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David Chandler : "l'obéissance est un facteur qui ajoute à l'horreur"
Par Stéphanie Gée   
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06-08-2009

Proces Duch - villageois Siem Reap ©John Vink/ Magnum

Kambol (Phnom Penh, Cambodge), le 6 août 2009. Bagages d'habitants de Siem Reap ayant quitté leur village à minuit pour arriver à temps à l'audience du procès de Duch, qui a battu des records d'affluence
©John Vink/ Magnum

La comparution, jeudi 6 août, du professeur américain David Chandler, l'un des grands spécialistes de l'histoire récente du Cambodge, notamment auteur de "Pol Pot : Frère No1" (1993*) et de "S-21 ou le crime impuni des Khmers rouges" (2002*), était grandement attendue. Outre dégager les caractéristiques de S-21, "l'antichambre de la mort" où les prisonniers n'étaient que des exécutés en sursis, l'expert de 76 ans a apporté un éclairage audacieux sur la dimension humaine de l'accusé, en préférant mettre en relief la vulnérabilité de l'homme qui peut être amené à commettre des "crimes d'obéissance" plutôt que donner crédit à la conception du mal incarné. Et il va ainsi dans le sens de la thèse défendue par Duch, qui dit avoir été "acteur et otage de ce régime criminel". Un énorme regret cependant, assorti d'une incompréhension : pourquoi les juges ont-ils décidé d'entendre ce témoin d'importance sur une seule journée, et alors que l'étude du fond du dossier touche à sa fin, quand bien d'autres témoins de plus faible épaisseur ont été convoqués sur une, voire deux journées d'audience ?


Le "Plan ultime"
Après une courte présentation des recherches menées par David Chandler, essentiellement celles portant sur le régime du Kampuchea démocratique, la juge Cartwright passe en revue différents points soulevés dans son ouvrage consacré à S-21. Elle lui demande sur quoi se base-t-il pour établir que l'accusé est l'auteur du "Plan ultime", un document élaboré en 1978 tentant de "démontrer que les aveux amassés pendant deux ans indiquaient l'existence d'une vaste conspiration impliquant les Etats-Unis, l'URSS, Taïwan et le Vietnam", précise-t-il dans son livre. Le professeur, qui n'a jamais rencontré l'accusé, dit se rappeler avoir vu que ce texte était écrit de la main de Duch.

S-21, une "institution totale"
David Chandler a appliqué à S-21 le concept "d'institution totale" - élaboré par le sociologue américain Erving Goffman, rappelle-t-il -, qui désigne un lieu isolé, "qui suit ses propres règles pour rester en fonctionnement". Autres caractéristiques qui définissent, selon lui, ce centre de sécurité : le secret, au centre même de l'administration, sa nature hiérarchique et encore l'imposition d'une discipline stricte par l'accusé.

"Vous avez décrit [l'accusé] de cette manière : en tant que responsable de S-21, Duch travaillait dur pour contrôler tous les aspects de son fonctionnement. Son expérience et son instinct hérités de ses années d'enseignement étaient utiles : il était habitué à garder des archives, à trouver des solutions aux problèmes, à gagner le respect et à imposer la discipline à des groupes de personnes. [...]. Duch faisait souvent peur à ses subalternes à la prison. [...] Plus tard, [dans votre livre], vous dites qu'en tant que mathématicien, il aimait les modèles rationnels..." La juge néo-zélandaise mène l'interrogatoire le nez dans le livre de David Chandler, se contentant, par des questions le plus souvent fermées, de lui demander de confirmer ce qu'il a couché par écrit.

Le rôle des archives à S-21

Interrogé sur les archives de S-21, "plus volumineuses et complètes que dans d'autres parties de l'appareil du Santebal", l'Américain détaille les objectifs d'une telle procédure : il s'agissait, lui semble-t-il, de "démontrer aux dirigeants du pays que S-21 était une structure complètement responsable, efficace, moderne et productive au sein du gouvernement, à l'intérieur du pays où les conditions étaient en de nombreux endroits [...] totalement chaotiques au quotidien. De démontrer aussi le professionnalisme de l'accusé et de ses collègues, d'informer le sommet de la hiérarchie de manière la plus détaillée possible si, et de quelle façon, les soupçons étaient fondés pour certains prisonniers et de démasquer des réseaux de traîtres [...] et de donner ainsi des informations aux dirigeants dont ils pouvaient se servir pour leurs propres objectifs. Et finalement, et c'est là une spéculation, [...] le rassemblement de ces archives pouvait servir de source pour une histoire triomphante du Parti communiste du Kampuchea [PCK] [...]. Ils essayaient de leur mieux pour bien faire leur travail [...] et ils essayaient consciencieusement de servir ce qu'ils percevaient comme le besoin de leadership politique qui changeait de route d'année en année, de mois en mois, et même de jour en jour."

Des aveux dont on ne pouvait pas contester l'authenticité

Le juge Lavergne poursuit : "L'accusé nous a indiqué à plusieurs reprises qu'il n'avait pas confiance dans l'authenticité des aveux recueillis à S-21, qu'il ne les considérait pas comme reflétant la vérité. Etes-vous en mesure de nous dire si, tant de la part de l'accusé mais aussi peut-être des dirigeants du Kampuchea démocratique, il y avait ou un aveuglement ou une forme de cynisme ou une forme, je ne sais pas, de paranoïa ? Y avait-il des choses de cet ordre-là dans le fonctionnement de S-21 et de la part de ses dirigeants ?" L'explication de l'accusé sur ce point est, selon David Chandler, "pertinente". "S'il avait dit cela aux dirigeants du Kampuchea démocratique, sa position [à S-21] et sa vie auraient été en danger. Par conséquent, les confessions et toute la mécanique de production des confessions devaient pouvoir se poursuivre sans interruption et nonobstant l'exactitude et l'utilité d'un grand nombre des informations. [...] Mais on autorisait de telles confessions principalement, je pense, pour répondre aux besoins des hauts dirigeants de ce régime, qui affirmaient que ce genre de choses se passaient." Et le travail d'interrogatoire, insistera-t-il plus tard, était "la principale raison d'être de S-21".

Conspiration, confession, exécution

S-21, explique le spécialiste aux co-procureurs, a été établi car, particulièrement à partir du milieu de l'année 1976, les dirigeants du régime étaient convaincus que "des nids de traîtres s'étaient logés à l'intérieur du parti communiste". Il fallait donc un centre d'interrogatoire à grande échelle qui permette d'examiner ces soupçons afin d'obtenir des informations claires à destination de ces dirigeants pour vérifier si des activités de conspiration existaient ou étaient en préparation. En revenant sur la spécificité du centre dirigé par Duch, le professeur relève que, "par leurs confessions, on peut penser que les prisonniers suivaient un processus pour se rééduquer, se reconstruire pour devenir de meilleurs citoyens en ayant admis ce qu'ils avaient fait, mais ils se rééduquaient... dans le but d'être tués : Cela n'a aucun sens !".

L'accusé a-t-il eu le choix ?

Le co-procureur international William Smith lui demande si, selon lui, l'accusé a eu le choix dans la mise en œuvre de la politique du PCK à S-21, et s'il aurait pu minimiser les souffrances et les tueries à S-21 ? "Je ne peux pas croire que ces actions puissent passer inaperçues seulement parce qu'il existe un contexte qui peut les expliquer. D'autre part, il y a l'idée que les personnes disposaient d'un libre arbitre pour désobéir à ce qu'elles voyaient comme le commandement dans le contexte du Kampuchea démocratique [...]. Mais quand ce contexte s'est développé, peut-être n'avaient-ils plus le choix. Les choix ont été pris assez tôt. [...] Je suis réticent à dire cela - car je n'ai jamais été dans une situation où j'aurais été en danger parce que je refusais d'obéir -, mais je ne peux pas m'empêcher de penser que les personnes qui infligeaient ces terribles souffrances sur tout le monde savaient ce qu'elles faisaient et, pire, ne semblaient pas être affectées par ce qui se passait. Cela ne semblait pas les empêcher de dormir la nuit, [...] ou entamer leur enthousiasme pour revenir travailler le lendemain."

 

David Chandler ©John Vink/ Magnum
Kambol (Phnom Penh, Cambodge), le 6 août 2009. David P. Chandler, chercheur spécialisé sur les Khmers rouges, lors de son témoignage devant les CETC
©John Vink/ Magnum



David Chandler admet que Duch était plutôt satisfait de pouvoir obtenir certains aveux sans passer par la torture. Et si cela avait pu être généralisé, "l'accusé l'a dit lui-même, il aurait été un administrateur de la prison bien plus heureux". "Mais je n'entrevois pas, dans les documents, de remords profonds provenant de sa connaissance découlant de sa gestion quotidienne [de la prison] ou de ce qu'on qualifierait d'excès qui transparaissaient dans de nombreuses confessions et témoignages de survivants."

Un administrateur de S-21 fier et enthousiaste
Certes, Duch répondait aux attentes des dirigeants, exécutait leurs ordres, sans quoi cela l'aurait mis dans une position dangereuse, mais il cherchait également à leur plaire, explique David Chandler. "Il était un administrateur enthousiaste et fier de S-21 qui a mis en place des techniques et méthodologies organisationnelles à partir de rien. Cet endroit n'avait aucun précédent. [...] [Duch] innovait, améliorait tout le temps. Et je pense qu'il faisait non seulement ce que ses supérieurs considéraient être un travail plutôt satisfaisant, ou, le cas échéant, il l'aurait su et aurait été renvoyé, mais c'était aussi un travail excellent. Je pense qu'il voulait exceller dans ce travail comme ce fut le cas dans sa vie : il a voulu exceller comme étudiant, il a voulu exceller comme révolutionnaire et dans sa vie professionnelle aussi. Il ne faisait pas seulement servir ses supérieurs mais les servait avec enthousiasme et talent de sorte à ce qu'il puisse en tirer de la fierté." Cependant, conclut l'expert, l'accusé n'était pas l'unique initiateur ou superviseur de ce qui se passait à S-21 bien que, de son avis, "peu de choses échappaient à son attention" et bien qu'une marge de manœuvre considérable lui ait été accordée dans la manière de procéder.

Le côté obscur de l'humain
Le témoin précise, un peu plus tard, avoir voulu dans son livre suggérer que "sous certaines conditions, presque n'importe qui pourrait être conduit à faire des choses de ce type. Les membres du personnel de S-21 [...], une fois que leur comportement devint routinier et qu'ils ne furent pas punis mais autorisés à aller toujours plus loin [...], ont généralement agi avec encore plus d'enthousiasme. Pourquoi cela est-il vrai, je n'en suis pas sûr. Mais c'est le côté obscur qui est en nous tous".

Un régime qui a entraîné tout le monde...
Le régime portait les germes de sa chute, laisse entendre David Chandler. "Cette confiance absolue qu'ils [les dirigeants du Kampuchea démocratique] étaient sur la bonne voie était très dangereuse. On ne donnait le temps à personne de poser des questions, d'hésiter, aucune possibilité de contredire n'existait. Et le régime est devenu comme une sorte de cascade d'eau dans laquelle tout le monde a été entraîné."

Pas de crimes sexuels généralisés à S-21

Quand Me Studzinsky, du groupe 2 des parties civiles, aborde la question des crimes d'ordre sexuel commis à S-21, qui étaient mentionnés dans certaines confessions, le témoin saisit l'occasion pour faire remarquer que s'il y a eu des abus de ce type, il n'existe pas de preuve démontrant leur caractère généralisé et, qui plus est, ceux-ci étaient "punis , "de rééducation à Prey Sar, voire de mort si l'intéressé avouait ses actes".

Faire disparaître les détenus était dans le contrat de Duch

Côté défense, Me Kar Savuth lui demande si, au cours de ses recherches, il a découvert que l'accusé avait jamais ordonné l'exécution de détenus sans en avoir reçu l'ordre de ses supérieurs. Aucun ordre de l'échelon supérieur de ce type, s'ils ont existé, n'a survécu, répond David Chandler. "Si on en avait retrouvés, cela aurait facilité la tâche de ce tribunal !" Le rôle de Duch à S-21, développe-t-il, était de veiller à ce que quiconque entrait dans la prison soit finalement exécuté. Nul besoin donc de lui coller un superviseur pour savoir qui devait être exécuté et nul besoin pour lui d'obtenir le feu vert de qui que ce soit pour "écraser" puisque cela faisait partie de son contrat.

Les regrets de l'accusé ne l'ont pas amené à déserter, à la chute du régime

L'avocat international de Duch, Me Roux, prend la relève. "Personne, depuis ce matin, n'a évoqué le fait que l'accusé plaide coupable et reconnaît ses responsabilités. Estimez-vous que le fait qu'il reconnaisse sa responsabilité sert l'histoire ?" "C'est une question facile. Je pense que oui. J'ai été très ému et impressionné par sa reconnaissance de culpabilité, ce qui m'apparaît assez unique parmi les acteurs de cette administration encore en vie". Le témoin ne va cependant pas plus loin. Il souligne, quelques questions plus tard, que "cette prise de conscience que le régime était criminel n'existait pas [chez Duch] en 1978, période à laquelle il dit avoir commencé à perdre ses illusions [...]. Il était aussi effrayé parce que le régime semblait devenir extrêmement arbitraire. [...] Les déclarations de Pol Pot ne faisaient plus sens. [...] Durant les six derniers mois du régime, des documents font état de regrets de l'accusé mais ces regrets - et là mon intention n'est pas d'être accusateur -  ne l'ont pas amené à déserter le mouvement en 1979-1980 et il a continué à être un révolutionnaire."

De la paranoïa des dirigeants

Et quid de la paranoïa qui s'était emparée des leaders du régime khmer rouge ? "La paranoïa a commencé au centre puis s'est diffusée dans les rangs." Et dans le climat de 1978, "il y a eu une tentative visant à calmer le jeu, à réduire la cruauté notoire du régime et à trouver un meilleur équilibre pour éviter la catastrophe. Mais la paranoïa des dirigeants ne s'est pas réfrénée pour autant parce que si en effet les ennemis le plus dangereux étaient ceux qui étaient invisibles, c'était alors sans fin puisqu'on ne peut pas les voir !"

Le "Plan ultime" n'est pas l'œuvre de Duch

Soudain, l'avocat l'informe : "Je regrette que ni les co-procureurs ni les parties civiles ne vous aient alerté sur les difficultés concernant une preuve dans le dossier." Dans son livre, David Chandler attribue le document intitulé "Plan ultime" à Duch mais les co-procureurs, rapporte Me Roux, ont reconnu que ce texte n'avait pas été écrit pas l'accusé mais par Pon [important interrogateur de S-21], et Duch a confirmé que son écriture et celle de Pon étaient similaires. Et le Français d'insister sur le fait que cette information aurait dû être communiquée au témoin par l'accusation.

Les crimes d'obéissance

Puis, saluant son courage d'avoir abordé à la fin de son ouvrage sur S-21 les "crimes d'obéissance", Me Roux l'invite à expliquer l'expérience de Milgram, qui visait à déterminer le niveau d'obéissance d'un individu à une autorité qu'il juge comme légitime, ce qu'il évoque dans son livre. Il a été demandé à des volontaires, recrutés par annonce, d'administrer des décharges électriques de plus en plus fortes à des candidats - en fait des acteurs - en fonction des mauvaises réponses qu'ils donnaient à des questions. "70% des volontaires ont suivi les ordres visant à accroître la tension au point de dépasser le seuil de danger", rappelle David Chandler, et ce malgré les cris entendus de l'autre côté du mur par ceux censés recevoir ces décharges électriques. Dans cette mise en scène organisée à l'insu des volontaires, les ordres émanaient d'un professeur en blouse blanche, pour mieux incarner l'autorité. Les conclusions de cette expérience menée aux Etats-Unis au début des années 1960, et depuis répétée dans d'autres pays, n'ont jamais été remises en cause. Et David Chandler de faire un parallèle avec "la culture de S-21 et du Kampuchea démocratique où les gens qui donnaient des ordres étaient accoutumés à en donner et ceux qui les recevaient étaient accoutumés à obéir". "Il n'y avait pas, au Cambodge, de culture visant à questionner les ordres de quelqu'un qui représente l'autorité [...] J'ai utilisé cette expérience pour montrer comment, dans une situation comme S-21, l'obéissance est un facteur qui ajoute à l'horreur", formule l'expert, qui prend soin d'ajouter : "Cela n'explique pas tout, je pense, mais est utile pour voir à quel point des gens comme nous avons intégré le fait que si le responsable dit que c'est bon, alors ça doit être bon. Et cela se greffe sur la culture de S-21". Me Roux nuance à son tour : "Comprendre ne veut pas dire justifier".

Faire le mal, à la portée de tous

Enfin, Me Roux achève son interrogatoire sur ce qu'il estime être "la question fondamentale", à savoir la dernière phrase du livre de David Chandler : "Pour trouver la source du mal mis en œuvre chaque jour à S-21, nous ne devons finalement pas regarder plus loin que nous-mêmes". Le témoin ne se laisse pas piéger. S'il dit maintenir cette phrase, il précise dans le même temps qu'elle "n'a pas été placée en conclusion aux fins d'une procédure judiciaire". Cela, reprend-t-il, relève de notre capacité à faire le bien ou le mal, ce qui ne disculpe pas pour autant la personne qui fait le mal. "Je n'aimais pas entendre dire les gens 'regardez ces personnes, c'est le mal'. Mais moi, ce que je voulais leur dire, est qui sait ce qu'ils feraient s'ils se retrouvaient dans cette situation-là ?"

Tête d'Hô Chi Minh, faute de Nixon

L'accusé, très déférent envers le professeur, et à qui il dit tout son respect pour son travail, accepte sa remarque selon laquelle l'image du chien à tête d'Hô Chi Minh - devant laquelle on demandait aux prisonniers de se prosterner -  n'était pas un concept du PCK mais émanait de sa propre initiative. "Je pense que c'est une observation exacte. Je sais que ce n'était pas bien de faire cela. Mais je ne suis pas parvenu à l'époque à trouver une photo de Richard Nixon... !", justifie Duch, arrachant des sourires amusés dans la salle. Le 27 juillet, il avait contesté en audience une déclaration que l'éminent professeur lui a attribuée dans son livre et s'était dit prêt à répondre aux questions le moment venu, lors de la déposition de l'expert. Il n'en fut rien.

De Bizot à Chandler

La déposition de David Chandler n'est pas sans faire écho à celle de François Bizot qui, le 8 avril, avait, devant la Chambre, expliqué avoir découvert chez Duch, dont il a été l'otage, l'homme derrière le monstre - ce qui était précisément le plus terrifiant aux yeux de l'ethnologue français. Avec une différence. Tandis que le premier est arrivé à cette conclusion par analyse et construction intellectuelle, le second l'a éprouvé dans sa chair.

* Version originale : "Brother Number One", 1992
** Version originale : "Voices from S-21", 1999

 

Proces Duch - Aflluence ©John Vink/ Magnum
Kambol (Phnom Penh, Cambodge), le 6 août 2009. Plusieurs autocars, avec à leur bord des habitants de Siem Reap, ont quitté leur village à minuit afin de pouvoir assister à l'audience aux CETC dans la matinée
©John Vink/ Magnum




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5 Commentaire
Par Sarah 2009-08-09 17:13:28
Merci pour cet article très détaillé. On aurait aimé que David Chandler puisse s'exprimer plus longuement... Pourquoi n'a-t-il été convoqué qu'une journée ? Cette décision me laisse dubitative...
Heureusement, il a réussi à apporter des éléments intéressants en peu de temps !
Par Caro 2009-12-14 01:33:22
Très intéressant mais je ne trouve pas cela acceptable, expert ou non, d'en venir à cette conclusion, bien reprise par Me Roux evidemment, que nous sommes finalement tous capables d'en venir à commettre de telles atrocités et qu'il ne s'agit que de la partie sombre de l'être humain, car c'est faux, et bien heureusement il y a des gens, et quelles que soit la culture dans laquelle ils ont vécu, qui ont refusé dans des circonstances identiques d'être des tortionnaires, il y a des héros, il y a des gens qui refusent l'horreur et qui ont su être solidaires quelles qu'en soient les conséquences.
Ce ne sont que des pistes de réflexions, qui doivent permettre à élaborer des pistes de travail, rien qui puisse être cité comme conclusion.
Comme l'écrit Francis Deron dans "Le procès des Khmers rouges", il y a une tendance des défenseurs des droits de l'homme a tout excuser, et les salauds ont toujours de bonnes raisons d'être des salauds.
Tous les types qui ont collaboré à ça pour sauver leur petite peau sans jamais essayer de faire quoi que ce soit pour l'arrêtter ne sont pas de pauvres gens ordinaires plein d'humanité, pas d'accord.
Par Philip Short 2009-12-25 00:21:43
Caro a une vision des choses tres reductrice.
Il n'y a qu'une question a poser: si Caro etait dans une situation ou la desobeissance aurait entraine une mort immediate et probablement atroce, est-ce qu'il aura desobei? Je suis d'accord avec lui -- dans toute circonstance, on devrait agir selon sa conscience, meme au cout de sa propre vie. Mais est-ce que Caro le fera? Si oui, je le felicite: il est un authentique heros. Les gens de S21 ne l'ont pas fait: ils ont obei, et ils ont survecu. Demander aux autres de faire ce qu'on n'aurait pas le courage de faire soi-meme, ce que 99 pc de l'humanite n'aurait pas le courage de faire, c'est vraiment mettre la barre trop haute. Cela n'excuse pas le comportement des gens de S21, mais comme disait Francois Bizot, ca permet a comprendre. Ce n'est pas la meme chose. Dire que les salauds sont toujours des salauds -- ou est-ce que ca nous mene?
Par survivant 2009-12-26 19:28:38
Les Cambodgiens ne comprennent plus rien. Vous, les spécialistes, vous avez voulu ce procès pour « mettre fin à la culture d'impunité ». Vous dites que les Cambodgiens ne s'intéressent à l'histoire des Khmers rouges. Maintenant, vous dites que n'importe qui à la place de Duch aurait agi en grand criminel comme lui. Mais je pense que Duch a fait ce travail avec beaucoup de zèle non pas pour sauver sa peau, c'est parce qu'il a adhéré à l'idéologie de Pol Pot. Bref, je ne suis pas spécialiste, je n'étais qu'une victime. Merci pour vos belles paroles !
Par Caro 2009-12-28 02:55:37
@ Philip Short
Il n'y a pas "qu'une question" à poser, il y en a beaucoup, et c'est formidable que ce type de tribunal voit le jour et qu'il soit l'occasion d'une réflexion, mais il y a une certitude c'est que votre chiffre de 99 % de salauds dans la population sort de nulle part !..
C'est quoi cette théorie catastrophique ?..
On peut se demander aussi ou est-ce que ça mène de dire que les salauds ne sont pas des salauds, on as le droit aussi de se poser cette question là, et on as le droit de se demander quelles conséquences cela a pour les victimes de ces criminels, s'il n'y aurait pas à un moment quelque indécence vis à vis d'elles, on peut aussi se demander quel message reçoivent les salauds actuellement en poste, et si ce ne serait pas aussi le rôle de ces tribunaux de leur signifier clairement qu'un jour ils peuvent aussi se retrouver devant des juges qui savent faire la différence entre un criminel et une victime.
Je sais intimement et de façon absolument certaine qu'il me serait impossible de torturer et que je préfererais me suicider plutôt que de vivre un tel cauchemard, et je pense que beaucoup de gens sont dans le même cas, beaucoup plus que 1 %... A chacun sa lâcheté.
Dire à des victimes qu'elles auraient fait la même chose que le bourreau, ce n'est pas en arriver à un grand progrès dans l'humanité c'est en arriver à une grande confusion.
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