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A(H1N1) : le Cambodge est-il prêt à affronter une pandémie ?
Par Laurent Le Gouanvic   
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05-06-2009

porc - singe ©John Vink/ Magnum

Krek (Cambodge), le 6 février 2002. Un membre de l'Unité mobile de protection de la nature tente d'attraper un singe à califourchon sur un porc. Déjà confronté à la grippe aviaire, le Cambodge parviendra-t-il à faire face au virus A(H1N1), communément appelé "grippe porcine" ?
©John Vink/ Magnum

Alors que ses voisins vietnamiens et thaïlandais ont identifié récemment des personnes contaminées par le virus A(H1N1) sur leur territoire, le Cambodge semble encore épargné, comme il l'avait été lors de l'épidémie de Sras, par ce qui est aujourd'hui présenté comme la nouvelle menace sanitaire mondiale. Sans céder à la panique, les autorités cambodgiennes ne cachent pas pour autant leur vive préoccupation, multipliant les appels à la vigilance, réactivant des dispositifs déjà en place dans le cadre de la prévention contre le H5N1 et jouant la carte d'une coopération transparente avec les organisations internationales. Eprouvé par la crise économique, le royaume khmer se passerait bien d'une crise sanitaire causée par un nouveau virus, alors que les inquiétudes concernant l'évolution de la grippe aviaire sont loin d'être levées.


Prudence de mise
"Le Cambodge est plutôt bien préparé face au risque de pandémie", confiait, avec un enthousiasme prudent, le Dr Sok Touch, directeur du département de contrôle des maladies transmissibles (CDC) au sein du ministère de la Santé, lors d'un entretien téléphonique accordé à Ka-set, jeudi 4 juin. Ni aveuglément optimiste, ni excessivement pessimiste, le haut fonctionnaire entend souligner les efforts réalisés par les autorités cambodgiennes dans la prévention contre les maladies infectieuses, dont le virus A(H1N1), tout en en rappelant les limites, dans un contexte marqué par l'incertitude.

"Nous travaillons en étroite collaboration avec le Comité national de gestion des catastrophes naturelles (NCDM), avec l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et avec les organismes compétents sur ce problème de la grippe A(H1N1) pour identifier d'éventuels cas", expliquait-il, s'attachant à détailler l'ensemble des mesures prises officiellement depuis la fin du mois d'avril pour faire face à cette menace.

Le rôle central de la communication
Première mesure annoncée par le ministère de la Santé et le bureau cambodgien de l'OMS, la mise en place d'une unité spéciale, ou "task force", chargée de coordonner la communication sur l'évolution du virus A(H1N1), est censée être au cœur du nouveau dispositif national de prévention de la pandémie, regroupant le ministère de la Santé, le NCDM, l'OMS, les autres agences spécialisées des Nations unies, la Croix-rouge cambodgienne et l'ONG MediCam.

Dans la même logique de coordination et de mutualisation des moyens, le ministère, en étroite collaboration avec l'OMS, a mis sur pied un "plan d'alerte multisectoriel" qui prend en compte les aspects sanitaires, sociaux et économiques de cette crise.

Concernant les traitements, Sok Touch souligne que le Cambodge dispose "de stocks nationaux d'antivirus et d'un accès aux stocks régionaux, pour couvrir les besoins d'environ 25% de la population", grâce "à l'aide et aux dons notamment de pays asiatiques".

Enfin, rappelle le directeur du CDC, des scanners thermiques, utilisés au moment du Sras en 2003  et depuis mis au placard, ont été réinstallés aux arrivées des aéroports internationaux de Pochentong (Phnom Penh) et de Siem Reap, tandis que les nouveaux arrivants sont désormais tenus de remplir des formulaires de déclaration de santé avant d'entrer sur le territoire.

Des mesures pas vraiment nouvelles
Hormis la mise en route des portiques thermiques, simple réutilisation de matériel existant, la plupart des mesures annoncées ne sont en fait que des adaptations de dispositifs déjà en place dans le cadre de la prévention et de la détection du virus H5N1. Les chambres d'isolement de l'hôpital Calmette, à Phnom Penh, destinées à accueillir d'éventuels patients présentant les symptômes de la grippe A(H1N1) que le ministre de la Santé visitait le 13 mai, existent de longue date. Des infrastructures de quarantaine identiques sont aussi présentes dans l'enceinte de l'hôpital régional de référence de la cité touristique de Siem Reap depuis 2003, créées au moment de la crise du Sras, puis rénovées deux ans plus tard pour faire face au virus H5N1.

Les deux lignes téléphoniques d'urgence, ou Hotlines, dédiées au virus A(H1N1), présentées le 29 avril et rappelées dans les différents communiqués, ne sont autres que celles qui reçoivent depuis 2006 les appels de personnes désireuses de signaler des cas suspects ou de s'informer sur le virus H5N1.

De même, des stocks importants d'antivirus avaient déjà été constitués pour lutter contre le H5N1 et ses éventuels avatars, au niveau national mais aussi et surtout au niveau régional, dans le cadre de l'Asean+3.    

Enfin, un plan de veille et de contrôle sanitaire multisectoriel sur la grippe aviaire a été lancé dès la fin du mois de mars 2008 et doit se poursuivre jusqu'en décembre 2011, grâce à une aide de la Banque mondiale, du Japon et de l'Union européenne. Ce plan, très large, est appelé à subir une adaptation, pour répondre à la situation nouvelle d'un virus transmissible cette fois d'humain à humain.

A(H1N1) et H5N1, même combat ?
Pas de grande nouveauté, donc, dans cette batterie de mesures censées répondre précisément à la menace du A(H1N1). C'est que, selon Sok Touch, les mécanismes de base développés depuis 2004 pour lutter contre le H5N1 s'avèrent bien utiles pour répondre à la priorité du moment : la prévention contre le A(H1N1).

La directrice générale de l'OMS, Margaret Chan, le soulignait en effet dans son intervention lors de la réunion spéciale des ministres de la Santé de l'Asean+3 sur la grippe A(H1N1), à Bangkok, le 8 mai, rappelant que les pays de la région avaient eu l'occasion, plus qu'en d'autres points du globe, de développer depuis cinq ans des systèmes de surveillance et de préparer des plans d'alerte dans la perspective d'une mutation du virus H5N1. "Le monde est aujourd'hui mieux préparé à une pandémie de grippe qu'il ne l'a jamais été dans l'histoire, grâce, notamment, à votre vigilance et votre diligence, déclarait-elle devant les ministres de la Santé du Sud-Est asiatique. Des années d'alerte et d'attente font qu'aujourd'hui la plupart des pays disposent de plans d'alerte".  

"Je pense que nous sommes bien mieux [préparés] aujourd'hui que si cela c'était produit il y a cinq ou dix ans", estimait également Keiji Fukuda, assistant du directeur général par interim sur la sécurité sanitaire et l'environnement de l'OMS, lors de son point presse hebdomadaire sur le A(H1N1), à Genève (Suisse). "Le renforcement des capacités est vraiment une activité de très très long terme. Et ce n'est pas quelque chose que l'on peut faire en quelques années. Mais, d'un autre côté, ces activités sont menées depuis longtemps. [...] Il y a désormais beaucoup de laboratoires dans le monde qui peuvent diagnostiquer les virus grippaux. Beaucoup d'expériences ont été accumulées ces dernières années en termes de planification d'alerte à une pandémie et cela s'avère d'une grande aide, aussi bien dans le monde en développement que dans le monde développé", déclarait-il.  

Au cours de ces dernières années, le Cambodge a en effet nettement renforcé ses capacités sanitaires, notamment en matière de diagnostic et de communication. L'Institut Pasteur de Phnom Penh, centre national de référence, est aujourd'hui en mesure d'effectuer sur place des tests d'identification du virus H1N1, tandis qu'un réseau étendu, des villages aux centres sanitaires de provinces, permet de signaler les cas suspects au niveau central et d'agir plus rapidement.

Les campagnes de prévention contre le H5N1, via des posters, des annonces radiophoniques et des spots télévisés, dont certaines délivrent un message plus général sur les mesures d'hygiène élémentaires (se laver les mains, ne pas cracher...) ont aussi contribué à préparer le terrain.

Une cohabitation aux effets inconnus

Mais, si la présence du H5N1 a permis au Cambodge de se doter d'outils nécessaires en cas de pandémie, le royaume se serait tout de même volontiers passé de cette épée de Damoclès que représente encore la grippe aviaire. Les autorités sanitaires redoutent désormais d'être confrontées non plus à un mais à deux virus aux évolutions imprévisibles, le premier n'ayant ni disparu des campagnes cambodgiennes ni encore livré tous ses secrets, comme en témoigne une étude conduite en 2008 au Cambodge et publiée récemment qui démontre que plusieurs personnes porteuses du virus H5N1, en 2006, n'en présentaient pas forcément les symptômes.

Autre inconnue : "Nous n'avons aucune idée de la manière dont se comportera le H5N1 sous la pression d'une pandémie [de A(H1N1)]", s'inquiétait Margaret Chan le 8 mai, appelant les pays de l'Asean ainsi que la Chine, le Japon et la Corée du Sud à "ne pas baisser les bras dans leur contrôle du H5N1". L'une des craintes majeures exprimées jusque-là est de voir le virus de la grippe aviaire, actuellement transmissible entre animaux ou d'animaux à humains, évoluer vers une forme contagieuse d'humain à humain, comme le H1N1.

"Nous n'avons aucune information précise [indiquant qu'une telle mutation serait à l'œuvre], mais nous prêtons toujours beaucoup d'attention à cela, confirme Sok Touch. Aujourd'hui, nous nous concentrons sur la prévention contre le A(H1N1), mais le H5N1 demeure un problème. Nous envisageons donc les deux questions sur un même niveau."  

Les autorités cambodgiennes tentent actuellement avant tout d'éviter que soit introduit sur leur territoire le dernier virus. Elles l'ont clairement montré il y a deux semaines lorsqu'elles ont lancé un appel pour retrouver trois touristes sud-coréens, signalés par l'ambassade de Corée au Cambodge, ayant été en contact lors d'un vol de correspondance avec une personne contaminée. Après ces trois individus, dont les tests se sont révélés négatifs, c'est au tour d'un Canadien de faire l'objet d'un appel similaire, lancé, selon le quotidien anglophone Phnom Penh Post, le 3 juin. Quelques jours avant, des tests effectués sur une fillette de 8 ans, en transit à Taïwan alors qu'elle devait se rendre au Cambodge en provenance du Canada, révélait qu'elle était porteuse du virus et qu'elle était donc susceptible d'avoir contaminé les passagers situés à proximité et depuis disséminés dans la région. Le fait que le Cambodge ne soit pas un pôle international aérien et que les voyageurs américains et européens doivent transiter par différents points de contrôle permet de préserver encore momentanément le pays. Jusqu'à quand ?

 


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volaille © John Vink / Magnum

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