Khmer
    Français


Vendredi 21 Novembre 2008
09:20 (Phnom Penh)
Advertisement
Ka-set est un site d'information indépendant mis à jour quotidiennement en français et en khmer sur le Cambodge et les Cambodgiens d'ailleurs.

Rendez-vous

Ceux Qui Marchent Debout (concert)
 → ven nov 21 @06:00 - :0900:
Danses Apsara
 → ven nov 21 @07:00 - :0800:
"Sauvez l'écosystème" (documentaires)
 → ven nov 21 @08:00 - :1000:
50e anniversaire d'Enfants du Mékong (Paris)
 → sam nov 22 - dim nov 23
L'oiseau de paradis
 → sam nov 22 @04:00 - :0531:

Alerte

Recevez les derniers articles par courriel
Mille et une façons de s'adapter aux effets du changement climatique
Par Arnaud Dubus (correspondant régional de Libération)   
Convertir en PDF Version imprimable Suggrer par mail
11-12-2007

Kompong Thom

Route inondée dans la province de Kompong Thom, le 1er mars 2005
© John Vink / Magnum


Dans un pays fortement dépendant de l'agriculture comme le Cambodge, les effets du changement climatique se font déjà cruellement sentir. Une étude récente a en effet démontré que le royaume est beaucoup plus frappé par des périodes de graves sécheresses et d'inondations que dans le passé. Sans attendre une hypothétique réduction des émissions de dioxyde de carbone par les pays développés, les Cambodgiens s'organisent et tentent de développer des activités d'adaptation à ces évolutions climatiques.

Vêtue d’une belle veste brodée et d’un sarong multicolore, Mor Mayas a le visage perlé de sueur sous son krama à petits carreaux jaunes et noirs. Cette villageoise cham de 47 ans se tient debout devant une petite parcelle asséchée, d’où émergent de rares pousses de riz déjà flétries. « Cette année, le niveau de l’eau est monté. J’ai attendu qu’elle se retire pour planter les graines dans la pépinière. Mais ensuite l’eau est de nouveau monté et a détruit tous les jeunes plants de riz. A chaque fois que l’eau s’est retirée, j’ai recommencé à planter, mais la parcelle a été de nouveau inondée », dit-elle. Son village, Lavia Tam, est situé dans la province de Kratié, à l’est du Cambodge. C’est un ensemble de maisons, plutôt misérables, aux toits de feuilles et aux planches mal jointes qui s’alignent entre les eaux brunes du fleuve Mékong et une route poussiéreuse. Dans cette région, les pluies sont brutales et dévastatrices et le niveau du Mékong varie de manière imprévisible. Les inondations éclair sont aussi fréquentes qu’inattendues – un phénomène que des experts lient au réchauffement climatique.


La rizière ne suffit plus
Mor Mayas, dont le mari a été tué par les Khmers rouges et qui vit avec sa mère âgée de 95 ans, doit faire face aux conséquences dramatiques de ces variations climatiques sur la production agricole : cette année, elle ne pourra pas du tout compter sur le produit de sa rizière. « J’essaie de vendre de la soupe de riz. Je coupe aussi de grandes feuilles qui permettent de confectionner des toits et je les envoie à Phnom Penh pour les vendre. Un de mes frères est parti en Thaïlande pour y trouver un travail, mais il n’a pas donné de nouvelles depuis un an », dit-elle.

A une centaine de mètres de là, une autre paysanne est assise au bas de sa maison sur pilotis, allaitant un bébé qui toussote. Ses sept autres enfants se pressent autour d’elle. « Un de mes enfants avait une forte température, mais quand je touchais sa main, elle était froide. Je l’ai amené au centre de santé. Le docteur a dit que c’était la dengue. Quand il s’est rétabli, un autre est tombé malade. Cette année, un de mes enfants a contracté le paludisme et les sept autres la dengue », dit-elle. Dans une maison voisine, un homme émacié et sous perfusion est allongé à l’ombre ; il a attrapé le paludisme alors qu’il coupait du bois dans la forêt.

Un climat propice aux anophèles

Au centre de santé de la province, le docteur Cheam Sa Em confirme que la recrudescence des maladies est liée au changement du climat. « On constate qu’il pleut beaucoup. Parfois, il pleut sept jours continuellement, cela s’arrête pendant dix jours puis la pluie reprend. C’est très facile pour les anophèles de pondre leurs oeufs.  Nous prônons la prévention : dormir sous des moustiquaires imprégnées d’insecticide très tôt », dit-il.

L'urgence : s'adapter
Les débats sur le réchauffement climatique se focalisent le plus souvent sur la réduction des émissions de dioxyde de carbone et sur les seuils à atteindre pour les pays développés. Mais pour un pays au développement économique encore embryonnaire, comme le Cambodge, les effets du changement se font déjà cruellement sentir. Selon une étude du ministère de l’Environnement, 17 provinces du pays connaissent plus de périodes de sécheresse et d’inondations que par le passé. 70 % des pertes de la production agricole sont causées par ces intempéries. Dès lors, la priorité pour les autorités cambodgiennes est à l’adaptation aux effets du changement climatique. « Nous attendons du sommet de Bali [sur le réchauffement climatique] un engagement plus ferme sur les activités d’adaptation. Si vous regardez le premier protocole de l’accord de Kyoto, on parle seulement de mitigation, de réduction des gaz à effet de serre, pas d’adaptation. Il n’y a aucun engagement contraignant en ce qui concerne l’adaptation », indique Tin Punlork, un consultant au ministère cambodgien de l’Environnement qui a coordonné la rédaction d’un plan national d’action pour l’adaptation. « Le focus du plan est sur la gestion de l’eau et sur les façons d’améliorer le stockage de l’eau. Nous proposons aussi le développement d’une agriculture intégrée. Les paysans ne doivent pas seulement miser sur un seul type de culture. Ils doivent élever des animaux et cultiver des légumes et des arbres fruitiers, pas seulement du riz », argumente-t-il.

« Je travaille à 120 % de mon temps »
Cette stratégie d’adaptation commence à se concrétiser dans certaines provinces cambodgiennes. La province de Svay Rieng, proche de la frontière vietnamienne, est l’une des plus durement frappées par la sécheresse. Mais, dans le village de Thmei, la ferme de Méas Puth, entourée de rizières bien développées, d’étangs de pisciculture et d’arbres fruitiers organiques, fait figure d’oasis. « Mon secret, c’est que je travaille à 120 % de mon temps », lance Meas Puth, un jovial paysan de 68 ans à la peau foncée de ceux qui passent leur journée dans les rizières. Les étangs piscicoles servent de système d’irrigation pour les rizières. « Je remplis l’étang avec l’eau du puits. Si la rizière a besoin d’eau, je transfère l’eau de l’étang dans le champ. Et quand le niveau doit être abaissé, je pompe l’eau pour la transférer à nouveau dans l’étang », indique Kim Sa Poun, la femme de Méas Puth. Les alevins sont d’abord nourris dans la rizière inondée, avant d’être transférés dans l’étang quand ils ont atteint une taille suffisante. Cette ferme, qui bénéficie de l’assistance de l’ONG Paddek, une organisation partenaire d’Oxfam GB, produit aussi sa propre électricité en captant le méthane émis par un mélange d’engrais porcin et d’eau. La maison simple en béton et au sol carrelé atteste du bon niveau de vie de cette famille. Méas Puth s’est même offert un voyage au Viêtnam et en Thaïlande pour visiter d’autres fermes appliquant le développement intégré.

ONG et gouvernement tentent une approche concrète
Le gouvernement a introduit d’autres méthodes moins sophistiquées de culture pour aider les familles les plus frappées par la sécheresse. A Svay Rieng, une variété de riz « hors saison » permet de récolter le riz trois mois après l’avoir planté et en utilisant très peu d’eau. Ce riz à grain court se vend moins cher au marché que le riz saisonnier, mais il permet au moins aux familles de se nourrir pendant la plus grande partie de l’année. Le plus souvent, s’adapter aux effets du changement climatique signifie trouver des sources alternatives de revenus. L’ONG Oxfam GB distribue ainsi des bicyclettes aux familles les plus démunies « afin qu’elles puissent aller vendre au Viêtnam des gâteaux qu’elles ont confectionnés ». Cette nécessité d’adopter une approche concrète et immédiate est souvent noyée dans les complexes débats sur le réchauffement climatique. « Le côté humain est complètement oublié. On parle beaucoup de la façon dont les pays riches peuvent réduire leurs émissions de dioxyde de carbonne, mais cela c’est pour l’avenir. Maintenant, les gens des pays pauvres souffrent des effets de ce changement et on a complètement oublié leurs souffrances », estime Nicky Wimble, directrice de la communication à Oxfam GB.

Pour en savoir plus

Une association reconnue

Il ne faut pas compter sur ce fils d'agriculteur pour évoquer, ce que l'on découvrira fortuitement en surfant sur la Toile, les nombreuses distinctions déjà reçues par son association. Lo Chay reste discret à ce sujet, mais ne manquera pas de vous remercier chaleureusement pour l'intérêt que vous portez à son projet. 



Les limites du traitement par UV
Si la technologie de purification par ultraviolet a été retenue pour sa fiabilité et sa facile mise en oeuvre, elle comporte cependant deux limites, reconnaît sur son site l'association : "Elle ne peut pas potabiliser de l'eau polluée chimiquement et l'eau produite, contrairement au procédé chloré, n'est pas protégée contre les contaminations". D'où un certain nombre de précautions à prendre, bien enseignées aux opérateurs locaux.


Un projet qui fait des petits
Devant le succès du projet déjà remporté au Cambodge, l'association "1 001 fontaines pour demain" va exporter sa recette à Madagascar. Le mois prochain, des fontaines-test devraient être installées dans cet Etat insulaire de l'océan indien, situé au large de l'Afrique de l'Est. Si les résultats sont prometteurs, le projet s'y étendra, sur le modèle cambodgien.


L'accès à l'eau potable : problématique au Cambodge
Selon des statistiques de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l'Unicef, le Cambodge se classait en 2004 en deuxième place des pays les plus mal couverts en eau potable d'Asie. Ainsi, en zone rurale, qui concentre plus des trois quarts de la population cambodgienne, 74,6% des habitants n'ont pas accès à de l'eau saine, un chiffre qui tombe à 48,4% en zone urbaine. Par ailleurs, le taux de mortalité infantile s'établissait à 98 pour mille en 2005 (décès d'enfants de moins d'un an), selon l'OMS.