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Vann Nath, premier rescapé à déposer, dit son espoir de justice, et subit un interrogatoire raté
Par Stéphanie Gée   
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29-06-2009

Vann Nath - Rithy Panh ©John Vink/ Magnum

Phnom Penh (Cambodge), le 9 mai 2001. Vann Nath pendant le tournage de "S-21, la machine de mort khmère rouge", par Rithy Panh
©John Vink/ Magnum

Un seul jour - comme prévu par la Chambre de première instance - pour entendre un témoin capital comme le peintre Vann Nath, qui n'a eu la vie sauve dans l'antichambre de la mort que grâce à ses portraits de Pol Pot qu'on lui demandait d'exécuter, on aurait pu croire que cela ne suffirait pas. L'audience de lundi 29 juin aura pourtant été levée plus tôt que prévu. Le premier rescapé de S-21 appelé à témoigner depuis le début du procès, commencé le 30 mars, a raconté son parcours avec dignité, simplicité et précision. Sans jamais tomber dans la dramatisation. Mais juges et parties au procès ont souvent été à court de questions, lesquelles sont généralement passées à côté du fond du débat.


Quelques préliminaires...
Avant d'entendre le tant attendu témoin, le président Nil Nonn annonce la décision de la Chambre de première instance de retirer de la liste certains témoins qui devaient être appelés à déposer. Ainsi Nic Dunlop, le photographe qui avait retrouvé la trace de Duch et avait signé "The lost executioner", ne comparaîtra-t-il pas, au même titre que des "KW06" et autres témoins affublés d'un nom de code. Ceci par souci de mener un "procès rapide" et afin que les témoignages ne soient pas redondants, explique le juge.  

Quant à la notion d'entreprise criminelle commune, que les co-procureurs veulent voir retenue dans ce procès, la Chambre envisage de rendre une décision sur ce mode de responsabilité "en même temps que le jugement au fond".

L'incompréhension de l'arrestation
Place à Vann Nath, 63 ans et très affaibli par la maladie. Voix grave, yeux mi-clos et une noblesse naturelle. Il égrène des réponses articulées, précises, honnêtes. De celles qu'il offre à cette jeune génération cambodgienne, restée jusque-là amputée du souvenir de la tragédie khmère rouge, en infatigable passeur de mémoire. Il retrace son histoire, celle qu'il a consignée dans le livre "A Cambodian prison portrait - One year in the Khmer rouge's S-21". Le 30 décembre 1977, il est arrêté par l'Angkar, l'organisation derrière laquelle se cache le Parti communiste du Kampuchea, alors qu'il travaillait dans les rizières, dans le nord-ouest du Cambodge. Convoqué sous un faux prétexte, il se retrouve soumis à un interrogatoire musclé, accusé d'être un "traître". Il marque un silence, contrôlant l'émotion, et reprend son récit.

 

Vann Nath ©Stéphanie Gée

Kambol (Phnom Penh, Cambodge), le 29 juin 2009. Vann Nath, survivant de S-21, centre de détention et de torture dirigé par Duch, témoigne dans le cadre du procès de celui-ci
©Stéphanie Gée



Le natif de Battambang ne comprend pas quelle faute il a bien pu commettre. Ses interrogateurs lui signifient qu'il doit être coupable : "Essayez de vous rappeler car Angkar ne se trompe jamais quand elle arrête quelqu'un !", se souvient-il s'être entendu dire. Dans la salle où on l'a conduit, tout un arsenal d'instruments de torture, des sacs plastique aux tenailles, et une chaise maculée de tâches de sang s'offrent à son regard. Il subit des électrochocs jusqu'à s'évanouir. On le ranime en l'aspergeant d'eau, et on lui demande de donner ses "complices". Il redoute une mort prochaine. Privés de nourriture, lui et d'autres sont emmenés par camion vers une destination inconnue, dont ils sortiront yeux bandés et enchaînés à une même corde passée autour de leurs cous, arrivant à peine à se tenir debout. "Les gardes autour de nous riaient. Ils nous donnaient des coups de pied. Je ne comprenais pas ce que j'avais pu faire, ce qu'on me reprochait."

A S-21, Vann Nath a perdu son humanité
Vann Nath évoque les conditions "tellement inhumaines" imposées aux prisonniers à S-21, destination funeste de ce voyage. Seulement deux à trois cuillerées d'un gruau de riz distribuées deux fois par jour, des règles à observer par les prisonniers très strictes comme ne pas se parler, ne pas faire de bruit, ne rien faire même bouger sans en avoir l'autorisation des gardiens. "J'y ai perdu mon humanité... C'est une relation qu'on ne peut imaginer qu'entre humains et animaux", commente, solennel, le peintre aux sourcils broussailleux. Et quand les prisonniers, alors qu'ils avaient les pieds entravés aux mêmes poutres, étaient sommés de faire des exercices, c'était dans un état de faiblesse sans nom et avec l'énergie du désespoir. "Nous ne pouvions nous arrêter de sauter sans qu'on en reçoive l'ordre des gardiens." Pour toute toilette, on braquait sur quinze prisonniers à la fois un tuyau d'arrosage durant cinq minutes. "On ne s'est donc jamais vraiment lavé et on souffrait de toutes sortes de maladies de peau tandis que le sol restait mouillé après cette douche..." Tenaillés par la faim, raconte-t-il, ceux qui réussissaient à attraper des insectes tombés du plafond les engloutissaient, à l'insu des gardes. La mort rôdait constamment. "On prenait nos repas parfois à côté de détenus déjà décédés. Cela ne faisait rien car on était réduit à l'état d'animal."

Vann Nath, transformé en portraitiste de Pol Pot
Au bout d'un mois de ce régime, il est appelé au rez-de-chaussée. Là, "frère de l'Est", le nom derrière lequel se cachait Duch, ce qu'il apprendra au sortir du régime du Kampuchea démocratique, lui a annoncé que l'Angkar avait besoin d'un portrait. Il lui tend une photo d'une personne qu'il ne connaît pas et n'est autre que Pol Pot. Pour la première fois depuis son internement, il est autorisé à manger du riz. "J'arrivais à peine à mastiquer tant j'avais les mâchoires endolories." Le premier portrait qu'il réalise est raté. Il demande à passer à la couleur, ne maîtrisant pas le noir et blanc. Il comprend qu'il n'aura pas d'autre chance. Il passe le deuxième test, et peindra ainsi jusqu'au début janvier de l'année 1979, date de la chute du régime.

Quand le président lui demande, de manière incongrue, comment il faisait pour se débarrasser de ses vêtements en ayant les jambes entravées, Vann Nath ramène son pied près de son visage, au vu de tous, et en fait la démonstration, comme si ce geste il l'avait encore fait la veille. Le sexagénaire confirme, il n'a pas été interrogé à S-21. Mais au quotidien, il entendait les cris et hurlements qui s'échappaient du bâtiment.

 

Vann Nath ©Stéphanie Gée
Kambol (Phnom Penh, Cambodge), le 29 juin 2009. Vann Nath, en réponse à une question posée lors de son témoignage dans le cadre du procès de Duch, reproduit des gestes qu'il faisait pendant sa détention à S-21
©Stéphanie Gée


En étant rattaché à l'atelier des artistes œuvrant pour la gloire du régime, sis à S-21, Vann Nath obtient de meilleures conditions de détention. Meilleure alimentation, droit de dormir sur une natte sans être enchaîné... Très souvent, voire tous les jours, Duch venait inspecter l'atelier. "Chaque fois qu'il entrait, nous devions aller nous poster dans un coin et attendre ses instructions. Nous devions le craindre et le respecter comme la personne de l'Angkar la plus éminente à la prison." Si un artiste ne travaillait pas bien, il se retrouvait soumis au bon vouloir des gardes qui le corrigeaient.  

Des tableaux pour décrire l'horreur
Vann Nath répond sobrement aux questions et, à quelques mètres de lui, l'accusé continue d'offrir un visage impassible. Des dessins et peintures du témoin défilent à l'écran, illustrant les conditions de détention et les tortures infligées aux prisonniers, telles qu'il les a vues ou qu'on lui a rapportées ou, parfois, telles qu'il les a imaginées. Vann Nath commente les images, les unes après les autres. Il aurait été bon qu'il lui soit offert la possibilité de se prêter à l'exercice à l'aide d'une règle, pour mieux en relever chaque détail. Ici, une scène de suffocation par immersion dans l'eau qu'un prisonnier lui a décrite pour l'avoir subie ; là, une femme nue à qui on enlève "les attributs féminins", des tenailles au bout de ses seins et des insectes, des scolopendres, que sort d'une boîte un interrogateur près d'elle. "Un prisonnier, un charpentier, m'a confié qu'ils lui avaient demandé de nourrir ces insectes", rapporte le témoin. Ou encore l'image d'un homme à qui on arrache les ongles, qui devint par la suite directeur du musée Tuol Sleng - établi sur les lieux mêmes de S-21 -, et depuis décédé, qui avait demandé à Vann Nath de peindre cette scène de torture dont il avait été victime. Et l'image de cet homme, transporté comme un animal, pieds et mains attachés à un bâton, parce qu'il ne pouvait plus marcher, qu'il a également immortalisé avec ses pinceaux. Une scène qui l'a "choqué", l'homme, yeux bandés, n'étant pas encore mort.

Le jour où Phnom Penh tombe entre les mains des troupes vietnamiennes, ils sont une dizaine à qui on ordonne de quitter les lieux. Le 10 janvier, Vann Nath décide de rebrousser chemin malgré la peur que les Vietnamiens ne lui tranchent la gorge. A son arrivée dans cette capitale désertée, il sera accueilli par des soldats cambodgiens "amicaux", qui accompagnent les soldats du pays voisin. Quand il retourne chez lui à Battambang, il retrouve son épouse, mais apprend que leurs deux enfants n'ont pas survécu.

Témoigner contre l'oubli
Le juge Lavergne lui demande alors d'expliquer les difficultés rencontrées après sa libération de S-21 et l'expérience dramatique qu'il y a vécue. "Les souffrances et la séparation que j'ai endurées pendant cette année de détention et pendant la durée [de ce régime] ne peuvent être facilement oubliées. J'ai pourtant essayé. J'ai essayé d'oublier mais ce sont des souvenirs qui me hantent toujours. On ne peut pas oublier. Je ne crois pas que je puisse jamais oublier ce qui m'est arrivé."

"Nous l'avons vu, vous avez peint beaucoup de tableaux - vous êtes d'ailleurs revenu peu de temps après votre libération sur les lieux mêmes pour peindre des tableaux -, vous avez participé à des documentaires, vous avez écrit un livre. Est-ce que vous pouvez nous dire pourquoi il est important pour vous de pouvoir témoigner ?", lui demande le juge Lavergne. "C'est ce que j'ai pensé alors que j'étais déjà détenu. Je me suis dit que si je survivais, et si je pouvais quitter S-21, je rassemblerais ces événements pour refléter ce qui s'est passé, pour que les jeunes sachent les souffrances par lesquelles nous sommes passés. [...] Je voulais que ceux qui étaient arrivés avec moi à S-21 ne soient pas oubliés et [qu'on sache qu'ils] n'avaient commis aucun crime justifiant leur arrestation. [...] Il fallait que je le dise. [...] C'est pourquoi j'étais déterminé et ai essayé d'expliquer aux jeunes et aux enfants, dans le cadre de divers programmes, cette histoire, de sorte que la jeune génération sache ce qui s'est passé et que ces événements historiques ne se répètent pas."

Obtenir la justice pour les morts
"Attendez-vous quelque chose de particulier de ce procès ?", poursuit le magistrat français. "Dès le départ, dès 1979, répond Vann Nath, je n'aurais jamais imaginé qu'un jour, je pourrais être devant un tribunal pour raconter mon expérience à l'intention du public et des jeunes pour que ceux-ci comprennent ce qui m'est arrivé et, aujourd'hui, j'ai la possibilité de témoigner en public. C'est un privilège et je ne demande rien de plus. Ce que je souhaite, c'est quelque chose d'intangible : c'est la justice pour ceux qui sont morts. Mon seul espoir est que justice soit rendue. C'est ce que j'attends de la Chambre. Et j'espère qu'en fin de compte, à la fin de l'existence du tribunal, justice aura été rendue, que cela sera tangible. Voilà le résultat que j'attends."

Le juge revient alors sur un incident entre un autre peintre, Bou Meng, et Duch. Vann Nath rappelle que Bou Meng a été torturé pour une erreur qu'il avait faite, sans savoir laquelle. Il a été emmené et n'est réapparu que deux semaines plus tard, enchaîné, très pâle et les cheveux longs, décrit-il. En le voyant, son cœur s'est mis à battre très vite. Duch lui a alors demandé de s'agenouiller devant les autres et de s'excuser. Plus tard, il a demandé si "on pouvait encore utiliser le méprisable Meng ou l'utiliser pour faire de l'engrais". Le peintre ne comprend pas le sens de cette expression, qu'il prend alors au premier sens. Et il demande à ce que Meng soit pardonné, qu'une deuxième chance lui soit donnée. Il sera entendu.

L'après-midi, des questions étonnantes et sans intérêt avec le fonds de l'affaire sont posées à Vann Nath. Ainsi le juge Ya Sokhan lui demande s'il a regardé la plaque d'immatriculation du camion qui les a emmenés à S-21... Ou on lui fait répéter ce qu'il a déjà expliqué.  

Le peintre rapporte cette anecdote, quand un membre de l'unité des interrogateurs lui réclama un peu du ciment qu'il préparait pour servir à une sculpture de Pol Pot. "J'ai pensé que c'était pour colmater une fuite dans une jarre d'eau." Mais, peu après, il voit un prisonnier revenir avec du ciment sur la tête...

A S-21, "Duch contrôlait tout"
C'est tout pour les juges, parole aux co-procureurs, qui disposent de 30 minutes. Robert Petit fait son retour, absent du procès depuis le 20 avril. "Avez-vous avoué quoi que ce soit [lorsque vous avez été interrogé à Kandal] ?", "Reconnaissez-vous les lieux sur cette prise aérienne de S-21 ?" "Pouvez-vous dire dans quel bâtiment vous avez été détenu quand vous êtes arrivé à S-21 ?", "Où était l'atelier des artistes ?", "Quand Duch venait rendre visite à l'atelier, il devait alors traverser tout le complexe ?" Nath n'en est pas tout à fait sûr. "Duch vous a-t-il jamais semblé effrayé, déprimé ou anxieux ?" Réponse de Nath : "S-21 était son fief et il en était le chef. Je ne vois pas de quoi il aurait dû avoir peur, c'est lui qui contrôlait tout. Et ses subordonnés lui devaient respect et le craignaient. Je pense que c'était un chef intelligent et, à l'époque, j'ai vu en lui plutôt un chef efficace."

 

Duch - Kar Savuth ©Stéphanie Gée

Kambol (Phnom Penh, Cambodge), le 29 juin 2009. Kar Savuth, co-avocat de Duch (au second plan), lors du témoignage de Vann Nath aux CETC
©Stéphanie Gée

 

Robert Petit demande alors si deux extraits de vidéo pris à Tuol Sleng quelques jours après la libération peuvent être projetés, lesquels seraient versés au dossier, ont décidé les juges, "sous réserve d'un examen de leur pertinence et de leur authenticité durant l'audience de jugement". Or, fait-il valoir, le témoin pourrait aider à établir l'intérêt de ces séquences pour la Chambre. La défense ayant formulé des objections contre ces vidéos, disant qu'il s'agit d'images fabriquées, rappelle le président, la Chambre a décidé de reporter à une date ultérieure la discussion sur ces pièces, et rejette donc la requête. Les co-procureurs n'ont plus de questions.

Vann Nath a vu Duch frapper des détenus
Les co-avocats des parties civiles, dotées de dix minutes de temps de parole par groupe, reprennent en mains l'interrogatoire et manquent aussi leur cible. L'un d'eux semble découvrir que Vann Nath a réalisé sa série de tableaux décrivant des scènes à S-21 après la chute du régime de Pol Pot... Le témoin répond toujours avec honnêteté, distinguant clairement quand il déduit des faits, quand il rapporte ce qu'on lui a raconté ou ce dont il a été témoin, et quand il ne sait pas.

Me Werner, co-avocat du groupe 1 des parties civiles, revient sur la scène d'humiliation de Bou Meng, lorsqu'il effectue son retour à l'atelier, comme décrit par Vann Nath dans son livre, relevant un détail intéressant : "Vous avez écrit que, devant vous, l'accusé a frappé Bou Meng en pleine tête avec son pied et que Bou Meng s'est écroulé par terre. Vous souvenez-vous de cela ?" "Oui, je m'en souviens." On peut regretter qu'il n'y ait pas eu davantage de questions au cours de cette journée sur l'attitude de Duch à S-21, que le témoin était amené à voir régulièrement. Quant à savoir pourquoi les artistes ont été placés "dans un local à l'intérieur de S-21, au milieu des cris suppliciés", et pas à l'extérieur, comme lui demande l'avocat suisse, Vann Nath répond ne pas savoir et avoue que s'il a été choqué d'entendre les cris des détenus, il a fini par s'y habituer.

Pourquoi Vann Nath n'a pas voulu se constituer partie civile
Me Kar Savuth, le co-avocat cambodgien de l'accusé, essaie de faire dire au témoin que les gardes pouvaient torturer les prisonniers à l'insu de Duch. Mais Vann Nath affirme ne pouvoir tirer une telle conclusion à partir de ce qu'il a vu. "Avez-vous jamais vu [l'accusé] torturer un prisonnier pendant votre période de détention ?" "Des tortures graves, non, mais donner des coups, oui, il l'a fait", répond le témoin.  

Sa consœur internationale, Marie-Paule Canizares (qui remplace Me Roux, absent), demande à Vann Nath d'expliquer pourquoi il n'a pas souhaité se constituer partie civile. "Les gens ont des objectifs différents. Moi, mon but premier est de m'occuper de ma santé. Je craignais de ne pas pouvoir assister de façon régulière au procès. Deuxièmement, je crois que ce n'est pas une question purement personnelle, c'est quelque chose qui intéresse tout le peuple cambodgien. Et je ne voulais par conséquent pas devenir partie civile. Par contre, si la Chambre souhaite m'entendre comme témoin, oui  je suis tout à fait disposé à témoigner. Et, en général, les personnes qui se constituent parties civiles demandent des réparations. Or, pour ma part, je ne demande aucune réparation."

Une question de la défense rejetée
Puis, l'avocate interpelle ainsi le témoin : "Pensez-vous que la position de l'accusé, qui reconnaît la grande majorité des crimes qui lui sont reprochés et toute la souffrance des victimes, peut vous aider ainsi que les autres victimes à considérer que justice soit rendue, au moins en partie ?" Le co-procureur international intervient, faisant observer que "cette question tient de la plaidoirie, peut-être, mais est certainement hors de l'expertise, de la connaissance et certainement de la pertinence du témoignage du témoin" et appelle à ce que cette question, "non pertinente", soit rejetée. Le président abonde dans le sens de Robert Petit, rappelant qu'il "faut poser des questions relatives aux faits". La défense n'a plus de questions.  

Vann Nath est remercié pour sa participation par le président avant la fin habituelle des journées d'audience. Dommage. En lui posant de meilleures questions, ce témoin aurait sans doute pu éclairer davantage le rôle joué à S-21 par Duch et contredire un accusé qui, certes, reconnaît ses crimes mais multiplie les omissions et mensonges dans ses déclarations.

Demain, un autre survivant de S-21 sera appelé à la barre.


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7 Commentaire
Par Anonyme 2009-06-30 14:25:28
Bravo, Stéphanie, pour votre article très complet et qui reflète ce que j'ai ressenti, puisque j'y étais moi aussi.
Comme vous, j'ai été surprise des questions surprenantes posées à Van Nath, et je me suis demandé si elles pouvaient faire avancer la justice.
J'ai senti, à ces questions, que les juges étaient bien souvent "démunis".
J'ai parfois été tentée de penser que ce procès, aux règles très compliquées, pouvait finir par être un "jeu" dans lequel chacun joue sa partition. Un orchestre. Et si le chef en restait.... Non, je pense que je me trompe. Je veux croire à la justice.
J'ai aussi été très émue par le témoignage de Monsieur Van Nath. J'ai pourtant vu et lu beaucoup de choses à ce propos. Mais je ne m'habitue pas, il faut croire. Tant mieux, d'ailleurs.
Par Jean-Sien 2009-06-30 13:40:49
Merci à lui pour son témoignage, j'ai beaucoup d'admiration et de respect pour lui. Bien sûr, je m'attendais un peu à ce que le procès soit assez bâclé, mais ça fait quand même toujours mal au coeur de voir que les avocats des parties civiles n'ont pas été à la hauteur de la qualité de leur témoin.
Par caillou 2009-06-30 16:49:30
C'est un très bon article, qui restitue avec clarté et sensibilité l'audition de M. Van Nath. On ne peut que souhaiter que sa santé lui permette de continuer de témoigner, au procès et en dehors du procès, urbi et orbi. On ne peut par ailleurs que déplorer ... le manque d'implication? de professionnalisme? des représentants de la justice.
Merci Stéphanie
Par pacha 2009-07-01 01:13:52
Merci Stéphanie pour cet excellent article, grâce à toi je peux suivre le procès et continuer à encourager mes proches. Nous avons beaucoup de respect pour Monsieur Vann Nath qui a déjà tant donné pour combattre l'oubli et aider à la manifestation de la vérité.
Il semble cependant que l'audition aurait dû faire ressortir davantage la cruauté de Duch et sa détermination à accomplir avec zèle son horrible besogne plutôt que de se s'attarder sur la description de son intelligence et de son efficacité. Car ces qualités, si elles sont au service d'une politique de terreur, aggravent la responsabilité de celui qui les possède.
Par Jean-Sien 2009-07-01 15:51:11
Pour ceux qui sont intéressés, il y a un mini-reportage vidéo (en anglais) de france24 disponible à cette adresse.
Par Ka-set 2009-07-01 15:57:23
Merci pour ce lien. Pour les non-anglophones, le même document de France24 est censé être disponible en français, ici.
La rédaction
Par Jean-Sien 2009-07-01 16:26:19
Oui pour une raison que j'ignore, la vidéo n'est toujours pas disponible en français.
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