Kambol (Phnom Penh, Cambodge), le 23 avril 2009. Des villageois de la province de Kompong Speu vivant à proximité du centre M-13, que Duch dirigea, se sont rendus aux CETC pour assister au procès de l'ancien responsable khmer rouge ©John Vink/ Magnum Le tribunal a fait, jeudi 23 avril, salle comble avec la venue de quelque 250 villageois de la commune d'Omlieng, là où se situait le centre M-13 que dirigea Duch avant 1975, emmenés par le Centre de documentation du Cambodge (DC-Cam), de soixante habitants de la périphérie de Phnom Penh, emmenés par le bureau des affaires publiques des CETC (Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens) et de cinquante étudiants de l'université privée Build Bright (BBU). En une courte matinée d'audience, démarrée avec retard et ralentie par la recherche de cotes de documents examinés, l'accusé, Duch, a commencé à évoquer les prémices du centre S-21 où périrent plus de 15 000 personnes.
Duch a assuré en audience ne connaître, avant son arrivée aux CETC, que l'existence de deux centres de sécurité khmers rouges, en sus de S-21 qu'il dirigeait. Il a expliqué que "tout bureau de sécurité, incluant S-21, avait pour devoir de détenir, de torturer, d'interroger et finalement d'écraser, c'est-à-dire de tuer". Après avoir retracé, cartes à l'appui, les "maisons et bureaux successifs de Duch", les juges ont abordé avec lui la structure de S-21. Il a alors été présenté au rétroprojecteur un organigramme, dressé par Duch lui-même, à la tête duquel il a placé son nom.
Pour résumer ses responsabilités de "président" de cette structure, Duch a rappelé qu'il devait, d'une part, rédiger des rapports concernant les confessions arrachées aux détenus sous la torture, documents qu'il envoyait ensuite à ses supérieurs, et, d'autre part, former et éduquer son personnel pour qu'il "ose interroger et torturer". Sur le chapitre des interrogateurs, dont certains avaient été spécialement désignés pour faire parler les prisonniers vietnamiens ou les détenus de grande importance, il a expliqué avoir demandé à sa hiérarchie la permission de pouvoir mettre sur pied une équipe féminine d'interrogateurs. Une décision qu'il dit avoir prise à la suite d'"incidents" survenus avec du personnel masculin qui, profitant de leur position, ont violé des détenues. Les débats sur S-21 reprendront lundi 27 avril.
 Kambol (Phnom Penh, Cambodge), le 23 avril 2009. Photographie aérienne de S-21 montrée au onzième jour du procès de Duch aux CETC ©John Vink/ Magnum
A la pause, la cour du tribunal était très animée. A une table, le professeur de droit Seng Bun Mea Rith, 55 ans, entouré de quelques-uns de ses étudiants de BBU, explique avoir voulu leur donner une leçon de travaux pratiques, "les jeunes étant trop souvent peu au fait du régime khmer rouge". "Je souhaitais qu'ils voient également comment fonctionne ce tribunal", ajoute-t-il avec sérieux, devant les jeunes. A leurs mines réjouies, se devine chez eux un intérêt réel à être là, à voir et à entendre pour la première fois un ancien responsable khmer rouge. Un grand gaillard relève qu'il a perdu ses grands-parents sous le Kampuchea démocratique et avait d'autant plus envie d'approcher l'un des séniors survivants du régime meurtrier. Dany, 20 ans, dit, dans un large sourire, ressentir de la colère en se retrouvant face à l'ancien bourreau. "Mes parents m'ont raconté les souffrances endurées sous l'ère Pol Pot... Voir Duch à la télévision, ça ne suffit pas. Je voulais le voir pour de vrai !", confie-t-elle. Une rengaine reprise par plusieurs de ses camarades. La jeune fille ne dissimule cependant pas cette sensation étrange de découvrir aussi Duch sous les traits d'un "vieil homme ordinaire"...
Le procès de Duch sur le Web Les transcriptions des audiences des cinq premiers jours du procès de Duch sont désormais disponibles dans les trois langues (khmer, anglais et français) sur le site des CETC
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