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Monika, une lycéenne cambodgienne qui carbure au bio
Par Laurent Le Gouanvic   
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26-06-2008
Cambodge - Zaman - biodiesel - Monika Lavan © Vandy Rattana
Phnom Penh, juin 2008. Monika Lavan, 17 ans, a concoté son "Coconut Biodiesel"
entre le laboratoire du lycée Zaman et la cuisine familiale
© Vandy Rattana

 

Fabriquer du carburant avec des noix de coco : l'idée n'est certes pas nouvelle mais elle a permis à une lycéenne phnompenhoise, Monika Lavan, de décrocher une médaille d'argent dans un concours international de projets scientifiques à vocation environnementale, organisé à Houston (Texas, Etats-Unis). Cette jeune Cambodgienne de 17 ans a prouvé qu'il était possible, avec des moyens simples et un subtil mélange de savoir-faire traditionnel et d'innovation, d'élaborer un diesel biologique de qualité, 100% made in Cambodia. L'expérience s'étant révélée concluante, elle compte bien poursuivre ses recherches. Portrait de cette "Géo Touvetout" du Cambodge.

 

"Des nouveaux horizons pour le Cambodge"
Dans le salon familial des Lavan trône en bonne place un grand panneau détaillant en anglais formules chimiques et descriptions savantes sur le processus de fabrication de biocarburant à base d'huile de coco. Cette présentation a valu à Monika Lavan, élève au lycée Zaman International de Phnom Penh, d'être sélectionnée pour participer aux Olympiades internationales des projets pour un monde durable (I-Sweeep), une manifestation qui a réuni au début du mois de mai 2008 des jeunes scientifiques du monde entier dans la capitale du Texas. Son projet, intitulé "Le biodiesel de noix de coco peut ouvrir de nouveaux horizons au Cambodge", lui a permis de décrocher une médaille d'argent dans la catégorie "Energie Senior", faisant d'elle la meilleure candidate d'Asie du Sud-Est, un étudiant sud-coréen ayant obtenu une médaille d'or pour un projet de biocarburant à base cette fois-ci de paille de riz.

"Quand j'ai vu l'appel à candidature affiché au lycée, j'ai tout de suite eu envie de participer, raconte avec enthousiasme la jeune femme. J'avais déjà mené quelques recherches personnelles sur les énergies renouvelables et quelques cours avaient été dispensés au lycée sur les questions environnementales. Après des recherches sur Internet, j'ai rapidement trouvé mon sujet : un diesel à base de noix de coco." Pourquoi les noix de coco ? "Le Cambodge étant un pays tropical, j'ai réfléchi à un produit qui était disponible en grande quantité et facile à obtenir. Les biocarburants peuvent être produits à partir de n'importe quelle huile végétale. Pourquoi pas avec des noix de coco, qui poussent très facilement ici ?"

Une recette de grand-mère
La scientifique en herbe commence sur le champ ses travaux. Elle demande conseil à ses enseignants, consulte sites internet et ouvrages spécialisés sur la question et, surtout, s'enquiert auprès de sa grand-mère et de paysans du cru de la méthode la plus couramment utilisée dans les campagnes pour produire aisément et à moindre coût une huile de coco de qualité. "Il existe plusieurs techniques pour obtenir de l'huile à base de noix de coco mais certaines, comme celle utilisant le coprah, nécessitent une machine. Or je voulais recourir à un procédé traditionnel qui ne requiert pas d'équipement particulier, facile à appliquer et conforme à ce que font les paysans cambodgiens, pour que ce soit transposable dans les campagnes du Cambodge", explique-t-elle.

Monika s'est donc équipée d'une simple râpe artisanale (des lames montées sur un petit moteur lui-même branché sur une batterie de voiture et fixé sur une bassine en plastique)... Elle a ensuite suivi scrupuleusement la recette de sa grand-mère qui permet d'obtenir de l'huile par une minutieuse cuisson du lait de coco.     

Entre le labo de l'école et la cuisine familiale
Commence alors la partie "scientifique" de l'opération, que Monika se plaît à détailler comme si elle racontait une histoire. Une histoire faite de mélanges de méthanol et de potassium hydroxide devenus méthoxyde et d'étranges formules incantatoires ("CH3OH + OH- donnent CH3O- + H2O"), qui après moult rebondissements incluant cuisson, lavage, évaporation, se conclut par la formation d'un précieux nectar : le "coconut biodiesel". Rien de plus simple, affirme la jeune femme, qui se fera un plaisir d'en donner les détails aux éventuels amateurs. Cette expérience, rappelle-t-elle, elle l'a menée entre le laboratoire de son lycée et la cuisine familiale, utilisant ici un mixeur bon marché, là une bouteille de soda recyclée...

Une fois terminé le processus de fabrication, qu'elle détaille telle une recette de cuisine, restait encore à effectuer des tests pour évaluer les qualités du produit, notamment en termes de densité et de viscosité. Monika, du haut de ses 17 ans, n'a pas hésité à frapper à la porte de l'Autorité nationale du pétrole du Cambodge. Autant dire que les laborantins de l'institution, dont la tâche consiste essentiellement à vérifier la qualité du carburant importé par les grandes compagnies pétrolières, n'avaient encore jamais eu à traiter une demande de la part d'une lycéenne... Ils se sont finalement exécutés et leurs conclusions les ont eux-mêmes surpris : le "Coconut biodiesel" de Monika est parfaitement utilisable, du moins dans un pays chaud comme le Cambodge, au même titre qu'un diesel classique.

"C'est possible !"
La jeune phnompenhoise n'a pas testé en grandeur nature son cocktail bio, son expérience n'ayant porté que sur une faible quantité. Le but de l'opération n'était d'ailleurs pas de se lancer dans une production à grande échelle d'une source de carburant déjà bien connue des industriels et dont la rentabilité est encore limitée. "L'idée est plus de démontrer que c'est possible et simple, martèle Monika. J'aimerais maintenant entreprendre des expériences avec d'autres plantes au Cambodge, qui permettraient une production supérieure. L'idéal serait de pouvoir diversifier les sources de production et pas seulement avec des denrées alimentaires."

Le prix de Monika pourrait l'aider à décrocher une bourse d'études à l'étranger, espère-t-elle, l'un des principaux objectifs de ces Olympiades étant de faire se rencontrer jeunes scientifiques prometteurs et entreprises privées qui souhaitent parrainer leurs études. "Les responsables des grandes entreprises américaines passaient devant les stands pour repérer les étudiants. La plupart des lauréats américains sont quasiment assurés d'avoir une bourse. Pour nous, au Cambodge, c'est plus difficile... Les entreprises ne voient pas encore l'intérêt d'aider les étudiants cambodgiens et préfèrent employer des ingénieurs étrangers. C'est aussi pour cela que je veux devenir une bonne ingénieur."

 

Pour en savoir plus

Quand les sciences rendent célèbre
Depuis qu'elle a obtenu une récompense au concours I-Sweeep, Monika Lavan a eu droit à de nombreux éloges de la part de la communauté des blogueurs du Cambodge, qui ont souligné sa jeunesse et son dynamisme. Elle a ensuite eu les honneurs des médias locaux. En revanche, la jeune femme n'a à ce jour pas reçu un mot de félicitation de la part des autorités cambodgiennes.

I-Sweep, rendez-vous des scientifiques en herbe
Le concours "International Sustainable World (Energy, Engineering and Environment) Project Olympiad", ou I-Sweeep, organisé cette année du 1er au 5 mai, a rassemblé près de 800 étudiants, sélectionnés parmi plus d'un millier de candidats, venus de 51 pays. L'objectif de ces olympiades mises en place par la fondation Cosmos est de récompenser des jeunes scientifiques qui ont réalisé des petits travaux de recherche en lien avec la protection de l'environnement. Plus d'un participant sur deux, issus d'une première sélection, a obtenu une récompense, une médaille d'or "senior" donnant droit à un prix de 1 500 dollars, et l'argent, décroché par Monika Lavan, à 1 000 dollars. L'intérêt de cette manifestation est aussi et surtout de mettre en relation ces étudiants avec des entreprises susceptibles de parrainer leurs études.
Plus de renseignements sur le site I-Sweep