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La protection des mangroves : une idée qui prend doucement racine au Cambodge
Par Anne-Laure Porée avec Ros Dina   
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23-01-2009

Cambodge - Mangrove ©John Vink/ Magnum

Prey Nup (Cambodge, Kompong Som), 23 juin 2004. La mangrove joue un rôle essentiel, notamment pour protéger les digues de Prey Nup de l'érosion
© John Vink / Magnum

Les mangroves, qui constituent des zones tampon entre la mer et la terre spécifiques aux zones tropicales, seront au Cambodge les premières à subir les effets du changement climatique, selon le Centre cambodgien de recherche pour le développement (Cambodian research centre for development). Elles seront la zone la plus large à être submergée, en particulier dans le sud-ouest du pays, à Koh Kong... d'ici l'horizon 2100 ! Le plus utopique dans ce scénario serait que les mangroves survivent jusque-là. A en croire Jos Stieks, qui tente de préserver un millier d'hectares de mangroves à Prey Nup, dans la province de Preah Sihanouk, "si les hommes continuent à tuer la mangrove au rythme actuel, dans dix ans il ne restera plus rien !"

 

Qui sont les assassins ?
A Prey Nup, de nombreux observateurs mettent en cause les pêcheurs illégaux (Vietnamiens, Thaïlandais mais aussi Cambodgiens) ainsi que leurs méthodes sauvages, décrivant par exemple un filet tendu entre deux skis en bois qui emporte tout dans ses mailles, contribuant ainsi à rompre une partie de la chaîne alimentaire en privant les plus gros prédateurs de leurs repas... Comme la mangrove est une nurserie pour bébés poissons, crabes, crevettes et autres crustacés, si elle disparaît, la reproduction des espèces devient impossible. Or la régénération d'un tel écosystème demande des années.

Quand ce ne sont pas les pêcheurs qui détruisent la mangrove, ce sont les investisseurs privés, locaux le plus souvent, qui coupent les arbres pour installer des élevages de crevettes par exemple ou pour s'approprier du terrain, comme l'ont montré des études du Gret (Groupe de recherche et d'échanges technologiques) au niveau des polders de Prey Nup.

Il y a aussi les coupeurs de bois qui le récoltent pour produire du charbon. Le rhizophora, ce magnifique palétuvier dont les racines plongent dans l'eau comme d'innombrables tentacules, a la réputation de produire un charbon d'excellente qualité. Parfois les hommes construisent aussi sur les berges leur maison ou délimitent leur terrain à l'aide de branches.

La preuve par l'exemple
Les assassins présumés savent-ils qu'ils hypothèquent leur avenir ? Pour certains, oui. Jos Stieks évoque le cas d'un chasseur de crabes qui a conscience qu'il n'aura plus de travail dans quelques années car les crabes se raréfient déjà. "Le problème c'est qu'ils ne savent pas faire autrement", constate Jos Stieks. De fait, tout manque : les ressources humaines, les capacités techniques, l'argent. Kim Nong, directeur adjoint du département de l'éducation à l'environnement et chef de projet sur la gestion participative des ressources côtières au ministère de l'Environnement, conclut, après dix ans de travail avec les communautés du sanctuaire sauvage de Peam Krasaop (près de la ville de Koh Kong), qu'il faut d'abord montrer la voie. "Quand je suis arrivé en 1997, les autorités locales me disaient : on ne peut pas interdire aux gens de couper du bois, sinon ils vont mourir. Je leur répondais : si la mangrove disparaît, comment survivrez-vous ? En fait pour la plupart des gens ce n'était pas leur problème mais celui du ministère de l'Environnement. Ils pensaient à court terme. Ils m'ont fait confiance après plusieurs années, quand ils ont vu les poissons et les crevettes revenir dans la mangrove protégée."

L'écotourisme en piste
Le retour des poissons a malheureusement incité les communautés locales à intensifier la pêche. Kim Nong a donc travaillé avec elles pour réduire la pression sur la pêche et les initier aux bienfaits de l'écotourisme. C'est selon cette logique qu'une promenade écologique a été conçue à la sortie de la ville de Koh Kong, au site touristique écologique du village de Boeung Kayak (commune de Peam Krasab). Un chemin de dalles en béton enfourche les branchages des palétuviers, se glisse dans les feuillages et conduit vers une passerelle suspendue et un belvédère offrant un panorama impressionnant sur les cimes de la mangrove. Les familles cambodgiennes déambulent joyeusement au milieu de cette nature en prenant soin de jeter leurs déchets dans les poubelles en bois disposées le long du parcours. Au bout d'une forêt de branchages, ils peuvent s'installer dans des kiosques à l'ombre de la mangrove avec vue sur des eaux sombres, calmes et brillantes comme un miroir. En 2008, ces lieux ont accueilli plus de 31 000 visiteurs, essentiellement cambodgiens. "La mangrove, c'est toute la vie des habitants, argumente Om Man, deuxième adjoint du conseil communal de Peam Krasab. Tous les métiers des villageois y sont liés, en particulier la pêche. Protéger la mangrove, c'est nous protéger nous-mêmes." (voir encadré) Quelques familles génèrent des revenus supplémentaires en vendant petits plats, friandises et boissons aux touristes, ou en les transportant depuis la ville en moto, et certains pêcheurs en proposant des excursions en bateau.  

Conserver pour améliorer le quotidien
Dans le reste de ce sanctuaire sauvage de Peam Krasab, l'écotourisme est quasi inexistant. Une quinzaine de rangers contrôlent la zone qui est protégée depuis 1993, année de création du ministère de l'Environnement au Cambodge. Ce n'est pas faute de volonté mais de moyens : la mangrove n'est accessible qu'en bateau et l'essence coûte cher. Néanmoins, selon Kim Nong, le succès du travail avec les communautés a prouvé aux décideurs politiques qu'ils pouvaient déléguer une partie des initiatives et de la gestion aux communautés locales.  

A Prey Nup, Jos Stieks envisage de mettre en place un élevage qui n'a rien de conventionnel puisqu'il équivaut à repeupler la mangrove primaire de la manière la plus naturelle possible. Il compte bien démontrer aux habitants que conserver et protéger leur environnement permet aussi d'améliorer le quotidien. Son message est pragmatique : "La nature, c'est votre capital. Gardez-là ! Prenez-en juste les intérêts."

La recherche scientifique, une arme fatale ?
Les mangroves sont des zones en danger au même titre que les barrières de corail. Mais elles sont méconnues et, même si l'écotourisme est à la mode au Cambodge, elles intéressent peu les responsables politiques. Ces zones humides font rarement l'objet d'enquêtes régulières et leur documentation est parcellaire et dispersée, ce qui, de l'avis de certains experts, contribue à leur surexploitation. "Sans recherche scientifique, vous ne pouvez pas prouver les dommages causés. Or, au Cambodge, il faut toujours donner une raison pour faire les choses", résume l'un d'entre eux. "Les décideurs y sont sensibles, glisse un autre. Si vous agissez dans le mauvais sens mais que personne ne le sait, vous continuez. Si par contre des données scientifiques prouvent que vous ne faites pas ce qu'il faut, alors c'est tout de suite une autre histoire..."
 


A quoi servent les mangroves ?
- Elles servent d'abri pour la reproduction de poissons de mer, de crevettes et de crabes.
- Elles sont des barrières naturelles entre la terre et la mer, elles protègent la côte en amortissant les vents, les orages, les cyclones, voire les tsunamis.
- Elles évitent l'érosion des côtes.
- Elles retiennent les sédiments.
- Elles permettent une forme de stabilisation d'un micro-climat.
- Elles protègent les récifs de corail.
- Elles constituent un filtre naturel de l'eau, elles la nettoient en quelque sorte.

 

A Prey Nup (au sud du Cambodge), elles protègent les digues des polders de la destruction par la mer et protègent les rizières des dépôts de sel marin.

 


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Pour en savoir plus

A quoi servent les mangroves ?
- Elles servent d'abri pour la reproduction de poissons de mer, de crevettes et de crabes.
- Elles sont des barrières naturelles entre la terre et la mer, elles protègent la côte en amortissant les vents, les orages, les cyclones, voire les tsunamis.
- Elles évitent l'érosion des côtes.
- Elles retiennent les sédiments.
- Elles permettent une forme de stabilisation d'un micro-climat.
- Elles protègent les récifs de corail.
- Elles constituent un filtre naturel de l'eau, elles la nettoient en quelque sorte.

A Prey Nup (au sud du Cambodge), elles protègent les digues des polders de la destruction par la mer et protègent les rizières des dépôts de sel marin.

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