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Changement de décor pour les ordures de Phnom Penh
Par Ros Dina   
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22-05-2008
décharge - Phnom Penh - Dangkor © John Vink / Magnum
Dangkor (Phnom Penh), le 20 mai 2008. Les travaux de la nouvelle décharge de Phnom Penh, qui remplacera celle de Stung Meanchey, devraient s'achever en 2009
© John Vink / Magnum

 

Les images de chiffonniers cambodgiens fouillant des montagnes d'immondices sur la tristement célèbre décharge municipale de Phnom Penh, située dans l'arrondissement de Stung Meanchey, ne seront peut-être plus qu'un mauvais souvenir. En 2009, un nouveau site accueillera les déchets de la populeuse capitale du Cambodge. Une décharge plus moderne, plus écologique et mieux gérée promettent les autorités municipales, alors que les travaux débutent tout juste.

 

Dans le projet initialement présenté par la municipalité de Phnom Penh, la nouvelle déchetterie de la première agglomération du Cambodge devait s'étendre sur près de 60 hectares, contre 6,8 hectares dans l'actuelle décharge de Stung Meanchey. Elle ne couvrira finalement "que" 31,4 hectares, situés à moins de deux kilomètres du centre du génocide de Choeung Ek, plus connu sous le nom de "Killing Fields", charnier où sont conservés les ossements de victimes des Khmers rouges. "La municipalité n'a pas pu acquérir plus de terres pour ce projet, compte tenu de la flambée des prix du foncier", justifie le gouverneur de la capitale cambodgienne, Kep Chuktéma.

Stung Meanchey sature
Revu à la baisse, le projet n'en est pas moins urgent, estime le haut responsable qui promet une mise en service de la nouvelle décharge à l'aube de l'année 2009. "La décharge de Stung Meanchey arrive à saturation. Une fois les travaux du nouveau centre de déchets achevés, nous ne l'utiliserons donc plus", assure-t-il.

Pour le moment toutefois, la décharge "moderne", "performante", "plus respectueuse de l'environnement" et "moins polluante" promise par les autorités n'est encore qu'un terrain vague, sur lequel a débuté il y a deux mois le ballet des tractopelles. Ces dernières ont commencé le creusement, sur la moitié d'une première parcelle de 12 hectares, d'un vaste bassin de 9 mètres de profondeur, destiné à recueillir les écoulements et eaux souillées provenant des tas d'immondices. "A proximité de cette fosse sera installée une station de compost, pour recycler les déchets organiques", explique Sang Veasna, contremaître, qui garde un oeil sur les norias de camions chargés de terre.

La grogne des riverains
Au Nord, à l'Ouest, comme à l'Est, l'espace est dégagé, aucune habitation n'étant donc menacée par l'arrivée annoncée de plus de 700 tonnes d'immondices quotidiennes. Au Sud, en revanche, le chantier vient flirter avec des maisons, au grand dam de leurs propriétaires.

Cette perspective ne réjouit guère Hat Chanthorn, âgée de 35 ans, dont la maison est en première ligne. "Cela va forcément sentir mauvais. Sans compter tous les virus que les déchets amèneront", peste cette agricultrice qui vit dans le village de Bacou, situé dans l'arrondissement de Dangkor, depuis une douzaine d'années. "Ce terrain, qui était partagé par les villageois, a été vendu il y a cinq ans par les autorités locales, qui ne nous ont pas avertis. On ne nous a expliqué le projet qu'une fois la vente réalisée. On nous a dit que ce sera différent de Stung Meanchey, sans mauvaises odeurs et moderne", raconte-t-elle, ajoutant qu'elle a touché, comme les familles installées dans les parages, 30 dollars des autorités villageoises. "Ce qui m'inquiète le plus, ce sont les risques de contamination de l'eau. Aujourd'hui, la plupart des gens ici recueillent l'eau des puits et de la rivière. Avec la décharge, l'eau risque d'être polluée", s'alarme-t-elle.

 

Image
Dangkor (Phnom Penh), le 20 mai 2008. Le creusement d'un bassin d'écoulement
des eaux souillées a commencé au mois de mars 2008
© John Vink / Magnum


Une crainte partagée par les riverains, quel que soit leur âge. Si Mme Sitoune*, 77 ans, redoute elle aussi les effluves que charriera le vent du nord de novembre à février, c'est l'eau et la pollution alentour qui demeurent son principal motif d'inquiétude. Pour ses enfants et petits-enfants, bien sûr, mais aussi pour ses boeufs, habitués à paître librement. "Si je les laisse brouter près des ordures, ils vont ramener des maladies", tempête-t-elle. "Ce n'est pas une bonne chose d'installer la décharge à cet endroit : la ville de Phnom Penh s'étend chaque jour et bientôt, il y aura beaucoup d'autres maisons dans cette zone. Les autorités doivent penser à la santé de nos enfants", clame la vieille dame.

"Tout est prévu..."
A en croire le gouverneur, tout a été prévu, justement, pour préserver les riverains des désagréments rencontrés à Stung Meanchey, grâce à l'aide de l'Agence japonaise de coopération internationale (Jica)... Contre les mauvaises odeurs ? Une barrière végétale de quinze mètres de large sera plantée. Contre la pollution de l'eau ? Les écoulements recueillis dans le bassin prévu à cet effet seront pompés et traités, assure-t-on.

Le sort incertain des chiffonniers
Reste à savoir ce qu'il adviendra des familles de chiffonniers et des quelque 1 800 enfants de la décharge de Stung Meanchey scolarisés par l'association Pour un Sourire d'Enfant (PSE). "Leurs parents vivent de petits métiers liés à la décharge, de collecte de métaux et de déchets recyclables, explique le directeur de cette organisation, Pin Sarapich. Il y a un risque que ces enfants soient déscolarisés si leurs parents doivent aller travailler ou s'installer loin du centre de PSE. Nous sommes favorables à la fermeture de la décharge par les autorités, mais à la condition qu'elles adoptent une politique pour résoudre les problèmes sociaux de ces gens." Des solutions sont envisageables, telles que la mise en place de transports scolaires pour aller chercher les enfants sur leur nouveau lieu d'habitation, ce que sera possible si la communauté des chiffonniers reste groupée.

"La municipalité coopérera aussi avec les ONG qui travaillent avec les habitants habitués à trier les déchets pour qu'ils puissent être employés sur la nouvelle décharge, promet Kep Chuktéma. Ce sont des vrais métiers, même si on préférerait sans doute que personne n'ait besoin d'y travailler. Nous n'avons pas le choix."

* le prénom de cette personne a été modifié à sa demande, afin de préserver son anonymat

 

Pour en savoir plus

Lire aussi sur Ka-set :
- A Chom Chao, les ordures s'envoient en l'air (03/04/2008)


Encore 46 ans de contrat, selon Cintri
Seng Chamroeun, qui dirige la société Cintri mandatée par la municipalité de Phnom Penh pour le ramassage des ordures dans une partie de la capitale et qui a obtenu une concession de 50 ans pour l'exploitation de la décharge de Stung Meanchey, estime que ce contrat "est encore valable pour une durée de 46 ans". Une façon de dénoncer l'appel lancé par les autorités municipales pour l'attribution d'une nouvelle concession sur la future décharge de l'arrondissement de Dangkor, dont la mise à prix est jugée trop élevée par le patron de Cintri. Selon Kep Chuktéma, la nouvelle décharge sera utilisable durant une quinzaine d'années.


Les déchets en chiffres
- A Phnom Penh : 0,487 kg de déchets ménagers par personne par jour (2003) dont 63 % de déchets de cuisine et 15% de plastique (soit un niveau de consommation de plastique similaire à celui des pays développés). A titre de comparaison, la production moyenne de déchets au Sri Lanka est de 0,45 à 0,65 kg/personne/jour ; en France : plus d'1 kg/personne/jour
- 584,1 tonnes de déchets ménagers sont produites chaque jour à Phnom Penh (2003) et, au total, 890,6 tonnes en ajoutant les déchets industriels
- plus de 700 tonnes de déchets sont déposées chaque jour à la décharge de Stung Meanchey


Sur Internet :
- Rapport sur une étude sur les déchets à Phnom Penh et le projet de la décharge de Dangkor, réalisée avec le soutien de l'Agence japonaise de coopération internationale (Jica), sur le site de la municipalité de Phnom Penh
- Pour un sourire d'Enfant (PSE), organisation non gouvernementale, vient en aide aux enfants chiffonniers de la décharge de Stung Meanchey
- Présentation succincte des activités de Cintri, sur le site de la compagnie privée www.cintri.com.kh