
Cambodge (2008). Parmi les 24 nouvelles espèces découvertes au nord-est du pays, le long du Mékong, ces arums "Amorphophallus" © Pranee Palee / WWF Entre les villes de Kratié et de Stung Treng, au nord-est du Cambodge, une section de 55 km de long du Mékong se révèle être d'une très grande biodiversité, tant sur un plan national que mondial, selon une série d'enquêtes menées conjointement par l'organisation WWF (World Wide Fund), l'administration des pêches et l'administration forestière du ministère cambodgien de l'Agriculture en 2006 et 2007. Ces études, relève un communiqué de WWF publié jeudi 15 janvier, ont conduit à d'étonnantes découvertes, notamment d'une nouvelle espèce que ne connaissaient pas les scientifiques, 24 espèces nouvelles sur le sol cambodgien et 36 espèces sauvages menacées inscrites sur la Liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature.
La nouvelle espèce dénichée dans cet espace surnommé "la section centrale" par les scientifiques, est une espèce végétale qui répond au nom de Amorphophallus (arum titan). D'autres découvertes d'espèces végétales, de poissons et de reptile rares pour le Cambodge, se partagent la vedette. Les plus grandes populations mondiales de deux espèces d'oiseaux, les Ibis de Davison et les bergeronnettes du Mékong, sont également présentes dans cette zone, ainsi que certaines des plus importantes colonies reproductrices d'Asie du Sud-Est d'hirondelles paludicoles et des nids de tortues géantes menacées. D'une tout aussi grande valeur est la découverte d'une région presque vierge de hautes forêts en bordure du Mékong, de voies navigables et d'archipels, ainsi que d'une remarquable section inhabitée de la rivière de 40 à 50 km de long. "Le gouvernement royal du Cambodge reconnaît l'importance à préserver les ressources du Mékong pour la biodiversité, la sécurité alimentaire nationale et le développement et reflète ce besoin dans les objectifs définis dans la Stratégie nationale de la biodiversité et le plan d'action de 2002", souligne Seng Teak, le directeur de WWF Cambodge. Et pour que ces objectifs soient atteints, il est nécessaire dans un premier temps de documenter la biodiversité et les ressources naturelles du Mékong. Les auteurs de cette étude expliquent en outre que cette zone abrite probablement le dernier habitat d'eau douce approprié pour les dauphins Irrawady, sérieusement menacés de disparition. "A l'inverse des principales sections du Mékong au Cambodge, comme au Laos, en Thaïlande et au Vietnam, cette zone-là reste relativement intacte de toute activité humaine", fait valoir Richard Zanre, un responsable de WWF. Une région, est-il rappelé, qui fut l'un des derniers bastions khmers rouges et est donc restée inaccessibles aux agences locales et étrangères jusque fin 1998. Cependant, les choses évoluent rapidement et l'homme a commencé à menacer cette zone : déforestation, nettoyage des berges pour y construire des maisons et y planter des rizières, pêche intensive, et trafic d'espèces sauvages se multiplient à grande vitesse, de même que la construction de nouvelles infrastructures, relatives à l'eau ou l'extraction des sols, la construction de routes, etc. "Sans contrôle approprié, ces activités vont vite dégrader cette écologie locale, épuiser les ressources naturelles et il en résultera de graves impacts sur le long terme tant pour la subsistance des habitants du cru que pour la biodiversité", met en garde WWF. C'est pourquoi il avait été proposé, lors d'un séminaire en 2008, que cette "section centrale" fasse l'objet d'une "gestion spéciale". Aujourd'hui, WWF et ses partenaires travaillent sur un programme destiné à aider les agences nationales et provinciales à gérer de manière efficace ce site, notamment en formant les ressources humaines dans ce domaine et en organisant des campagnes de sensibilisation auprès des communautés locales qui y sont présentes. Une mobilisation, si elle réussit, qui pourrait permettre de préserver cette biodiversité exceptionnelle.
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