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Le paludisme au Cambodge : la lutte à la croisée des chemins
Par Samuel Bartholin   
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24-04-2008

Cambodge-malaria-paludisme-attente © John Vink / Magnum
Trapeang Prasat (Oddar Meanchey), 24 décembre 2003. Attente des résultats de tests de malaria
© John Vink / Magnum

Les zones humides et boisées du nord-ouest du Cambodge offrent un environnement propice à la reproduction des moustiques, premiers vecteurs de parasites en tout genre. S'ajoutent à cela, dans les zones frontalières, des déplacements accrus de population qui compliquent la lutte engagée contre le paludisme, et obligent à renforcer les efforts en matière de veille. Alors qu’une nouvelle stratégie doit être mise en place dans cette région, le secteur public de la santé doit maintenant faire la preuve de ses compétences.

 

Le 25 avril marque la journée internationale de lutte contre le paludisme - la plus internationalement connue des maladies infectieuses - qui touche toujours le Cambodge, quoique sans doute en proportion moindre que par le passé.

La malaria en décrue
Les statistiques dressées par le Centre national de malariologie du Cambodge montre année après année une décrue de la malaria (l’autre nom du paludisme), avec moins de 60 000 cas en 2007 (dont 241 mortels), le taux le plus bas observé en dix ans. Ces données ne portent cependant que sur les hôpitaux publics du pays : la couverture médicale encore imparfaite, et le recours beaucoup plus large et non comptabilisé au secteur privé (de 60 à 80% des patients, selon les sources) font que ces chiffres ne doivent servir, au mieux, que d’indicateurs. Ils montrent cependant une tendance positive, liée au développement du pays (amélioration de l’accès aux soins, des infrastructures), une corrélation déjà observée dans les pays voisins, Thaïlande et Vietnam.

Des parasites de plus en plus résistants
Mais la modernisation implique également davantage de circulation des personnes, faisant apparaître des risques spécifiques. Ainsi, le Nord-Ouest voit apparaître des types de parasites (les microbes, transmis à l’homme par les piqûres de moustiques) de plus en plus résistants aux traitements classiques. La raison : l’importante circulation de travailleurs migrants entre la Thaïlande et le Cambodge, dans une zone encore caractérisée par une importante couverture forestière (condition d’épanouissement de la malaria en Asie du Sud-Est). "C’est là que se situent les plus grands problèmes, explique Doung Socheat, directeur du Centre national de malariologie. Les gens qui se déplacent de part et d’autre de la frontière ne vont pas suivre leurs prescriptions de médicaments, ou alors prendre des contrefaçons, augmentant ainsi la résistance des parasites."

 

Cambodge-malaria-test © John Vink / Magnum

Trapeang Prasat (Oddar Meanchey), le 24 décembre 2003. Test de malaria au dispensaire.
Le 23 de ce mois, 12 tests sur 17 s’avéraient positifs
© John Vink / Magnum


Des experts bientôt au chevet du Nord-Ouest
I
l y a quelques mois, de grands acteurs au niveau de la planète dans le domaine de la santé, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Fondation Bill et Melinda Gates, ont annoncé le déblocage d’importants moyens financiers pour "éradiquer" le paludisme. Au Cambodge, ce plan doit se traduire par une vaste stratégie pour scruter "à la loupe" le Nord-Ouest, avec suivi particulier des personnes contaminées, recherche sur les nouveaux parasites et informatisation des résultats. Un programme impressionnant, en termes d’ambitions et de moyens. "Mais qui ne pourra atteindre ses objectifs, commente Philippe Guyant, de l’organisation non gouvernementale Partners for Development, que si le renforcement du système de santé de base se poursuit conjointement." Et dans ce domaine, nul n’ignore, malgré les progrès évoqués plus hauts, qu’au Cambodge, énormément de chemin reste à parcourir.

La relève par le service public attendue
 Les plaies du secteur public de la santé sont connues : défauts de moyens, absentéisme de personnels sous-payés, etc. Des traits encore plus accentués dans les zones isolées et boisées où la malaria sévit. Pendant des années, les organisations non-gouvernementales se sont purement et simplement substituées à ce système défaillant. Aujourd’hui, celui-ci relève la tête, et entend logiquement reprendre à sa charge ce qui a jusqu’ici reposé sur d’autres. Mais ce faisant, il lui incombe aussi de faire face à ses responsabilités. Dans la province du Ratanakiri, où la malaria est endémique, Per Vogel, responsable de l’ONG Health Unlimited, dit "espérer de tout coeur que le département provincial de la santé réussira", malgré les inquiétudes provoquées par la récente décision de réduire le champ de compétences de son organisation dans le contrôle du travail des agents de santé locaux.

Des initiatives pertinentes
Certaines réalisations vont cependant dans le bon sens, telle la généralisation des "Village Malaria Workers", des villageois formés à répondre aux premiers signes de la malaria, véritable réseau de veille dans les villages éloignés et peuples de minorités ethniques du nord et du nord-est du Cambodge, bientôt étendu au Nord-Ouest. Tous les observateurs en conviennent, c’est par cette attention du secteur public portée à la base, alliée au meilleur de la créativité des ONG (entre autres initiatives heureuses, du théâtre en langue phnong incitant à la prévention par l’ONG Nomad, ou les recherches sur des répulsifs naturels par l’ONG Médecine de la nature) que les objectifs de victoire sur la malaria pourront être atteints.

 


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