
Phnom Penh (Cambodge), le 1er avril 2002. "A S-21, Duch était le seul à donner des ordres, raconte Him Huy, ancien garde khmer rouge. Il était le patron." ©John Vink/Magnum Une fois encore, lundi 20 juillet, le procès de Duch aura été perdu de vue. Le témoin Him Huy, proposé à la Chambre par le bureau des co-procureurs, est pris pour l'accusé. Un hors cadre dommageable à une meilleure compréhension du fonctionnement de S-21 dans son ensemble au vu des fonctions importantes qu'a occupées cet ancien Khmer rouge dans cette machine de mort, et qui acceptait de parler. On passe à côté de l'histoire, qui doit s'écrire avec ce tribunal et ne peut être dissocier du travail judiciaire. A trop vouloir mettre en cause son témoignage sur des points de détail ou qui le concernent directement, les parties ont discrédité ce cultivateur quinquagénaire qui aurait pu déstabiliser l'accusé par certaines révélations. La défense n'aura pas à faire beaucoup d'efforts pour dévaloriser ce témoignage. Un véritable cadeau fait à Duch, qui semble se délecter de ce spectacle. (Correction indiquée en italique dans l'article, suite à une confusion entre la zone Est et la zone Ouest)
Un ancien élève de Duch dans la salle L'audience n'est pas encore ouverte que le responsable du service des affaires publiques du tribunal annonce au micro, en khmer, qu'un "ancien élève de Duch" est présent dans la salle. L'accusé, déjà installé sur son siège derrière la vitre, semble avoir entendu le message. Il lui faudra la matinée pour repérer l'élève, qu'il n'a pas vu depuis 1968... et, le saluer de loin, les mains jointes. Un salut auquel répondra, surpris, cet élève qui, à l'heure du déjeuner, confiera avoir gardé de l'accusé l'image d'un excellent professeur de mathématiques, "sérieux, strict, simple et apprécié des élèves".
"Y a-t-il eu des prisonniers qui ont été incarcérés à S-21 et qui auraient été envoyés [au centre de rééducation de] Prey Sar ?" Him Huy répond par la négative à la question du co-procureur cambodgien, venant ainsi à son tour infirmer une partie du témoignage de la partie civile Nam Mon, entendue il y a une semaine.
"Avez-vous jamais entendu parler d'un hôpital du nom de code '98' ?", interroge le co-procureur. "Je n'y suis jamais allé mais la femme de Duch en était la directrice à l'époque." Une réponse donnée par Him Huy n'est pas entendue par les interprètes, qui le font savoir, mais personne ne réagit jusqu'à ce qu'une avocate des parties civiles intervienne pour demander à faire répéter le témoin.
Duch : un directeur omnipotent, selon Him Huy "Non, Duch n'a pas empêché ou prévenu l'utilisation de la torture", assène l'ancien Khmer rouge. "Avez-vous personnellement critiqué Duch ?" "Je n'osais pas le critiquer, j'avais peur d'être tué." "A S-21, saviez-vous qui donnait des ordres à Duch ?" "A S-21, il était le seul à donner des ordres !" "Saviez-vous si Duch avait le pouvoir de mettre en liberté ou d'arrêter quelqu'un sans autorisation de sa hiérarchie ?" "Oui, il pouvait faire tout cela car il était le patron." Dès qu'il en a l'occasion, Him Huy glisse combien l'accusé était un directeur omnipotent sur son territoire.
"Je n'étais pas heureux de ce travail" William Smith, le co-procureur international, lit un extrait de la biographie que Him Huy a dû établir en 1977 et dans lequel il déclare "continuer à être mou dans la réalisation des tâches immédiates" et "faire encore preuve de laxisme". "Ma biographie, tout comme celle des autres, explique-t-il, n'était pas véridique. Nous devions mettre dedans ce qui était attendu de nous. J'ai donc suivi ce qui se faisait."
"Au début, quand je suis arrivé à la prison, je l'ai vue et j'ai eu peur. [...] Un jour, Son Sen est venu pour un meeting [...] et on nous a tous convoqués [...]. J'ai demandé à être réaffecté dans l'armée. Mais ma demande a été rejetée. J'étais constamment anxieux", souligne le témoin. "Aimiez-vous votre travail à S-21 ?" "Comme je viens de le dire, je n'étais pas heureux de ce travail mais je n'avais pas le choix. [...] Tout le monde espionnait tout le monde, il y avait des rapports de délation et tout le monde était arrêté. Il fallait marcher droit et être discipliné."
Une peur de Duch durable Comment Duch était-il perçu par les autres membres du personnel ? "Duch était plutôt doux quand il parlait, affable, mais en même temps extrêmement ferme et méticuleux car dès que quelqu'un était arrêté, il appliquait aux personnes arrêtées des règles très strictes, y compris aux membres du personnel. Personne n'était autorisé à prendre quelle que décision que ce soit pour arrêter quelqu'un. Il était le seul à pouvoir le faire. Je crois qu'il était craint par beaucoup. Même quand je le voyais s'approcher à bicyclette, je trouvais un prétexte pour m'éloigner."
"Avez-vous encore peur de Duch aujourd'hui ?" "Honnêtement, quand je le vois, ça me rappelle l'époque où je travaillais avec lui et j'avais peur de lui. Je n'osais pas le regarder droit dans les yeux et, aujourd'hui encore, il me fait peur. Sans la libération du 7 janvier 1979, je crois que je ne serais plus là, j'aurais été tué. Duch l'avait dit : 'tout le monde finira un jour par être liquidé'." Et il se met à sangloter, brièvement.
Les questions qu'on aimerait ne plus entendre... Avec les avocats des parties civiles, Him Huy réaffirme ce qu'il avait déclaré dès 1990, à savoir qu'il a entendu, à S-21, "Duch et Hor dire : nous devrions tous les tuer et n'en garder que 4 millions". Mais, une fois encore, on perd pas mal le fil. Comme chez les co-procureurs, les questions s'enchaînent sans qu'on saisisse la logique du raisonnement. Et elles sont répétitives.
"Recueillait-on les biographies et prenait-on des photos des enfants avant leur exécution ?" "Lorsque vous étiez dans l'enceinte de S-21, avez-vous entendu les victimes crier ?" "Lors de vos patrouilles, avez-vous vu les victimes les pieds entravés à des barres dans leurs cellules ?" "Est-ce que tous les prisonniers, à l'exception des femmes, qui étaient à S-21, étaient torse nu et juste avec un short ?" "Lorsque vous êtes resté aux portes des salles d'interrogatoires, avez-vous entendu plusieurs fois les cris, les hurlements, les pleurs des prisonniers interrogés ?" Les faits que cherchent à démontrer ces questions ont déjà été établis au cours du procès et on s'étonne d'entendre des avocats revenir encore et encore sur ces points.
Un interrogatoire qui tourne à l'absurde Me Studzinsky, du groupe 2 des parties civiles, choisit de revenir sur le cas d'un de ses clients, M. Bou Meng, qui a été entendu à la barre le 1er juillet et est présent dans le prétoire. Elle interroge Him Huy sur la femme de Bou Meng, désireux de savoir ce qui est advenu d'elle. "Je ne pouvais pas savoir précisément qui était le mari ou la femme de qui car, après avoir été interrogée, la personne était emmenée pour exécution. Je sais seulement que les femmes des détenus étaient envoyées pour exécution à Choeung Ek." Et l'avocate allemande de lui donner le nom de la femme de Bou Meng, pensant qu'il pourra s'en souvenir... "Sachant ce nom, pouvez-vous maintenant répondre à ma question ?" "Je n'étais pas la seule personne chargée du transfert des détenus vers Choeung Ek, répond Him Huy. [...] Comment pourrais-je savoir si la femme de Bou Meng a été transportée sous ma garde ?" L'avocate ne lâche pas prise, ajoutant que la partie civile attend cette réponse depuis de nombreuses années.
Le témoin, ensuite, nie avoir battu Bou Meng comme ce dernier l'indique. Ce qui commence à agacer l'avocate, de plus en plus agressive à son égard. "Je n'avais pas le droit d'interroger les détenus, je n'ai donc pas été dans une position qui m'aurait conduit à torturer des détenus", se défend Him Huy, pris pour l'accusé et qui ne reçoit aucune aide de son avocat. Me Studzinsky lui rappelle alors les propos qu'il a tenus lors de la reconstitution à Tuol Sleng en février 2008, où il admettait avoir agi ainsi. "Je n'avais pas pour mission d'interroger et torturer les détenus", répète un témoin à court d'arguments face à l'opiniâtreté de l'avocate. "Alors pourquoi avez-vous dit aux juges d'instruction le contraire ?" "Je vous ai déjà dit que je n'ai jamais interrogé ni torturé de prisonniers. Je n'avais pas les connaissances requises pour mener des interrogatoires. Comment pouvais-je torturer des détenus ? Par ailleurs, je ne savais ni lire ni écrire." "On n'a pas besoin de savoir lire et écrire pour savoir torturer", lui rétorque froidement Me Studzinsky, oubliant que les méthodes interrogatoires et de torture faisaient à S-21 l'objet de formations bien huilées. Et elle lui redemande pourquoi il a "menti" ? On tourne ainsi en rond pendant de longues minutes. Seule chose que le témoin concède, quand le personnel de S-21 s'est moqué de la petite taille de Bou Meng, se demandant comment il avait pu trouver femme. Alors ils ont testé sa force. Him Huy s'est fait porter sur ses épaules et Bou Meng, passant le test, leur a prouvé qu'il était fort.
Les "règles très strictes" Quand, plus tard, un autre avocat lui demande quelles sont ces "règles très strictes" en vigueur à S-21, édictées par Duch, dont il a parlé, Him Huy récite par cœur quelques phrases qui semblent ancrées à vie dans sa mémoire : "Nous, les enfants de l'Angkar, nous, les enfants du parti, ne sommes pas les enfants de nos parents. Et lorsque nous faisons notre travail, nous devons respecter l'Angkar. Dans tout ce que nous faisons, que nous soyons en train de travailler, debout, assis ou en train de dormir, quiconque ne respecte pas la règle est considéré comme un ennemi et doit être enfermé." Au bout du compte, conclura-t-il, "on était un peu comme des chevaux avec des œillères, on ne pouvait regarder que devant soi, on ne pouvait pas s'écarter".
Un ex-Khmer rouge qui inverse les rôles "Qu'attendez-vous de votre déposition devant le tribunal ?", lui est-il ensuite demandé. "C'est une façon pour nous de renaître, nous qui avons survécu. Nous sommes quelques personnes à avoir eu cette chance et souhaitons aujourd'hui voir la justice rendue", répond sans se démonter l'ex-Khmer rouge, qui se pose ouvertement en victime.
Un accusé opportuniste ? L'accusé prend la parole avant ses avocats. "Si [Him Huy] n'avait donné un témoignage que sur le contenu véridique des activités qui étaient les siennes, j'aurais pu en conclure que l'essentiel de la vérité a été exprimée. Il y a des insuffisances mais elles sont mineures. En tant que cadre gradé de peloton, il partageait avec le chef toutes les responsabilités pertinentes. Il était responsable de la réception de prisonniers arrêtés, et il devait s'en occuper... Une autre de ses fonctions était de réceptionner les détenus en dehors et à l'intérieur de S-21, il l'a dit très clairement et je le confirme : il était chargé de transporter les détenus vers Choeung Ek. [...] Il y a cependant des insuffisances quand il dit que Pang a été arrêté et que j'étais là alors que je n'ai jamais donné d'ordres oraux directement à Huy. Tous les ordres que je donnais, je les donnais à Hor qui, dans certains cas, les répercutait sur Huy. [...] Je ne souhaite pas contester le témoignage présenté. En tout cas, Huy sait très bien qui était le patron des patrons de S-21, c'était Son Sen. Lors de la conférence, il n'y avait pas d'ordre du jour qui aurait permis à Him Huy de lui parler de sorte à se faire transférer dans l'armée. [...] Mais il y a quelque chose qu'il n'aurait pas dû dire au sujet de l'incompréhension entre le camarade Hor et moi-même [à savoir, selon Him Huy, que le premier était favorable aux membres de la 703e division et le second à ceux originaires de la zone Ouest]. Il en a entendu parler mais il n'en a pas été témoin. Cela fait partie des insuffisances de son témoignage qui, pour l'essentiel, est correct."
Duch se montre beau joueur avec son ancien subordonné qui n'a pas hésité à le charger quand l'occasion lui en était offerte. Puis, contre toute attente, il remet sur la table le cas du professeur Phung Ton, disparu à S-21 - et dont la veuve et la fille se sont constituées parties civiles et assistent quotidiennement aux audiences -, qui est devenu l'affaire dans l'affaire au cours de ce procès. "Je voudrais demander à Him Huy de me rendre un service car, parmi les détenus, il y avait un professeur à moi - je ne savais pas qu'il avait été envoyé à S-21 -, c'est vous qui savez ce qui lui est arrivé. Je voudrais vous demander de dire à la cour et à sa famille où il a été emmené pour exécution. Est-ce qu'il a été exécuté à S-21 ou à Choeung Ek ? S'il vous plaît, dites-nous la vérité." Duch cherche-t-il là à s'attirer la sympathie des proches du professeur ou à obtenir une réponse à une question qui désormais le taraude et qu'il redoute se voir poser plus tard ?

Kambol (Phnom Penh, Cambodge), le 20 juillet 2009. Duch sourit alors que son avocat, Me Roux, questionne Him Huy ©Stéphanie Gée
Me Kar Savuth détruit des témoignages de parties civiles A son avocat cambodgien d'interroger Him Huy. Il fait dire au témoin qu'il n'a en fait pas reçu d'ordres directs de la bouche de Duch, mais par le biais d'intermédiaires, que ce soit son messager ou son adjoint Hor. Il en profite pour lui faire confirmer qu'à Choeung Ek, les détenus étaient enterrés séance tenante une fois exécutés. Commentaire de l'avocat, dans un clin d'œil non dissimulé au récit d'une partie civile entendue, qui s'était présentée comme un survivant de Choeung Ek : "Je craignais que l'on puisse dire que les gens pouvaient s'enfuir de la fosse commune car elle n'aurait pas été refermée !". Dans la même démarche, il lui fait confirmer que l'équipe médicale de S-21 était composée uniquement d'hommes, jetant ainsi à terre le témoignage d'une autre partie civile, une femme, qui se réclame de cette unité. Un peu plus tard : "Lorsqu'il y avait des arrestations, Duch n'était jamais présent, c'est correct ?" Him Huy ne peut nier mais rappelle qu'elles étaient ordonnées par Duch.
Him Huy, un rôle dans la chaîne de commandement Me Roux, le co-avocat international de Duch, reprend pour sa part le procès-verbal de la reconstitution du 26 février 2008, dans lequel les juges d'instruction relèvent que le témoin Him Huy "varie dans ses déclarations sur le nombre de visites de Duch" à Choeung Ek : "de temps en temps", "une ou deux fois", ou encore "une fois avec Hor". Him Huy affirme alors avoir vu Duch "à deux reprises" se rendre à Choeung Ek, maintenant ce qu'il a déclaré jeudi 16 juillet en audience en réponse aux questions de juge Lavergne.
L'avocat français revient sur l'unité "spéciale" à laquelle appartenait Him Huy et dont il devint chef adjoint. "Etiez-vous un chef autoritaire ?" "Moi et mon groupe, on n'était pas autoritaire. Tout ce qu'on faisait c'était le travail qu'on nous faisait faire. On ne s'y opposait pas sinon nous serions morts." "Vous étiez militaire. Ce qui veut dire que vous receviez des ordres de vos supérieurs mais que vous donniez des ordres à vos subordonnés, est-ce bien exact ?" "Moi, je ne donnais pas d'ordres aux gens de mon groupe, c'était Hor..." "Donc, vous êtes en train d'expliquer à la Chambre que vous étiez chef d'un groupe mais que vous ne leur donniez pas d'ordres, c'est bien cela ?" "Pour ce qui est de la procédure opérationnelle des arrestations, je ne donnais pas d'ordres personnellement car nous étions sous la supervision de Hor..." "En matière militaire, le peu que j'en connaisse, Hor vous donnait des ordres et vous-même donniez des ordres, n'est-ce pas... ?" Le témoin ne se résout pas à dire ce que l'avocat veut entendre. "Quand vous étiez à Choeung Ek et qu'avec votre groupe vous participiez aux exécutions, c'est bien vous qui donniez des ordres à vos hommes pour les exécutions, oui ou non ?", insiste Me Roux. Le témoin ne cède pas et répète que tout cela se déroulait "sous l'ordre très clair de Duch" et que les exécutions relevaient d'un autre groupe. Devant les maladresses du témoin qui ne sait plus comment s'y prendre pour échapper à l'avocat, l'accusé se régale, il grimace de plaisir et ne perd pas une miette de l'échange. Him Huy, qui s'exprime toujours le regard baissé, n'adresse par un seul regard du côté de la défense.
Me Roux en avocat de la partie civile Bou Meng L'avocat français change de sujet. Cette fois-ci, il demande au témoin de rapporter à nouveau la scène au cours de laquelle il est monté sur les épaule de Bou Meng. "A ce moment-là, je ne savais pas que c'était un type de torture que je pratiquais sur lui, c'était plutôt un jeu... Je n'avais pas alors l'intention de lui faire du mal..." "Et vous avez trouvé cela amusant de monter sur le dos de M. Bou Meng ?" "Entre nous, on se demandait s'il était suffisamment fort et, pour le vérifier, j'ai sauté sur son dos et ai vu qu'il pouvait me porter. Mon intention était de tester sa force, c'est tout." "Et vous pensez qu'il a trouvé ça drôle, lui ?", poursuit Me Roux, comme devenu l'avocat de Bou Meng. "Il a dit qu'il était fort et qu'il pouvait me porter. Et il l'a fait ! Mais c'était une plaisanterie. Je ne l'ai pas menacé." "Pour vous, c'était une plaisanterie, pour lui un peu moins j'imagine !" "Je crois que j'en ai assez dit", lâche, à bout, Him Huy.
Au-dessus de Duch, Son Sen... "M. Him Huy, vous vous êtes présenté ce matin comme une victime qui cherchait justice et je veux bien admettre avec vous que vous n'aviez pas choisi au départ la situation dans laquelle vous vous êtes retrouvé. Mais ai-je raison de dire que ce système criminel auquel vous avez participé a pu fonctionner parce qu'à chaque étage, il y avait des chefs, petits ou grands, qui recevaient, qui exécutaient et qui ordonnaient des ordres criminels ?" Le témoin : "Je peux dire que tout un chacun devait exécuter les ordres sinon il se faisait tuer." Et là, Me Roux demande à Him Huy de dire qui était au-dessus de Duch. Le témoin s'incline : "Son Sen, et je ne sais pas qui d'autre". Et Him Huy déclarera : "Nous avons tous été victimes de ce système".
Une zone d'ombre dans la fin de la carrière khmère rouge de Him Huy Le juge Lavergne, se tournant vers l'accusé, lui demande alors s'il peut confirmer que "le témoin a été contraint de quitter le personnel de S-21 et s'est retrouvé à Prey Sar" ? Et si c'est le cas, qui a décidé son renvoi et pour quelle raison ? Duch rapporte avoir "vu Him Huy travailler avec nous jusqu'au 7 janvier [1979]". "Ni Hor ni moi n'avons envoyé ce témoin à la rizière ou à Prey Sar." "Donc, selon vous, il ne dit pas tout à fait la vérité", quand il affirme avoir été envoyé à la rizière en 1978, reprend le juge. "C'était un cadre en qui les responsables de S-21 avaient confiance. Son témoignage sur cette question n'est pas nécessairement convaincante. Il n'y a en effet pas de preuve", répond l'accusé.
Le juge invite alors Him Huy à réagir aux propos de Duch, selon qui il aurait continué à occuper à S-21 les fonctions de chef adjoint de l'unité spéciale jusqu'au 7 janvier. Le témoin réaffirme fermement avoir, au milieu de l'année 1978, "été sorti de S-21 avec d'autres gardes pour aller travailler à la rizière et construire des digues". Pour la première fois depuis le début de sa déposition, il sort ses mains jusque-là restées cachées sous la table. On sent qu'il bouillonne, piqué au vif, c'est du moins ce que trahit cette soudaine gestuelle. Le juge tente de savoir si "la rizière" correspond à Prey Sar et s'il s'agissait d'une "rééducation". Him Huy explique qu'on lui a alors dit qu'un camarade l'avait mis en cause dans ses aveux. Et il assure ne pas avoir été arrêté mais avoir été envoyé "là-bas" par Hor. Le doute demeure sur cette réaffectation qui - si Him Huy dit vrai - signifierait qu'il était possible, dans un système que l'on décrit depuis le début du procès comme verrouillé, de quitter ses fonctions à S-21 pour être posté ailleurs, qui plus est à une période où les purges battaient leur plein et où S-21 réclamait donc du personnel, lui-même victime de ces purges.
Le bureau des co-procureurs se réveille Le co-procureur international intervient alors pour que quatre questions soient posées à l'accusé : y a-t-il eu une mésentente entre Hor et Duch ? Est-ce que Duch s'occupait de faire une enquête sur Hor vers la fin de l'existence de S-21 ? Est-ce que Duch a tué Hor ? Et si ce n'est pas lui, qui l'a fait ? Me Roux fait observer que William Smith aurait dû poser ces questions le matin quand il avait la parole, et le président lui donne raison et remercie, par deux fois, le témoin.
Les débats se poursuivent à huis clos pour examiner une requête des co-procureurs sur la possibilité ou non de parler en audience publique de l'entreprise criminelle commune.
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