 Chamka Srov (Battambang), 21 janvier 2004. Au Cambodge, en zone rurale, plus de trois habitants sur quatre n'ont pas accès à un réseau d'eau potable © John Vink / Magnum
Ne jamais dire : Fontaine je ne boirai jamais de ton eau... Les habitants de certains villages reculés du Cambodge juraient ne jamais consacrer leurs maigres revenus à l'achat d'eau purifiée. Ils sont revenus sur leurs dires depuis qu'une petite association, "1001 fontaines pour demain", leur a installé des unités de production d'eau potable par ultraviolet ne réclamant ni infrastructures ni compétences particulières, vendue en bonbonnes à des prix défiant toute concurrence.
Chay Lo est remonté à la source, dans la région qui l'a vu naître, le Nord-Ouest du Cambodge. Dans des petits bourgs coupés de tout réseau de distribution d'eau potable, là où l'on se sert directement à la mare, à la rivière, avec les risques sanitaires, pas toujours bien compris par ces populations, que cela comporte, là où les maladies d'origine hydrique font des ravages et viennent gonfler le taux de mortalité, notamment infantile. Un projet né en France L'ingénieur cambodgien formé en France à l'Ecole nationale du génie rural, des eaux et des forêts ne se veut pas un révolutionnaire mais un adepte du système D intelligent et adapté aux conditions sur place. Ainsi est née en 2004 l'association française "1 001 fontaines pour demain", ou plus exactement, vous racontera Chay Lo, lors d'un dîner entre amis à Paris, alors qu'il n'était pas encore diplômé, où il lui fut demandé ce qu'il ferait de retour au Cambodge. "Je leur ai dit que je voulais travailler dans le secteur de l'eau. Mes amis m'ont alors demandé ce que buvaient mes compatriotes, je leur ai expliqué que beaucoup se contentaient de l'eau de la mare faute de moyens. Ca a démarré ainsi..." Quelques rencontres plus tard, l'ingénieur faisait enregistrer avec trois de ses compagnons les statuts de l'association dans l'Hexagone. La multiplication des fontaines Depuis, seize fontaines ont fleuri dans les provinces de Battambang, de Banteay Meanchey et de Siem Reap, et cinq autres devraient sortir de terre d'ici septembre. La filiale cambodgienne que le jeune trentenaire a créée en juillet 2007, "Toek sahat 1 001", qui emploie neuf personnes, entend essaimer ses micro-stations de purification d'eau à travers le pays, à un rythme toujours plus effréné. En ligne de mire, les provinces traversées par le Mékong dont les eaux souterraines sont souvent contaminées par de l'arsenic, à l'origine de nombreux empoisonnements. Dans le collimateur également, le forage de puits là où font défaut les eaux de surface, ce qui nécessite de réfléchir à la mise en place de moyens techniques habituellement coûteux. Si les objectifs que s'est fixée l'association sont atteints, ce seront quelque 300 000 Cambodgiens qui bénéficieront d'ici 2015 de ces stations-fontaines et de leur eau conforme aux critères de l'OMS sans avoir à attendre l'installation d'un hypothétique réseau d'adduction d'eau de bonne qualité. Un procédé simple, durable et avantageux Aucun produit chimique n'intervient dans le processus, un traitement bactéricide par ultraviolet qui permet d'éliminer une partie importante des risques de maladies. L'eau brute suit un itinéraire tout tracé dans ces petites stations alimentées par énergie solaire pour une autonomie complète : floculation, décantation, filtration et désinfection. Elle est ensuite conditionnée en bonbonnes de 20 litres dont la désinfection à l'aide d'une solution chlorée avant remplissage écarte les risques de contamination. Ces bonbonnes sont vendues dans le village entre 700 et 1 000 riels l'unité, soit moitié moins cher que sur le marché. Avec un débit de 600 litres par heure et un fonctionnement prévu de 4 heures par jour, la station de traitement peut abreuver plus de 1 000 personnes. L'implication des communautés Les opérateurs sont des villageois eux-mêmes, les unités de production étant gérées sur le modèle d'une micro-entreprise au service de la communauté, de manière privée ou en coopérative. "Ce sont les communautés qui fixent le prix de vente afin de couvrir les frais de fonctionnement et de maintenance, et d'offrir un prix accessible au plus grand nombre", explique Chay Lo. La pérennité du projet est également assurée par le soutien d'ONG déjà implantées dans les villages sélectionnés et prêtes à l'accompagner, un prérequis pour l'association pour implanter une fontaine. Les préoccupations sanitaires en première ligne Chay Lo met en garde : "L'objectif poursuivi n'est pas de fournir en eau purifiée ces villages mais avant tout de réduire les problèmes de santé rencontrés par leurs habitants". Les eaux de surface impropres mais consommées par les villageois présentent généralement un taux élevé de contamination organique, en particulier d'origine fécale, sources de nombreuses maladies. Les quelque 300 jeunes défavorisés du centre géré par l'ONG Enfants du Mékong, situé près de Sisophon, se portent bien mieux depuis qu'ils boivent "à la fontaine". Le personnel du centre a pu observer une chute du nombre de cas de typhoïde depuis qu'ils s'alimentent à la fontaine. Il reste cependant difficile de mesurer l'impact sanitaire de ces unités de production d'eau potable tant les habitants ne sont pas toujours eux-mêmes conscients que les diarrhées, récurrentes, qu'ils contractent peuvent avoir une origine hydrique, relève Chay Lo. Une association reconnue Il ne faut pas compter sur ce fils d'agriculteur pour évoquer, ce que l'on découvrira fortuitement en surfant sur la Toile, les nombreuses distinctions déjà reçues par son association. Lo Chay reste discret à ce sujet, mais ne manquera pas de vous remercier chaleureusement pour l'intérêt que vous portez à son projet.
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