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Quand Phnom Penh prend des airs... de ville polluée
Par Stéphanie Gée et Ros Dina   
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19-06-2008

Phnom Penh - pollution atmospherique © John Vink / Magnum
Phnom Penh, 20 mars 1999. Sortie de la capitale cambodgienne, route numéro 1
© John Vink / Magnum

Administration publique, sécurité, foncier, infrastructures, éducation, santé, énergie, secteur privé... L'environnement brille par son absence dans le rapport, rendu public fin mai par la municipalité de Phnom Penh, de son bilan 2005-2008. Pourtant, en quatrième de couverture, elle a pris soin de rappeler ses premiers prix obtenus au Sommet de l'environnement des mairies d'Asie-Pacifique en 2006 en Australie et au Forum international du leadership, en 2007 à Londres, placé sous le thème de l'environnement. Des récompenses qui masquent cependant une réalité : la capitale cambodgienne, avec ses quelque 1,5 millions d'habitants et ses dizaines de milliers de véhicules, toujours en augmentation, souffre à son tour du mal des grandes cités, la pollution atmosphérique.

 

Un constat inéluctable
Le gouverneur de Phnom Penh, Kep Chuktéma, reconnaissait le 5 décembre 2007 à l'occasion du Forum international du leadership à Londres que le trafic routier exponentiel posait un problème toujours plus aigu dans sa ville. Il avançait les nombres approximatifs de 130 000 voitures et de 700 000 motos, et mettait en avant les systèmes "inadéquats" de transport public - les quelques tentatives initiées ayant échoué - et l'absence d'entretien et de gestion du réseau routier "appropriés". De fait, "près de 30% des rues de la ville - d'une longueur estimée de 4 800 km - ne sont pas pavées. Ce qui provoque de la poussière...", ajoutait le chef de la municipalité de Phnom Penh.

A cela s'ajoutent l'utilisation encore prédominante par les habitants de systèmes de gaz et autres installations anciennes et dangereuses (comme par exemple les générateurs, toujours nombreux en raison d'un réseau électrique encore défaillant), et les fumées souvent toxiques émanant des déchets brûlés. Et encore, dans une moindre mesure, les émanations polluantes des usines, concentrées pour l'essentiel en périphérie de la capitale du Cambodge.

Le dernier rapport du ministère cambodgien de l'Environnement, publié fin mai, indique sur les 1 357 sources de pollution identifiées à Phnom Penh (usines, commerces, déchèteries, établissements touristiques, etc.), "308 se sont avérées être polluantes". Il ne tire cependant pas la sonnette d'alarme, affirmant que le niveau de pollution est inférieur au seuil estimé "dangereux".

Un train de mesures
Améliorer l'état des routes, mieux maîtriser le trafic en vue de réduire les embouteillages, augmenter les espaces verts et arbres le long des rues avec comme objectif une ville "à 30% verte", contrôler l'état des véhicules et des combustibles... Les idées comme les bonnes intentions (objectif d'éliminer l'utilisation de toute substance dangereuse pour la couche d'ozone d'ici 2015...) ne manquent pas, mais les ressources humaines et les moyens d'application oui.

Le Cambodge est pourtant signataire de nombreuses conventions relatives à l'environnement atmosphérique comme la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique, la Convention contre la désertification ou encore le Protocole de Kyoto.   

Les véhicules montrés du doigt
Avec l'élévation du niveau de vie de la population, l'importation des véhicules ne cesse d'augmenter. Ainsi, "entre 20 000 et 25 000 véhicules ont été annuellement importés au Cambodge depuis fin 2005", selon Pen Siman, à la tête des douanes, qui précise que l'année 2007 a vu leur nombre s'élever à quelque 30 000. Or seulement 20 % de ces véhicules importés seraient neufs...

Selon Ouch Chandara, responsable du contrôle technique au Département des transports au ministère des Travaux publics et des transports, "seulement 20 % des véhicules du parc automobile ont passé le contrôle technique". Ce sont généralement le fait de propriétaires de nouvelles voitures qui ont besoin d'obtenir une plaque d'immatriculation, une procédure couplée obligatoirement par un contrôle technique, explique-t-il. "Après, on ne les revoit plus ! Seuls les véhicules de transport de marchandises reviennent nous voir... On ne peut pas les forcer et eux ne veulent pas s'astreindre à cet examen, payant, et qui peut entraîner des réparations de leur véhicule", souligne le responsable.

Aucune loi ne peut en effet mettre à l'amende les contrevenants. "On ne peut que les éduquer en les sensibilisant à la protection de l'environnement", admet-il, relevant qu'utiliser une voiture qui a déjà quelques années de circulation au compteur n'est pas le problème, mais plutôt son entretien. La prise de conscience auprès de la population n'est pas une mince affaire quand les habitants restent davantage préoccupés par faire bouillir leur marmite, conclut-il.

Si les transports sont à l'origine de l'essentiel de la pollution atmosphérique, ce n'est pas tant à cause de leur utilisation croissante que de leur défection, les véhicules d'occasion dominant le marché à 95%, selon la Chambre de commerce franco-cambodgienne.

La situation pourrait cependant évoluer à l'avenir. Le ministre du Commerce Cham Prasidh a fait part, lundi 16 juin, de son intention d'interdire dorénavant l'importation de voitures et motos fabriquées avant 2000 pour que le Cambodge cesse d'être la poubelle des véhicules d'un autre âge, particulièrement polluants.

La pollution atmosphérique étudiée
Le 10 juillet 2000, un sous-décret portant sur la pollution atmosphérique et la nuisance sonore voyait pourtant le jour, établissant des standards pour la qualité de l'air ambiant et des limites d'émission des sources fixes et mobiles de pollution, et prévoyant des inspections des sources de pollution et des sanctions à l'égard des pollueurs.

A ce jour, Phnom Penh compte quatre stations où sont relevés les niveaux de pollution atmosphérique, les premières ayant été implantées dès 2000 : au carrefour de Toul Kork, à Kbal Tnuol, au rond-point du Stade olympique et au croisement des boulevards Monivong et Charles de Gaulle. "Les analyses ne sont effectuées qu'une fois par mois et seuls trois indicateurs de la qualité de l'air sont pris en compte : le monoxyde de carbone, le dioxyde de sulfure et le dioxyde de nitrogène", explique Heng Nareth, directeur du département du contrôle de la pollution environnementale au ministère.

Des analyses guère fiables
Outre les inspections mensuelles que ses équipes conduisent dans les usines, la pollution atmosphérique par les transports retient toute l'attention de son département, cependant mal équipé. "D'après l'analyse des relevés que nous effectuons, nous sommes en dessous des seuils jugés inquiétants", claironne Heng Nareth, qui prévoit d'augmenter le nombre d'indicateurs et de pousser plus avant les capacités d'analyse. Au fil de la conversation, il reconnaît cependant que les données ainsi obtenues ne sont pas fiables. "Pour avoir des résultats précis, nous devrions avoir recours à des appareils de contrôle automatique qui mesureraient l'air toutes les heures", ajoute-t-il, d'autant plus que les relevés manuels effectués par ses équipes interviennent en dehors des heures de trafic dense... Mais voilà, un appareil d'analyse coûte près de 20 000 dollars. Heng Nareth a déposé une demande de subventions auprès du gouvernement et fait appel aux pays donateurs. Jusque-là, il n'a pas été entendu. En attendant, il mise beaucoup sur l'éducation de ses concitoyens, acculés, pour les plus scrupuleux d'entre eux, à porter un masque, faible rempart contre une pollution grandissante, à l'origine de nombreuses maladies respiratoires.

 

Pour en savoir plus

Lire aussi sur Ka-set
- Changement de décor pour les ordures de Phnom Penh (22-05-2008)
- Païlin, ville de poussière (10-04-2008)
- A Chom Chao, les ordures s'envoient en l'air (03-04-2008)

Sur le Net
- Discours du gouverneur de Phnom Penh Kep Chuktéma sur l'amélioration de l'environnement local, prononcé le 5 décembre 2007 à l'occasion du Forum international du leadership à Londres
- Site sur le rechauffement climatique présenté par le ministère de l'Environnement du Cambodge
- Rapport de synthèse sur la gestion de la qualité de l'air en ville au Cambodge par la Banque asiatique de développement (ADB)
- Sous-décret portant sur la pollution atmosphérique et la nuisance sonore au Cambodge (traduction en anglais non officielle publiée sur le site Mekong Info, réseau d'échange d'information sur la gestion des ressources naturelles dans les pays du Mékong)