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Sans surprise, Frère Numéro 2 reste en prison
Par Stephanie Gee   
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26-03-2008

Nuon Chea / Frere No2 - © John Vink / Magnum

©John Vink / Magnum

 

A l'instar de Duch, l'ancien directeur de la prison S21, l'ancien idéologue du régime khmer rouge Nuon Chea a vu le 20 mars sa demande de remise en liberté déboutée par la Chambre préliminaire des Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiennes (CETC). L'octogénaire ex-bras droit de Pol Pot, qui a été mis en examen pour crimes contre l'humanité et violations graves des Conventions de Genève du 12 août 1949, est apparu fatigué.

 

Un verdict attendu
Les avocats de Nuon Chea n'ont pas eu gain de cause. Celui-ci reste en détention provisoire et cette décision est sans appel. Son avocat cambodgien, Son Arun, a regretté la décision de la Chambre préliminaire, faisant valoir l'âge avancé et la santé fragile de son client.

« Nuon Chea est prêt à faire face à ses accusateurs. Il dit qu'il se prépare depuis de nombreuses années à ce procès », avaient argué les défenseurs de Nuon Chea lors de l'audience publique des 7 et 8 février examinant l'appel contre l'ordonnance de son placement en détention provisoire. L'ancien président de l'Assemblée nationale khmère rouge avait surenchéri, assurant qu'il n'avait aucunement l'intention de fuir son pays, et qu'il n'était pas exposé à des problèmes de sécurité, puisqu'il vivait ces dernières années « en paix chez [lui] avec [sa] famille ».

Un interrogatoire sans avocat
Les juges de la Chambre préliminaire ont rejeté le principal argument de la défense qui dénonçait un vice de forme lors du premier débat contradictoire mené par les co-juges d'instruction, consécutif à l'arrestation de Nuon Chea le 19 septembre à son domicile de Païlin, au nord-ouest du Cambodge.

Frère n°2, ainsi surnommé en référence à son rang hiérarchique dans le régime khmer rouge, avait en effet refusé d'être assisté d'un avocat. Les paroles qu'il avait alors prononcées montrent un homme « confus dans son esprit et n'ayant pas compris la procédure », avaient relevé ses défenseurs. Ceux-ci estimaient donc « discutable » sa décision de ne pas avoir voulu être légalement représenté, décision, hypothéquaient-ils, qui a pu être motivée par « une réaction instinctive à l'autorité ».

Le co-procureur canadien, Robert Petit, avait alors rappelé que par trois fois Nuon Chea s'était vu offrir une aide juridique et que par trois fois il l'avait refusée, alors que les enjeux du débat contradictoire lui avaient été clairement exposés.

« Nous avons vu un ancien homme d'Etat habitué à discourir, convaincu de n'avoir rien fait de mal, présentant des arguments logiques et cohérents [...] et non pas l'homme faible et perdu que [la défense] nous décrit », avait-il alors rétorqué.

La Chambre préliminaire a donc reconnu « valide » la renonciation de Nuon Chea à son droit à une assistance judiciaire, une décision prise, selon elle, « volontairement et sans équivoque ».

Quelle est la responsabilité de Nuon Chea ?
Me Son Arun s'est offusqué vendredi 21 mars de la multiplication des plaintes déposées contre son client alors que, selon lui, aucune preuve de la culpabilité de Nuon Chea n'a été versée au dossier. Les juges de la Chambre préliminaire ont quant à eux expliqué, dans leur décision, qu'il existait des raisons de croire à l'implication de Nuon Chea dans les meurtres commis au Cambodge entre le 17 avril 1975 et le 6 janvier 1979.

Balayant du revers de la main le passé du secrétaire adjoint du Parti communiste du Kampuchea, les avocats avaient quant à eux affirmé lors de l'audience que leur client n'était pas « d'un naturel cruel », à l'aune du temps que celui-ci a passé comme moine bouddhiste.



Un appel lancé à Hun Sen

Nuon Chea, lors de l'audience des 7 et 8 février, avait eu, comme le veut la procédure, le mot de la fin. Il avait alors rendu un hommage à l'action du Premier ministre Hun Sen. Relevant que la paix, l'unité nationale et la croissance dans le pays étaient en bonne voie malgré la subsistance d'obstacles, le mis en examen avait déclaré que « la politique du gouvernement dirigé par Samdech Hun Sen [pouvait] combattre ces obstacles [...] et mener le pays vers le développement ».


 
L'audience de Khieu Samphan ne sera pas publique

A l'exception de certaines parties du débat, l'audience concernant l'appel contre l'ordonnance de placement en détention provisoire de l'ancien président du Kampuchea démocratique Khieu Samphan ne sera pas publique. Elle devrait s'ouvrir le 23 avril.