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Le carburant, c'est de la balle de riz !
Par Ros Dina   
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03-07-2008

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Le système de gazéification de la biomasse requiert un minimum
d'espace et une coquette somme d'argent : 75 000 dollars
D.R.

Frappés de plein fouet par la hausse du prix du pétrole, des petits entrepreneurs cambodgiens aux activités fortement consommatrices en carburant se sont équipés de générateurs électriques utilisant du gaz produit à partir de balle de riz, en combinaison avec du diesel ordinaire. Pas moins de dix entreprises de décorticage de riz en sont désormais équipées et dix autres de ces générateurs "verts" devraient être livrés au Cambodge au cours des prochains mois, malgré un coût d'investissement initial encore élevé. Les économies réalisées, affirment les premiers utilisateurs cambodgiens, valent la chandelle. Et l'environnement ne s'en porte que mieux, puisque ces générateurs par gazéification de biomasse utilisent une source d'énergie renouvelable tout en réduisant les émissions de CO2.

 

Une aubaine face à l'envolée des cours pétroliers
Song Hong, patron d'une usine de décorticage de riz à Battambang, n'est pas peu fier de sa récente acquisition, un système de gazéification de la biomasse, surtout lorsqu'il regarde la courbe du cours du pétrole. Il a décidé d'acheter cet imposant four qui, par un savant processus transforme de la balle du riz [lire définition ci-contre] en gaz et génère quelque 200 kw d'électricité, après une visite dans une entreprise de transformation du riz en Inde, à l'invitation de la compagnie cambodgienne SME Renouvelable Energy.

"Aujourd’hui, j'utilise beaucoup moins de diesel pour faire fonctionner ma décortiqueuse. Au lieu de dépenser 220 litres pour dix heures d'utilisation, chaque jour, elle ne consomme plus que 60 litres auxquels il faut ajouter deux tonnes de balle de riz qui ne coûtent guère plus de 10 000 riels (2,5 dollars). J'économise donc au moins 208 dollars par jour en tenant compte du prix actuel du diesel de 1,3 dollar pour un litre", explique-t-il avec joie. M. Hong n'est pas mécontent d'avoir été un pionnier en la matière, du moins au Cambodge : d'autres entrepreneurs qui lui ont rendu visite lui ont emboîté le pas ou s'apprêtent à le faire.

Un four pour produire des glaçons
"Si je n'avais pas ce four à biomasse, mon usine de fabrication de glaçons aurait déjà fermé", affirme Leab Mann, installé dans la province de Banteay Meanchey. Il a opté pour ce système, déjà très répandu en Inde mais encore nouveau au Camboge, il y a six mois après avoir découvert la décortiqueuse de Song Hong exposée.

Avec son nouveau générateur, le patron de l'usine de glaçons dit économiser 70% de diesel sur sa consommation quotidienne, qui oscillait entre 350 et 400 litres pour 12 heures par jour. Grâce à la mise en place du système de gazéification de la biomasse, Leab Mann n'utilise plus qu'entre 105 et 120 litres de diesel et deux tonnes de balle de riz par jour. "L’important, c'est que j’économise de 318 à 494 dollars par jour en diesel. En utilisant ce four à biomasse, je peux encore gagner de l'argent avec mon activité, même si cela m’a obligé à embaucher cinq ouvriers de plus pour alimenter le four en balle de riz",  affirme l'entrepreneur, qui doit tout de même se délester de 1 395 dollars chaque mois, sur une durée de cinq ans, afin de rembourser le prêt bancaire qui lui a permis d'acheter cet équipement. Car si les économies réalisées sont significatives, le montant d'investissement est particulièrement lourd : il en coûte 70 000 dollars pour un système  d'une capacité de 200 kw.

Une dizaine de commandes en attente
Malgré tout, la somme ne semble pas effrayer certains patrons de petites et moyennes entreprises. Rin Seyha, directeur de la compagnie cambodgienne SME Renewable Energy qui commercialise ces systèmes fabriqués en Inde au Cambodge compte déjà quatre clients dans la province de Battambang, pour des usines de décorticage du riz, quatre autres dans la province de Banteay Meanchey dont un pour alimenter un village rural en électricité, un à Siem Reap utilisé pour un système purification de l'eau et un dixième à Kampong Cham, également pour produire de l’électricité à usage domestique. D'autres, séduits par les démonstrations faites par ces premiers clients, ont d'ores et déjà passé commande dans les mêmes provinces mais aussi dans celles de Kompong Chhnang, Pursat et Kandal.

Autant dire que Rin Seyha se frotte les mains. Mais, d’après les calculs qu'il présente, ses clients ont eux aussi de quoi se réjouir. Selon lui, une entreprise peut économiser 6 000 dollars par mois pour une dépense mensuelle initiale en carburant de 8 000 dollars. Dans ces conditions, rembourser 1 400 dollars par mois de crédit n'est pas un problème. "Le four de gazéification de la biomasse à gaz coûte environ 75 000 dollars pour une capacité de 200 kw. L’acheteur doit payer 20% avant la livraison et il peut ensuite payer le reste mensuellement, à crédit, sur une durée de cinq ans, détaille le chef d'entreprise. Et ce four peut être utilisé pendant au moins huit ans."

Des avantages de l'énergie renouvelable
Autres avantages, que tiennent à souligner tant le fournisseur que les utilisateurs : ce four est écologique, dans la mesure où il utilise une source d'énergie renouvelable qui n'est pas consommé par les humains, la balle de riz, et où il aide à réduire les émissions de CO2. Le directeur de la compagnie SME Renewable Energy estime qu'un four à biomasse de 200 kw, que l'on utiliserait 10 heures par jour, 25 jours par mois et 11 mois par an permettrait de réduire la consommation de carburant de 184 tonnes de diesel par an. Avec bientôt vingt fours de gazéification de la biomasse installés au Cambodge, la consommation de diesel diminuera de 1,8 millions de litres par an, évalue Rin Seyha. Ce qui équivaudrait à des émissions de quelque 3 900 tonnes de CO2.

Le four lui-même, en transformant la biomasse, en l'occurence de la balle de riz (mais aussi du bois sec, des écorces d'arachides ou des coques de noix de cajou), en gaz, serait  équipé d'un système retenant le CO2. "Quand on brûle de la balle de riz ou un autre combustible, on doit faire pénétrer de l'air pour alimenter le foyer, ce qui revient à introduire de l'oxygène (O2), de l'azote (N2) et de l'hydrogène (H2). Au cours du processus de combustion, on produit du dioxyde de carbone (CO2), de l'eau (hydrogène, H2O) et les trois gaz qui servent à faire marcher la machine : du monoxyde de carbone (Co), de l'azote (N2) et du méthane (CH4). Une fois parvenu au générateur, le mélange des trois gaz prend la place du diesel et la consommation de celui-ci réduit progressivement. Si le système de production de gaz rencontre un problème, le diesel prend le relais normalement. L'eau est évacuée, tandis que le CO2 passe dans un filtre où de la sciure de bois l'absorbe de nouveau", détaille Rin Seyha, soulignant que six kilos de balle de riz ou quatre de bois sec brûlés peuvent ainsi remplacer un litre de diesel.

Reste maintenant à satisfaire rapidement les commandes des nouveaux clients, dont le nombre devrait encore augmenter avec la hausse du cours du pétrole. Actuellement, les entrepreneurs cambodgiens doivent patienter pendant une centaine de jours avant de pouvoir jouir de tels équipements. Rin Seyha rêve de s'acheter la licence qui lui permettrait de fabriquer ces fours au Cambodge. "Le propriétaire indien du brevet de ces fours sera au Cambodge le mois prochain. Nous nous apprêtons donc à négocier l'achat d'une licence. Cet investissement devrait coûter près d'un demi-million de dollars, sans compter le terrain", estime Rin Seyha. Pour faire face à une telle dépense, le commerçant espère convaincre les entrepreneurs de PME et le gouvernement de l'intérêt de ces équipements à énergie renouvelable. Une baisse des taxes d’importation sur ces matériaux serait la bienvenue, suggère-t-il.

 

Pour en savoir plus

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Définition
La balle (ou bale) est la pellicule qui enveloppe les grains de céréales. Pour être consommé, le riz est préalablement décortiqué. La balle de riz est souvent utilisée comme fourrage (pour l'alimentation animale) ou combustible.