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Concilier business et environnement : le pari du Géres Convertir en PDF Version imprimable Suggrer par mail
Par Laurent Le Gouanvic   
17-04-2008
"Mesurer, réduire, compenser"... Ces trois mots d'ordre pourraient s'appliquer à un programme de régime amincissant. Mais ce n'est pas le tour de taille des ménagères qui intéresse le Groupement énergies renouvelables, environnement et solidarité (Géres), à l'origine de cette formule. Depuis un an, cette organisation non gouvernementale française propose aux entreprises et institutions basées au Cambodge un service d'audit, destiné à les aider à lutter contre le réchauffement climatique en réduisant et compensant leurs émissions de gaz à effet de serre. Un programme qui commence à faire des émules, séduits par les aspects écologiques, mais aussi et surtout par les arguments économiques.

 

 

Une démarche volontaire, solidaire... et financière
Le Géres applique ainsi depuis 2007 au Cambodge un mécanisme initié il y a trois ans en France : le système "CO2 Solidaire" de "compensation volontaire" des émissions de gaz à effet de serre. L'idée est simple : puisque le réchauffement de la planète est global, pourquoi ne pas demander à ceux qui polluent le plus de financer des projets qui réduisent, en d'autres points du globe, la pollution ? Ce concept est directement inspiré des accords de Kyoto (lire encadré ci-dessous), qui ont créé un véritable marché financier de "crédits carbones" que les "nettoyeurs" vendent aux pollueurs. A deux différences près : au lieu de reposer sur des quotas et obligations fixés par les Etats, le "CO2 solidaire" s'appuie sur la volonté des individus, des entreprises ou des institutions qui y participent ; et plutôt que de financer des projets industriels, le fruit des crédits carbones est réinvesti dans des projets innovants au service du développement durable et des économies locales.

 

Payer n'est pas jouer

En proposant ce service au Cambodge, le Géres entend non seulement encourager les entreprises et organisations à compenser financièrement leurs émissions polluantes, mais aussi et surtout les inciter à réduire leurs dépenses énergétiques et donc leur impact sur l'environnement. "Si une entreprise nous contacte en nous disant qu'elle veut simplement mesurer ses émissions en CO2 puis les compenser financièrement, nous refusons, explique Minh Cuong Le Quan, directeur de programme au Géres Cambodge. Pour nous, réduire les émissions est aussi important. Il ne s'agit pas juste de montrer patte verte et de soigner son image parce que c'est à la mode. Il faut un réel engagement."

Un bilan complet des sources de pollution

Première étape de ce processus, qui peut prendre au total entre trois semaines et un an selon la taille de l'organisation concernée : dresser un inventaire aussi complet que possible de toutes les sources potentielles d'émissions de gaz à effet de serre. Consommation d'électricité, de gaz et de carburants, volume des déchets, produits utilisés, gestion des eaux usées, moyens de transport mais aussi température des vitres, isolation, hygrométrie des pièces... Tout ce qui est susceptible de produire du CO2, du méthane ou du protoxyde d'azote directement ou indirectement, à tous les échelons, est minutieusement mesuré et consigné, que ce soit par les employés, sous le contrôle du Géres, ou par les techniciens de l'ONG eux-mêmes.

 

Des dépenses converties en tonnes de CO2

Une fois toutes ces données collectées, elles sont converties en tonnes d'équivalents CO2, selon des facteurs de conversion élaborés par le Géres à partir de références internationales et d'éléments spécifiques au Cambodge. Des outils adaptés au contexte local indispensables pour avoir une vision réelle du volume d'émission de CO2, souligne Minh Cuong Le Quan : "Au Cambodge, par exemple, les émissions de CO2 dues à l'électricité sont très lourdes, les centrales utilisant du fioul, du gaz, dans une moindre mesure l'énergie hydraulique et prochainement du charbon, ce qui n'est pas le cas en France où une part importante de l'électricité est issue du nucléaire."

 

Economies d'énergie... et d'argent

Mesurer est une chose, réduire en est une autre. L'étape suivante consiste donc à trouver des solutions pour polluer moins et, tant qu'à faire, dépenser moins. "Nous avons une démarche pragmatique, tient à préciser le dynamique directeur. Dans nos recommandations, nous gardons à l’esprit l’intérêt de l’entreprise ou de l’organisme et le maintien de la qualité des services ou des produits."

"Cela a commencé par des petits changements simples", raconte ainsi Rob Bateson, vice-directeur du service Management de l'ambassade britannique au Cambodge qui a collaboré avec le Géres pour devenir "neutre en carbone" (lire encadré) : "utiliser des ampoules à faible consommation ; mettre dans les toilettes des chasses d'eau à double commande et des robinets automatiques, programmer tous les thermostats des climatiseurs sur la fonction 'dry' à 25oC, avec un arrêt automatique la nuit... Autant de petites choses qui ont permis de réduire la consommation tout en faisant plaisir à notre comptable !"

 

Après le "doux", le "dur"

D’autres changements "durs" nécessitent toutefois des investissements conséquents : renouvellement de la flotte de véhicules, achats d’équipements de faible consommation, isolation thermique… "Pour notre nouvel hôtel ‘sans carbone’, The Quay, on a pu dès le départ suivre les recommandations. Mais pour nos anciens bâtiments, nous ne pouvons pas engager de gros changements", explique Anthony Alderson, directeur du groupe Fabs, qui réalise actuellement avec le Géres un audit complet de tous ses établissements dont les FCC, Fresco, Pacharan. Ces émissions "incompressibles", les partenaires du Géres s’engagent à les "compenser" : ils peuvent le faire en achetant des crédits carbone sur le marché global ou directement auprès du Géres, habilité à vendre des crédits solidaires certifiés par des organismes reconnus par le protocole de Kyoto. Ces crédits serviront à financer, par exemple, le programme de fours domestiques et artisanaux améliorés que l’association française a créé et développé au Cambodge, qui devrait permettre d’économiser, dans sa première phase, quelque 53 000 tonnes de CO2.

 

Les arguments commerciaux au service de l’écologie

La démarche représente toutefois un coût conséquent. Pour être rentable, elle doit donc être utilisée comme un argument face à la concurrence, souligne Anthony Alderson. "Adopter de nouvelles pratiques pour lutter contre le réchauffement climatique est quelque chose de difficile à faire de manière individuelle. Si les voisins ne font rien, pourquoi le ferais-je ? Par contre, on peut faire changer les choses à travers les entreprises et cela pourrait faire une grosse différence. Aujourd’hui, tout le monde est conscient du problème climatique. Si un supermarché se met à ne plus utiliser de sacs plastiques, par exemple, j’irai acheter chez lui plutôt qu’un autre…", explique le directeur, tout en montrant la brochure de son nouvel établissement, qui affiche clairement son intention de jouer la carte écolo face aux concurrents : "Nous voulons être leader dans ce domaine et nous disposerons donc d’un avantage. Nos clients savent qu’en venant dans cet hôtel, leur séjour sera ‘neutre en carbone’. Ils versent, en quelque sorte, leur taxe pour la planète".


Une "green" ambassade

Dans le cadre d'une politique nationale mise en place par la Grande-Bretagne, visant à faire en sorte que tous les services d'Etat, y compris à l'étranger, soient "neutres en carbone" d'ici 2012, l'ambassade britannique à Phnom Penh a mis en place un vaste programme d'économie d'énergie, avec l'appui du Géres. Une "green team" composée de six membres représentant différents services et échelons a été constituée pour réfléchir aux différentes solutions possibles. De l'éclairage aux installations sanitaires, en passant par la climatisation et les transports : tout a été repensé, dans l'enceinte de l'ambassade mais aussi à la résidence de l'ambassadeur, pour réduire les émissions de CO2. Les véhicules britanniques roulent désormais avec du biocarburant fabriqué avec de l'huile de friture usagée ; les réunions internationales se font par vidéo-conférence ; deux imposants réservoirs recueillent l'eau de pluie grâce à un système de gouttières et permettent d'arroser les jardins et de laver les véhicules ; et même le tuk-tuk du coursier roule au gaz... "Nous ne nous sommes pas encore focalisés sur les dépenses d'énergie à l'occasion des réceptions", reconnaît toutefois Rob Bateson, vice-directeur du service Management de l'ambassade, qui souligne aussi qu'il y a encore des problèmes d'approvisionnement, notamment pour le papier recyclé, encore introuvable au Cambodge. "Mais l'ambassade pousse dans ce sens. Plus on demandera, plus il y a de chance que des fournisseurs soient intéressés."


Le marché du climat
Le protocole de Kyoto, entré en vigueur en 2005, a conduit à la création d'un véritable marché financier de « crédits carbones ». Selon des plans déterminés au niveau national, les sociétés qui contribuent à réduire les émissions de CO2, méthane et HCFC se voient attribués des "crédits d'émissions certifiés" qu'elles peuvent ensuite échanger sur une bourse du carbone. Les entreprises qui ne parviennent pas à réduire les émissions ou pour lesquelles les investissements nécessaires seraient trop lourds peuvent ainsi "compenser" leurs émissions, et respecter les quotas, en achetant des "crédits carbones" sur ces marchés boursiers spécialisés. Plusieurs millions de tonnes "d'équivalents CO2" sont ainsi échangés chaque année. Parallèlement, un marché libre de compensation volontaire des émissions de CO2 s'est constitué : c'est ce marché qui intéresse directement les particuliers et les entreprises de service qui souhaitent compenser leurs émissions en achetant des crédits carbones auprès de programmes comme le CO2 Solidaire du Géres ou Action Carbone , soutenu par le photographe français Yann Arthus Bertrand.


Liens utiles

- Pour s'informer sur les compensations d'émissions de CO2, deux programmes à but non lucratif : CO2 Solidaire et Action Carbone
- Pour savoir comment fonctionnent les marchés du carbone, le site d'informations indépendant PointCarbon donne les dernières tendances, les cours du jour et ainsi que des renseignements pratiques

 

 

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