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Téléphone mobile et santé : le gouvernement cambodgien et les compagnies tentent de rassurer
Par Ros Dina   
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14-05-2009

Antennes - Phnom Penh ©Vandy Rattana

Phnom Penh (Cambodge). 11 mai 2009. Antennes de télécommunication du bureau des Postes, près du Wat Phnom
©Vandy Rattana

Après l'enthousiasme, voici venu le temps de la crainte : les Cambodgiens, fervents utilisateurs du téléphone portable, commencent à s'interroger sur les conséquences de ce petit objet, qui fait désormais partie intégrante de leur quotidien, sur leur santé. Alors que pas moins de huit compagnies se livrent une concurrence féroce sur un marché en plein essor au Cambodge, les antennes fleurissent sur les toits suscitant l'inquiétude des habitants. A Phnom Penh, les employés d'une société privée ont ainsi été stoppés par des riverains alors qu'ils installaient une nouvelle station au sommet d'un immeuble. Et les plaintes auprès des autorités de la capitale se multiplient. A tel point que le gouvernement a jugé bon d'organiser un séminaire sur la question, le 6 mai, tandis que la municipalité a annoncé la suspension des autorisations d'implantation de nouvelles antennes relais.


Plus de 4 millions de numéros

Maux de tête, fatigue, cancer, stérilité, impuissance... A en croire les rumeurs qui circulent dans les cafés de Phnom Penh, les téléphones portables et les stations de transmission sont coupables de bien des maux. Il y a encore quelques années, pourtant, rares étaient ceux qui s'interrogeaient sur les conséquences sanitaires de l'utilisation d'un nouvel objet avant tout synonyme de modernité et de liberté. Mais en très peu de temps, le paysage des télécommunications au Cambodge a considérablement évolué : le royaume compte aujourd'hui plus de 4,23 millions d'utilisateurs de téléphones mobiles (chiffre correspondant au nombre de numéros de téléphone enregistrés auprès du ministère des Postes et télécommunications) contre seulement 42 000 abonnées au réseau fixe sur une population de 13,4 millions. Et pour répondre à cette demande croissante, huit compagnies s'affrontent, implantant chacune de leur côté leurs propres antennes relais pour assurer à leurs clients une couverture la plus dense possible.

A Phnom Penh, où résident la majorité des consommateurs susceptibles d'utiliser (et de payer) les services de ces sociétés, on ne compte plus le nombre d'antennes qui ont poussé ces derniers mois comme des champignons. Les autorités municipales et le ministère des Postes et télécommunications (MPTC) sont d'ailleurs bien en peine de fournir un quelconque chiffre en la matière, dépassés par cette croissance fulgurante. Lar Narath, secrétaire d'Etat au MPTC en charge des questions techniques avoue ne disposer que d'un seul indice : l'une de ces huit compagnies compterait à elle seule près de 3 000 antennes dans l'ensemble du pays. Quant aux sept autres : mystère ! Mais une chose est sûre, affirme le haut fonctionnaire : "Phnom Penh en compte de plus en plus".

Phnom Penh, la ville des antennes

Un constat que les Phnompenhois peuvent faire eux-mêmes, en levant simplement le nez. Et cette évolution, si elle permet d'améliorer la qualité des réseaux, n'est pas du goût de tout le monde. Plusieurs communautés ont porté plainte auprès des autorités locales contre l'implantation, sans leur accord, de nouveaux équipements à proximité de leurs habitations. Pour installer une antenne relais, seul l'accord du propriétaire du bâtiment, qui signe un contrat de location de l'emplacement avec la compagnie de téléphonie et perçoit donc un loyer, est nécessaire. Les riverains, eux, n'ont pas leur mot à dire. La municipalité a toutefois fini par les entendre, décidant récemment de suspendre toute nouvelle installation. "Nous avons pris la décision d'interdire temporairement les installations nouvelles, parce que de plus en plus de compagnies décidaient de mettre des antennes n'importe où, ici et là, justifie Par Socheat Vong, vice-gouverneur de Phnom Penh. On finira par ne voir plus que des antennes sur les maisons de Phnom Penh. (...) Si chaque compagnie a ses propres antennes, Phnom Penh deviendra une ville d'antennes de téléphone !"

Pour limiter la prolifération de ces équipements, la municipalité suggère de réfléchir à une utilisation commune, par plusieurs compagnies concurrentes, de certaines stations existantes. "La suspension nous permet de prendre le temps de discuter des aspects techniques de cette solution avec le ministère de l'Aménagement du territoire, le MPTC et les opérateurs", précise le vice-gouverneur de Phnom Penh, qui ajoute que cette décision a également été prise pour des raisons sanitaires, dans l'attente de réponses claires sur les conséquences des ondes sur la santé des riverains et utilisateurs. "Les immeubles [sur lesquels sont installées les stations de base] sont partagés par plusieurs habitants. Cela n'a donc pas seulement des conséquences sur le propriétaire qui loue l'emplacement pour l'antenne mais aussi sur ses voisins. Certains s'inquiètent par exemple du fait qu'on installe des lourdes antennes sur les toits d'immeubles qui ne sont pas conçus pour supporter un tel poids, argumente le responsable local. Nous devons régler ces questions avec les compagnies avant de lever la suspension."

Opération de charme

Pour répondre à ces interrogations, justement, le MPTC organisait jeudi 6 mai un séminaire sur "les technologies de téléphonie mobile et leurs impacts", donnant essentiellement la parole à la défense, à savoir les compagnies de téléphonie, lesquelles se sont montrées logiquement rassurantes.

Sze Peng Tan, directeur de la société Ericsson au Cambodge a ainsi rappelé quelques données techniques. L'émission maximale d'un téléphone mobile se situe autour de 0,5W, tandis que celle  d'une station de base peut aller jusqu'à 100 W, soit "moins que les émetteurs de télévision (1000W) ou de radio, de puissance dix fois supérieure aux antennes de téléphonie mobile", a-t-il spécifié. Des taux qui sont en tout cas en-dessous des normes internationales, notamment celles recommandées par l'ICNIRP, et ne représentent donc pas de danger pour les utilisateurs de téléphone et les riverains des équipements, a martelé le représentant de la société suédoise au Cambodge, citant à plusieurs reprises les conclusions optimistes de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sur le sujet.   

Coup de foudre ?

Mike Aguilar, représentant de la société Solution for Cambodia (Alcatel Lucent), qui fournit des antennes et des équipements de réseau de téléphonie mobile, entre autres, a pour sa part mis l'accent sur la sécurité et la qualité du matériel utilisé, niant également tout risque sanitaire. "Nos antennes sont sécurisées. Nous produisons du matériel dont les émissions sont très faibles, pour garantir la sécurité des utilisateurs", a-t-il déclaré, revenant longuement sur l'une des craintes soulevées lors de ce séminaire : le fait que ces antennes risqueraient d'attirer la foudre, dans un pays déjà fortement exposé. Sur le même thème, Thomas Hunot, directeur général de la compagnie Latelz (propriétaire du  nouvel opérateur au Cambodge Smart Mobile), a souligné qu'aucun foudroiement dû à une antenne de téléphonie mobile n'avait été signalé à Phnom Penh, les équipements étant dotés de protection selon lui suffisantes qui limitent les risques en cas d'orage.

 

bonze - telephone - Kep ©John Vink / Magnum
Kep (Cambodge), le 27 octobre 2007
©John Vink/ Magnum


Il n'en fallait guère plus au ministre des Postes et télécommunications cambodgien So Khun pour conclure avec enthousiasme que tout risque lié aux téléphones mobiles et aux antennes est aujourd'hui nul au Cambodge. "Les téléphones mobiles n'ont pas de conséquences sur la santé des habitants. Les compagnies ont montré que les dangers étaient très faibles", s'est réjoui le représentant du gouvernement à l'occasion de ce séminaire, se risquant tout de même à faire une petite recommandation aux compagnies concernées : "Lorsque vous installez des antennes à l'intérieur ou l'extérieur des habitations, veillez à ne pas porter préjudice aux habitants"... Pour ce qui est de la foudre, le ministre fait entièrement confiance au bon sens des investisseurs : "Les compagnies qui installent les antennes prennent beaucoup de précaution. Les coûts d'installation sont élevés. Donc si l'antenne venait à être détruite par la foudre, cela leur coûterait très cher et interromprait le réseau".

L'autorégulation, faute de moyens

Pour les compagnies, mener des activités qui mettraient en péril la santé de leurs clients reviendrait à se tirer une balle dans le pied, estime So Khun : "Votre développement doit forcément garantir la sécurité des consommateurs cambodgiens. Si les utilisateurs ont des problèmes de santé lorsqu'ils se servent de vos équipements, alors vous mourrez aussi"... Or les compagnies, "qui participent au développement" du pays, ne sont pas suicidaires, veut croire le ministre, visiblement favorable à la fin du moratoire décrété par la municipalité de Phnom Penh. Il est vrai que, faute d'une quelconque autorité ou d'un quelconque organisme capable de contrôler et mesurer la qualité des infrastructures mises en place par les sociétés privées et leur respect des normes, le gouvernement a tout intérêt à convaincre des bienfaits de l'autorégulation, dans un secteur de la téléphonie qui connaît une croissance annuelle de près de 40% et rapporte tout de même 30 millions de dollars par an, selon le MPTC.

Dans ce concert de louanges sur le rôle et les responsabilités assumées par les sociétés intervenant au Cambodge dans ce secteur, les médecins ont eu peu la parole, seuls les documents de synthèse de l'OMS ayant été cités. Mais pour le directeur du programme national pour la santé mentale, le Dr Ka Sunbaunat, consulté ultérieurement par Ka-set, le sujet ne vaut vraiment pas la peine de s'alarmer. Il se range lui aussi dans la catégorie des fervents défenseurs des téléphones portables, affirmant même en posséder personnellement... "une vingtaine" !

"Parler beaucoup donne mal à la tête"
"Jusqu'à présent, on n'a jamais rencontré quiconque qui souffrait d'un problème dû [aux ondes de téléphones portables]", tranche le médecin. Certes, "la prolifération des antennes due à la concurrence entre les compagnies pollue l'environnement", admet-il, mais de là à dire qu'elles nuisent à la santé... "J'utilise moi-même beaucoup le téléphone et je n'ai jamais eu de maux de tête. A mon avis, les problèmes sont davantage dûs à la fatigue, au travail, au fait de devoir réfléchir et se concentrer lorsqu'on reste longtemps au téléphone... Quand on est fatigué et qu'on passe un coup de téléphone, ça donne mal à la tête ! Mais cela ne vient pas du téléphone lui-même", assure-t-il.

De même, une utilisation abusive de casque audio, pour écouter la musique, ou simplement le fait de parler longuement et fort suffit à émettre des vibrations néfastes sur le tympan susceptibles de "provoquer des micro-traumatismes", affirme le médecin cambodgien, invitant ses compatriotes à "chercher à identifier l'origine de leurs maux de tête" avant de "parler à tort et à travers sur des choses qu'ils ne connaissent pas"...

Téléphoner, boire ou fumer...

Pour le Dr Ka Sunbaunat, le danger réside bien plus dans l'attitude des utilisateurs de téléphone, source de conflit ou d'accident, que dans l'objet lui-même ou les ondes des antennes relais : "Certains mettent la sonnerie extrêmement fort, d'autres hurlent au téléphone, d'autres encore utilisent le téléphone en conduisant sans réfléchir aux autres véhicules... Ces attitudes sont néfastes, oui. Mais il n'y a pas de preuve précise montrant un impact direct des ondes sur la santé", ironise-t-il. Quant aux rumeurs faisant état de problèmes cardiaques lorsqu'on place un téléphone dans une poche contre le cœur, il les écarte aussi, seules les personnes portant un pace-maker devant en effet prendre des précautions selon lui. "Ce qui est vraiment plus dangereux pour la santé, c'est de boire de l'alcool ou de fumer,  ce que les gens oublient trop souvent ! insiste encore le docteur phnompenhois. Les Cambodgiens se préoccupent aujourd'hui de leur téléphone, mais par contre, quand ils boivent ou fument, ils ne se posent pas de questions quant aux conséquences..."



Ailleurs sur le Net
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- L'Organisation mondiale de la santé publie, sur une page consacrée à la "téléphonie cellulaire", des documents de synthèse, rapport et informations sur les normes recommandées et les études menées dans ce domaine 

- "Une étude sur les ondes GSM inquiète", article publié dans le quotidien belge Le Soir (24-06-2008)

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