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Témoignage d'une partie civile contestée et coup de théâtre de la défense qui ajourne l'audience
Par Stéphanie Gée   
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13-07-2009

Mam Nay ©Stéphanie Gée

Kambol (Phnom Penh, Cambodge), le 13 juillet 2009. Mam Nay, alias Chan, 76 ans, ancien chef des interrogatoires de S-21, est venu chaudement habillé, en tant que témoin, au procès de Duch
©Stéphanie Gée

Mme Nam Mon - partie civile que la Chambre de première instance a commencé d'entendre jeudi 9 juillet - a continué, lundi 13 juillet, à livrer un témoignage confus qui laisse poindre, là encore, de sérieux doutes quant à sa détention à S-21 puis à Prey Sar. Ce que ne manquera pas de souligner l'accusé, Duch. Quand, à sa suite, vient s'installer à la barre le tant attendu Mam Nay, ancien responsable des interrogatoires à la prison de Tuol Sleng, la défense plonge dans l'embarras la Chambre, en faisant valoir, à la lumière de la requête du bureau des co-procureurs d'introduire dans le dossier 1 la notion d'entreprise criminelle commune, que le témoin pourrait faire l'objet de poursuites judiciaires et que, par conséquent, il doit être dûment informé de ses droits...


Une formation médicale succincte
Mme Nam Mon, qui se présente comme une ancienne infirmière de S-21 où elle a ensuite été détenue et où seraient morts plusieurs de ses proches, a été assistée par une représentante de TPO, ONG d'assistance psychologique, à ses côtés tout au long de sa déposition lundi. Elle n'a, à aucun moment, semblé submergée par les émotions et a fait preuve de dureté en déposant. La photo d'un homme qui l'avait tant émue jeudi 9 juillet lui est remontrée, elle se dit cette fois-ci prête à l'identifier : il s'agit de son père. Se succèdent alors à l'écran les photos de sa mère, d'un frère aîné, d'un frère cadet, de son père mort, avec comme indication la date du 9 novembre 1977, de sa belle-sœur et d'un frère aîné, toutes accompagnant son dossier de demande de constitution de partie civile. Pourquoi, d'ailleurs, son père a-t-il été pris en photo mort ? La question ne sera pas posée.

Que faisait-elle à S-21 ? "J'ai soigné les malades et j'ai vu qu'on interrogeait et frappait les prisonniers. Je n'en ai pas été témoin directement mais j'ai vu le sang et les plaies sur le corps des prisonniers que j'ai dû soigner." Et elle n'a vu aucun prisonnier mort. Elle n'a soigné, dans le bâtiment de la prison où elle avait été affectée, à l'âge de 15 ans, en 1975, que des adultes, précise-t-elle. Non, elle ne sait rien au sujet des prélèvements de sang pas plus que des expérimentations anatomiques qui auraient été pratiqués sur les détenus.

Quand la juge Cartwright lui demande de revenir sur la formation médicale qu'elle a reçue avant de prendre son poste, Nam Mon n'est guère loquace : "On m'a appris à distribuer les médicaments et à soigner les malades." Cette femme illettrée explique que les médicaments étaient "simples", et que son équipe prescrivait des vitamines ou, le plus souvent, du Paracétamol. Et une fois ces stocks de médicaments hérités de l'ancien régime épuisés, ils sont passés à des "remèdes traditionnels" qui leur étaient délivrés. Une formation donnée, précise-t-elle plus tard à une question de la défense, dans une maison située "près de la station radio No 5".

Dans le bâtiment "spécial" où elle exerçait, n'y étaient envoyés que des cadres, précise Nam Mon, et c'est là où son père échoua après son arrestation.

Une partie civile qui n'a pas tout dit, par peur

Revenant sur les photos de ses défunts proches, annotées de la main de son avocat à qui elle a dicté les légendes, confirme la partie civile, le juge Lavergne relève quelques confusions. Ainsi, ici, il est écrit que telle photo représente son cousin qu'elle a présenté plus tôt en audience comme étant son frère aîné. Explication de Nam Mon : "En fait, au début, je n'ai pas dit que c'était mon frère aîné, je ne me sentais pas bien à l'idée que tous mes frères aient été emprisonnés, c'est pourquoi j'ai dit que c'était mon cousin..." Et là, sous la photo du mort qu'elle a indiqué être son père, il est écrit qu'il s'agit de l'un de ses frères. "C'est bien la photo de mon père. [...] Au début, je l'ai identifié comme mon frère car je n'avais pas bien réalisé que c'était mon père."

Un changement d'identité étrangement justifié
La partie civile, connue à l'état civil sous le nom de Nam Mon, a utilisé sous les Khmers rouges une autre identité, celle de Roeun Chantha. Pourquoi ? "J'ai utilisé ce nom pour essayer de cacher l'origine de mes parents. J'ai ainsi pris le nom de ma marraine. [...] Si je gardais le nom de mon père, et gardais un nom proche de celui de mes parents, j'aurais été tuée", explique-t-elle. Pourquoi se serait-elle préoccupée d'une telle éventualité dès 1975, à une date où son père n'était pas encore dans le collimateur de l'Angkar et ses proches visiblement bien placés dans la hiérarchie khmère rouge ? La question ne lui est pas posée. Et sa réponse sonne d'autant plus étrangement à l'oreille quand, un peu plus tard, elle reconnaît que "certains combattants" n'ignoraient pas que deux de ses frères travaillaient comme gardes à la même prison où elle travaillait. Cette fois-ci, le juge s'interroge : "Comment le savaient-ils puisque vous ne portiez plus le même nom qu'eux ?". "Les gens le savaient car mon oncle et mon père l'ont laissé savoir au début. Certaines personnes qui avaient travaillé avec mon père à la logistique étaient aussi à S-21. C'est ainsi que certains ont pu apprendre que j'étais la fille de mon père. Mais ils ont essayé de cacher mon identité dès lors que 'Frère de l'Est' [autre surnom de Duch] est arrivé à S-21, et m'ont appelée 'Chantha'."

Nam Mon ne connaît pas tout son dossier
Une fiche de données biographiques relative à un dénommé Yarn Yoeun a été jointe à son dossier de constitution de partie civile. Cette personne est-elle connue de la partie civile ? Nam Mon pense à son père mais quand le juge lui lit ce qui y est écrit, à savoir que cet homme a été arrêté fin 1976, alors qu'elle a répété que son père avait été écroué seulement fin 1977, Nam Mon perd le fil et déclare ne pas savoir de qui il s'agit.

Duch, "plus beau à l'époque"
Durant ses deux années de service à cette prison, Nam Mon affirme, en réponse aux co-procureurs, n'avoir rencontré aucun autre membre du personnel que ses collègues de l'équipe médicale. Elle n'a été autorisée à travailler que dans un des bâtiments de la prison, là où étaient écroués les cadres, et ne pouvait circuler librement dans le complexe. Elle n'a connu aucun cadre à S-21 mais savait "qu'il y avait une personne qu'on appelait 'Frère de l'Est'". Invitée à identifier l'homme se trouvant dans le box des accusés, elle déclare : "Je crois que c'est bien lui 'Frère de l'Est' mais, à l'époque, il était plus beau qu'aujourd'hui". Elle le voyait presque tous les quinze jours mais ignorait alors qu'il était le responsable des lieux.

Un oncle tué sous ses yeux
Elle se remémore alors cette scène, survenue "un jour à 18 heures" et qu'elle a pu observer depuis le troisième étage du bâtiment où elle travaillait : "J'ai vu mon oncle Hoeun être battu et Frère de l'Est le frapper [à la nuque] avec une barre de métal d'environ 50 cm", "sous un cocotier, en dehors de l'enceinte", à l'arrière du bâtiment où elle se trouvait. "Après, on m'a reproché de mal faire mon travail mais en fait, je crois, c'est parce que j'avais vu l'exécution de mon oncle." 

 

Nam Mon ©Stéphanie Gée
Kambol (Phnom Penh, Cambodge), le 13 juillet 2009. Nam Mon, lors de son témoignage au procès de Duch, au côté d'un membre de l'ONG TPO
©Stéphanie Gée


Duch, elle dit l'avoir rencontré hors contexte professionnel, à la maison de son oncle - "qui était encore quelqu'un d'important au sein de sa division et les deux avaient été bons amis" -, à l'occasion de deux fêtes que ce dernier avait organisées chez lui. "Si votre oncle était un ami de l'accusé, pourquoi l'a-t-il tué à votre avis ?", demande le co-procureur international. "Je n'ai pas su s'ils étaient des amis très proches..."  

Soigner les détenus pour qu'ils poursuivent leurs aveux
"Quelles instructions vous ont été données ?", lui demande le co-procureur international. "Faire de mon mieux pour soigner les patients afin qu'ils puissent être forts et continuent de faire des aveux. Je ne comprenais pas pourquoi ceux très mal en point ne pouvaient pas recevoir de soins, mais seulement les blessés légers..."

L'évasion d'un oncle suivie de l'arrestation du reste de la famille
Interrogée ensuite par sa co-avocate Me Studzinsky, Nam Mon rapporte que jusqu'à son arrestation, elle allait rendre visite à son oncle Hoeun, celui qui l'a hébergée à Phnom Penh et l'a envoyée suivre une formation médicale, et le rencontrait "fréquemment", jusqu'au jour de son arrestation. Et une nuit, elle et les membres de sa famille ont discuté chez cet oncle d'un plan d'évasion que seul tentera l'oncle Sem, qui réussira à gagner par les airs les Etats-Unis où il vit toujours.

Nam Mon, témoin d'une autre exécution

Face à son avocate, elle se souvient soudain avoir également assisté à l'exécution de son autre oncle, Keth, battu par "Frère de l'Est" de la même manière et au même endroit que son frère cadet, oncle Hoeun. Le juge Lavergne s'enquiert alors de ce nouvel oncle dont la partie civile n'avait encore jamais fait mention. "Je n'ai pas inclus l'oncle Keth dans ma plainte car je craignais de donner trop de noms et j'avais aussi peur d'être tuée, étant la dernière survivante de ma famille", explique Nam Mon, précisant que deux semaines après la fuite de son oncle Sem, ses deux autres oncles ont été arrêtés et, plus tard, son père.

"Prey Sar n'était pas un centre de rééducation..."

Et, au camp de rééducation de Prey Sar, où elle a été transférée après trois mois de détention à S-21 dans une cellule individuelle, a-t-elle vu "qu'on tuait des enfants ?", l'interroge Me Studzinsky. "Le soir, j'entendais des pleurs d'enfants et j'ai vu un enfant être lancé en l'air de manière à ce qu'il retombe sur la pointe d'une baïonnette." "Ce n'était pas un centre de rééducation mais un endroit où on tuait les femmes et les enfants", lâche la partie civile à l'évocation de Prey Sar.

Nam Mon obtient le droit de poser une question à l'accusé : "Je veux savoir si l'accusé va nier le récit véridique que je viens de faire à la Chambre ?".

Trop d'incohérences et d'inexactitudes, tranche l'accusé

Duch, après nous resservir un chapitre sur ses responsabilités "juridiques et émotionnelles" des exécutions survenues à S-21, rappelle qu'après le 17 avril 1975 et l'évacuation de Phnom Penh, des forces sont restées mobilisées dans la capitale, "notamment celles assignées à Vorn Vet pour l'aider au ministère du Commerce et celles assignées à Son Sen". Cette précision historique donnée, il déclare n'avoir pas retrouvé le nom de son père - que Nam Mon a présenté comme un logisticien à S-21 -, dans la liste du personnel pas plus que le nom de la partie civile dans la liste du personnel médical qui, tient-il à préciser, "appartenait aux anciennes forces de la 703e division et ne comptait que des hommes". Il ne s'arrête pas là. "La description qu'elle donne est très éloignée de la situation qui prévalait à S-21. [...] Pour ce qui est de Prey Sar, de nombreuses missions étaient assignées aux détenus or la partie civile a dit n'avoir eu qu'à creuser des fosses", assène-t-il avec conviction, ajoutant ne pas croire "que ses souffrances soient le fait de S-21". Quant à un transfert de Nam Mon de Prey Sar à une autre prison (Prey Totem), S-21 n'avait tout simplement pas l'autorité de faire une telle démarche, poursuit-il. Cependant, échaudé par le cas de Norng Chanphal, il prend soin d'émettre une réserve : "S'il l'on retrouvait des documents attestant du fait que la partie civile a été membre du personnel médical à S-21, et si un tel document peut être présenté à la Chambre, reprenant son nom [...], alors je reverrai ma position. Mais tous les noms [de ses proches disparus] qu'elle a donnés ne me disent rien, je ne les retrouve pas sur les listes de détenus à S-21." Et puis, pour finir son argumentaire, il soulève que la partie civile semble ignorer combien de fois S-21 a déménagé, un point qu'il a déjà expliqué à la Chambre.

En très peu de temps, Duch finit de mettre à terre ce témoignage dont les incohérences et inexactitudes avaient déjà mis au jour la fragilité.

Le récit d'une précédente partie civile réhabilité par Duch
Au retour de la pause-déjeuner, l'accusé revient sur le cas de la précédente partie civile à avoir témoigné, Mme Chim Meth. Il a du nouveau. L'unité 17 à laquelle elle appartenait relève bien de Prey Sar, admet-il maintenant, après avoir lu des documents s'y référant, et il reconnaît l'authenticité de sa photo. "Ce que Chim Meth a évoqué au sujet de cette unité 17 est véridique. Je reconnais donc qu'elle a souffert et espère obtenir plus de documents pour éclairer son cas." Et, passant du coq à l'âne, il déclare que "les sept photographies relatives à la plainte de Nam Mon ne sont pas suffisamment appuyées par d'autre document pour que je puisse affirmer ou infirmer la présence de ces personnes à S-21."  

Nam Mon ne reconnaît pas la photo de Duch

La juge Cartwright rebondit : "Reconnaissez-vous l'une [des personnes montrées en photo ce matin] comme ayant été membre du personnel ou détenu à S-21 ?" "Aucune d'entre elles, répond, affirmatif, l'accusé. [...] Je n'ai reconnu aucune de ces personnes comme ayant été membre du personnel de S-21." Il ne dit cependant pas s'il les a connues comme détenus ou en dehors du contexte de S-21.  

Puis, une photo de groupe est présentée à la partie civile. Nam Mon dit ne reconnaître aucun de ces visages. La juge Cartwright se tourne alors vers Duch, qui énumère les noms des personnes figurant sur ce vieux cliché noir et blanc, essentiellement des membres du personnel de S-21... dont le sien, puisqu'il en fait partie !  

Nam Mon : à Tuol Sleng depuis 1975

Me Kar Savuth, co-avocat cambodgien de l'accusé, fait ressortir du témoignage de Nam Mon certaines incohérences. Dès la première question, Me Studzinsky intervient : "Je vous demande, M. le président, de demander à Me Kar Savuth de parler de manière moins agressive à la partie civile". Le président acquiesce, et rappelle à l'attention de la défense que le sujet est émotif. L'avocat s'excuse, c'est son "habitude de parler ainsi" mais loin de lui est l'idée de menacer Nam Mon. Il se reprend. Comment a-t-elle pu travailler dès le milieu de l'année 1975 à S-21 quand S-21 n'avait pas encore été établi sur les lieux de Tuol Sleng ? "Nous traitions les gens qui étaient là, qui ont préparé le terrain avant l'installation là de S-21, répond Nam Mon. Et quand les cadres et leurs familles ont été arrêtés, cet endroit est devenu un lieu de détention et c'est ainsi que la prison de Tuol Sleng a été établie. Mais moi, j'étais là dès le début. J'ai commencé par fournir des traitements aux soldats puis aux prisonniers."

Tuol Sleng ou S-21 ?
"Sous le régime de Pol Pot, autorisait-on les gens à faire la fête ?" "Au moment où mes parents et mon oncle étaient encore en vie, oui, il était encore possible d'organiser une fête. Après, non." A-t-elle connu Nath, qui fut directeur de S-21 jusqu'à ce que Duch n'en prenne les rênes en 1976 ?, lui demande Me Roux, le co-avocat international de l'accusé. "Non, je ne connais pas ce nom." D'ailleurs, quand elle arrive à Tuol Sleng en 1975, le responsable des lieux était un certain Yem, "un subordonné de mon oncle" (Hoeun), et "l'endroit n'est devenu une prison que lorsque 'Frère Est' est arrivé", détaille-t-elle, ajoutant que Tuol Sleng n'a "jamais déménagé". Il n'est pas demandé à Duch si Tuol Sleng était déjà "habité" quand, courant 1976, il décide d'y installer définitivement S-21.

Et si Nam Mon n'a pas indiqué, dans sa plainte de partie civile du 9 juillet 2008, qu'elle avait assisté à l'exécution de son oncle, c'est "par peur d'être tuée", répète-t-elle. Même aux juges, elle n'a pas mentionné ce fait, mais seulement quand elle a été interrogée par les co-procureurs. "C'est vrai. Car, au début, je ne voulais pas parler d'eux." Et dans sa plainte, elle n'évoque pas non plus avoir été le témoin d'enfants tués à Prey Sar. La partie civile reconnaît avoir rapporté seulement aujourd'hui cette scène d'un enfant jeté en l'air et rattrapé sur une pointe de baïonnette, et seulement quand elle a été interrogée par son avocate. Sans autre explication. Le président la remercie pour sa déposition. Au suivant.

Mam Nay, ancien subordonné de Duch, informé de ses droits
Mam Nay, alias Chan, 76 ans, prend place. Il est chaudement habillé : un krama enroulé autour du cou, deux chemises superposées et des mitaines aux mains. Le président annonce d'emblée à l'ancien chef des interrogatoires de S-21 qu'en tant que témoin, il a le droit de garder le silence et de ne pas répondre à "une question susceptible de l'incriminer".

Entreprise criminelle conjointe : retour à l'envoyeur par la défense
Me Roux s'ouvre alors sur une inquiétude de la défense : "Comme vous le savez, les co-procureurs ont déposé une requête demandant l'application de l'entreprise criminelle conjointe. Au paragraphe 9 de cette requête, [...] il est indiqué que les co-procureurs considèrent que Duch a été partie intégrale d'une entreprise criminelle conjointe, ce qui inclut ses subordonnés à S-21. Ceci veut dire clairement que le témoin ici présent, qui était subordonné de Duch, risque, si la Chambre devait faire droit à cette requête, d'être poursuivi par le co-procureur, qu'il garde le silence ou non. Il me semble qu'il est de notre devoir d'informer à ce stade le témoin des risques qui pèsent sur lui. Il me semble qu'il est de notre devoir de permettre à ce témoin de s'entretenir immédiatement avec son propre avocat qui lui expliquera ce que c'est que l'entreprise criminelle conjointe et lui expliquera que si la Chambre devait retenir la requête des co-procureurs, il est susceptible d'être poursuivi ou bien devant ce tribunal ou bien devant un tribunal national. Donc, avant d'aller plus loin, M. le président, je souhaiterais que vous informiez le témoin de ses droits, que vous lui donniez l'autorisation de rencontrer immédiatement son avocat à moins... A moins que le bureau des co-procureurs ne renonce immédiatement et sur l'audience à sa requête concernant l'entreprise criminelle conjointe." La démarche n'est pas sans effet sur l'audience.

A William Smith de répondre : "Les co-procureurs ont déjà dit aux co-juges d'instruction qu'ils ne chercheraient pas à poursuivre le présent témoin devant les CETC [Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens] [...], avant que les co-juges d'instruction ne rencontrent et n'interrogent le témoin. La position des co-procureurs n'a pas changé depuis lors et quel que soit le résultat de la requête des co-procureurs concernant l'entreprise criminelle commune, comme vous le savez, ceci n'aura pas de conséquence en l'espèce."

Me Roux n'a pas dit son dernier mot. "Quand les co-procureurs ont indiqué cela aux co-juges d'instruction, ils n'avaient pas déposé la requête dont je viens de parler et qui est extrêmement claire puisqu'elle parle bien de tous les subordonnés de S-21. [...] Deuxièmement, vous dites aujourd'hui que VOUS ne poursuivrez pas ce témoin devant les CETC. Pouvez-vous affirmer dans cette audience que ce témoin ne sera pas poursuivi devant les juridictions nationales ? Pouvez-vous le lui garantir ? Si vous ne le pouvez pas, je demande à ce qu'il puisse consulter immédiatement son avocat !"

Le co-procureur international ne voit pas d'objection à ce que le témoin consulte un avocat et "réitère que les poursuites devant les CETC ne dépendent pas d'une décision que vous rendrez concernant l'entreprise criminelle commune, M. le président".

Mam Nay veut un avocat
Interrogé, Mam Nay affirme ne pas avoir d'avocat. "Pensez-vous que vous avez besoin d'un avocat pour vous aider avant que vous ne témoigniez ?", lui demande le président. Sans surprise, le témoin répond par l'affirmative, notant qu'il n'a "pas les moyens" d'en recruter un.  

La Chambre avait contacté de son côté l'Unité d'aide judiciaire mais "sans succès jusqu'à présent", note le président, qui décide de suspendre la déposition de Mam Nay. Et, "comme il n'est pas prévu d'autre comparution de témoin", l'audience est ajournée... 

C'est là un joli retour à l'envoyeur opéré par la défense, la requête des co-procureurs ayant été déposée quand la Chambre de première instance était déjà saisie du dossier No1 et ayant repoussé de cinq mois l'ouverture du procès de Duch. Le désemparement de la Chambre et du bureau des co-procureurs montrent qu'ils n'avaient pas songé à un tel scénario et que cette notion d'entreprise criminelle conjointe continue de compliquer ce dossier. Sur le plan de la procédure, l'observation de la défense est pertinente et implacable. Cependant, cela signifie qu'il n'y aura rien à attendre de témoins comme Mam Nay, s'ils sont dûment assistés par des avocats et conscients de leur droit à garder le silence. Peut-être des informations seront tues à jamais si, toutefois, de telles personnes étaient prêtes à faire des révélations devant la Chambre quand, à ce jour, elles ont toujours refusé de parler...
 


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3 Commentaire
Par Ung Teav Korn 2009-07-15 19:05:11
Si je ne me trompe pas celui la (M. Mam Nay) etait mon professeur de sciences naturelles a la classe de 3eme E au Lycee de Kompong Thom en 1964.
Par Ung 2009-07-15 23:12:08
Maintenant je suis 100% certain que c'est le même Mam Nay, mon professeur de Science Naturelle à la classe de 3ème E au lycée de Kompong Thom en 1964. J'ai un comarade de classe, encore vivant qui peut aussi identifier M. Mam Nay.

«Mam Nay, alias Chan, 76 ans, prend place. Il est chaudement habillé : un krama enroulé autour du cou, deux chemises superposées et des mitaines aux mains....»

Non il n'a pas froid, mais Mam Nay s'habille de cette façon pour cacher/camoufler sa maladie de peau, quelque chose dartreuse inguerissable...Tout le monde de sa classe a cette epoque là en savait très bien...
Par BY Savong 2009-10-08 19:58:35
Eh bien Mme UNG Teav Korn, il n'y a pas de doute c'est bien ce M.MAM Nay. Je peux vous affirmer que M.MAM Nay était l'ancien directeur et mon propre professeur de SC.Nat au collège de Balaing KG.THOM en 65-66. Je peux affirmer aussi qu'il était très gentil bon homme. Je savais quasiment qu'il était communiste avec bcp d'autres prffesseurs du collège. Chaque classe du collège, il y avait un proffesseur principal.Ce dernier avait le rôle de nous endoctiner le communisme.Toutes les classes étaient affichées des photos de Lénine/Staline/ Mao et aussi des photos de la révolution chinoise de drapeau rouge mais pas de celle du chef de l'état ( sihanouk ).Ils nous avaient fait lire des livres de révolution chinoise. Ils nous posaient des questions après la lecture et faire des auto-crtiques.Je ne me rappèle plus en quel année lors d'un voyage de Sihanouk à KG.Thom, bcp de tracts contre Sihanouk étaient éparpillés partout au collège de Balaing ainsi qu'au lycée de KG.Thom et même dans la ville. A ce moment, il y avaient la fouille de la police militaire et la visite du gouverneur de la province dans le collège et presque la quasi totalité des professeurs etaient emmenés et j'avais entendu parler qu'étaient emprisonnés à Prey Sar - Phnom Penh.En 1970, j'avais entendu parler qu'ils étaient graciés par le Général Lon Nol.Depuis je n'avais plus de nouvelles d'eux sauf ce vieux Mam Nay que j'ai vu lors de l'audience de KAING G.Eav.
Bjour à m.Mam Nay quand même en tant que mon ancien prof.
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