiance dans la vente du siège du Funcinpec. Ce verdict le maintient depuis en exil volontaire, l'obligeant à gérer à distance la nouvelle formation qu'il a créée, le Parti Norodom Ranariddh.
Depuis le départ du prince du Funcinpec, épisode qui a mis au jour de graves dissensions au sein du parti, la popularité de la formation n'a cessé de s'éroder. Elle a ainsi enregistré de piètres résultats aux élections communales du 1er avril 2007, rappelle Adhoc dans son rapport,qui ajoute que le parti a par la suite continué à se vider de ses fidèles mais aussi de ses membres.
Une majorité simple préoccupante Au-delà de cette recomposition du paysage politique, l'ONG se dit soucieuse des conséquences de l'amendement de la Constitution qui abaisse des deux-tiers à 50%+1 la majorité requise à l'Assemblée nationale pour former le nouveau gouvernement au lendemain des législatives. Le dernier vote avait attribué au Parti du peuple cambodgien (PPC) 73 des 123 sièges de la chambre basse, un bon score qui demeurait cependant insuffisant pour constituer seul un gouvernement et lui imposait de se choisir un partenaire de coalition. Si le parti au pouvoir mobilise autant de suffrages le 27 juillet prochain, il n'aura cette fois-ci à mener de tractations avec personne et pourra conserver l'ensemble de ses prérogatives, redoute Adhoc, qui parle d'un resserrement de l'espace démocratique « inquiétant ».
Une liberté de rassemblement mise à mal Adhoc a constaté en 2007 un émiettement de la liberté de rassemblement par rapport aux autres années. Les innombrable sans terre qui se sont relayés tout au long de l'année devant le siège de l'Assemblée nationale en ont été systématiquement expulsés. La majorité d'entre eux ont été forcés à rentrer dans leurs villages respectifs par camions, sous l'étroite surveillance des forces de l’ordre, qui les ont rarement laissé camper dans les jardins publics ou les pagodes de la capitale.
Le casse-tête des litiges fonciers L'ONG a enregistré 149 arrestations en 2007 dans le cadre de conflits fonciers contre 78 en 2006. A l'heure où le rapport était publié, 49 personnes étaient encore derrière les barreaux. Adhoc fustige une justice partiale au service des riches et des puissants, qui fait plier les plaignants, pauvres pour le plus grand nombre, qui pour échapper à ses éventuelles foudres cèdent à contrecoeur leurs parcelles.
Autre record peu glorieux pour cette année 2007, le nombre d'expulsions forcées dans la capitale ou les chefs-lieux du pays, qui est passé à 26 cas contre 16 l'année précédente, et s'est de surcroît accompagné de deux morts et de nombreux blessés chez les villageois.
Au rang des habituelles récriminations, l'octroi de concessions foncières économiques à des compagnies privées sans la réalisation en amont d'études d'impact sur l'environnement, et la difficulté pour les membres de minorités ethniques de faire enregistrer leurs terres collectives, qui continuent de faire l'objet de transactions menées à leurs dépens.
Violences et trafics La promulgation il y a deux ans d'une loi sur la prévention de la violence domestique et des mesures de protection des victimes n'a, selon Adhoc, rien changé à la situation car son application reste trop occasionnelle. De plus, l'arrangement à l'amiable de ces affaires par les autorités demeure monnaie courante, et évite aux plaignants de verser les 55 000 riels (13,75 dollars) nécessaires pour entamer une procédure de justice.
L'ONG salue cependant l'adoption le 14 décembre 2007 de la loi sur la lutte contre le trafic d'êtres humains, restée longtemps endormie dans les cartons, ainsi que l'entrée en vigueur des tant attendus codes de procédure pénale et civile.
Le tribunal khmer rouge en mal de financement Malgré des avancées certaines en 2007 – adoption du règlement intérieur, arrestation de quatre anciens hauts responsables khmers rouges et transfert de l'ancien directeur de S-21 Duch de la prison du tribunal miliaire au centre de détention des Chambres extraordinaires – Adhoc s'alarme que le fonctionnement du tribunal devant juger les anciens hiérarques khmers rouges ne soit ralenti en raison d'un budget alloué insuffisant.
L'ONG regarde avec espoir du côté des Etats-Unis - qui ont jusqu'à présent refusé de financer un tribunal dont l'indépendance n'était à leurs yeux pas garantie - qui pourraient apporter leur soutien financier au vu des progrès accomplis.
Santé : le secteur public déserté Se basant sur le rapport de la Banque mondiale de juillet 2007, Adhoc rappelle que 38% des médecins et 44% des infirmières abandonnent les établissements de santé publics pour rejoindre le secteur privé. Résultat, est-il souligné dans le rapport, 60% des quelque 1 000 centres de santé répartis au Cambodge ne fonctionnent pas correctement faute de personnel.
Liberté de la presse en progrès Adhoc décerne une bonne note en matière de respect de la liberté de la presse, « en amélioration ». L'ONG cite le dernier rapport de Reporters sans frontières, qui classe le Cambodge à la 85e place sur 169 à l'échelle mondiale, soit 23 places de mieux qu'en 2006. Une meilleure notation due principalement à la décision gouvernementale de dépénaliser le délit de diffamation et au fait que le principal parti d'opposition, le Parti Sam Rainsy, puisse enfin avoir accès aux ondes radiophoniques pour diffuser ses idées. Les chaînes de télévision demeurent quant à elles étroitement contrôlées par les autorités. |