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Des éoliennes cambodgiennes remuent air et eau pour irriguer la terre
Par Ros Dina   
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10-07-2008

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 Une éolienne de démonstration utilisée au Centre de recherche et développement agricoles Dey Eth de Sré Ampil, à Kien Svay, à une vingtaine de kilomètres à l'est de Phnom Penh
© Kosal Pisey

L'eau, la terre et l'air : voilà les trois éléments sur lesquels travaille Choup Monorom, à la tête de l'Institut de développement du Cambodge (IDC). Cette petite organisation non gouvernementale perfectionne depuis trois ans un système de pompage par éolienne, qui permet à faible coût et sans la moindre goutte de pétrole d'irriguer rizières et potagers. Avec le soutien du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) au Cambodge, huit de ces éoliennes modèles, entièrement élaborées avec des matériaux locaux, vont être confectionnées, tandis que des agriculteurs de plusieurs provinces vont apprendre à les fabriquer de leurs propres mains. Un projet pilote qui pourrait faire des émules.

 

L'air pompe l'eau
Cela fait plus de trois ans que Choup Monorom se bat contre des moulins, ou plutôt à leurs côtés. Depuis 2005, le président de l'organisation non gouvernementale IDC n'a de cesse d'améliorer ses prototypes de pompe éolienne, un système de pompage d'eau vieux de plusieurs siècles mais qui, avec quelques ajustements locaux, pourrait connaître une nouvelle vie auprès des cultivateurs cambodgiens soucieux de ne plus dépenser leurs riels en litres de pétrole.

Un premier modèle avait été présenté à Phnom Penh en mars 2006, fruit de recherches menées par l'IDC avec l'aide d'un chercheur canadien et de l'organisation Geres. Efficace, mais encore trop coûteux pour toucher les paysans khmers. "Dans le projet initial, il fallait débourser entre 700 et 1 500 dollars pour une éolienne. Aujourd'hui, le prix des nouveaux équipements que nous avons mis au point s'échelonne entre 250 et 270 dollars", raconte Choup Monorom, cette fois persuadé que le vent tournera en sa faveur. Pour parvenir à ce résultat, l'IDC a opté pour des matériaux à bas coût et faciles à trouver au Cambodge : un mât en bambou ou en plastique bleu bon marché, des axes et une armature en bois et des pales soit en métal soit, plus économiques, en tissus.

Deux récoltes de riz par an
"Nous avons aussi simplifié la technique utilisée, pour que ces éoliennes soient plus faciles à construire, tout en améliorant les capacités de pompage", ajoute fièrement le président. Ces pompes éoliennes simplifiées permettent d'acheminer 3 mètres cubes d'eau par heure, une quantité suffisante, selon les données de l'IDC, pour alimenter un hectare de rizière et assurer deux récoltes par an sur des terres jusque-là inexploitables en dehors de la saison des pluies.

Quelque douze de ces moulins à vent, savants mélanges de technique et de système D à la cambodgienne, ont déjà été installés : la plupart alimentent des rizières, mais l'un d'eux, dans une pagode de Kien Svay, un district de la province de Kandal (voisine de Phnom Penh), achemine l'eau d'un lac vers des potagers. Deux de ces éoliennes sont par ailleurs utilisées par le Centre de recherche et développement agricoles Dey Eth de Sré Ampil (également situé à Kien Svay, où réside Choup Monorom), l'une dans une rizière et l'autre pour les cultures maraîchères du centre.

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 © Kosal Pisey


Un bout de toile...

"Les paysans du coin sont vraiment intéressés. Ils viennent souvent me voir et demander des informations. Mais ils hésitent encore à s'équiper et à dépenser de l'argent pour cela", explique le président de l'IDC. "La pompe éolienne présente beaucoup d'avantage par rapport à celles à moteur diesel. Tout d'abord, une fois payée l'installation, elle ne coûte plus un sou. Une éolienne de ce type peut tenir au moins deux ans et, pour peu qu'on l'entretienne bien, avec du vernis à bois par exemple, elle résiste deux ou trois ans de plus encore. Pour ce qui est des pales, celles en métal ne nécessitent pas d'être changées avant une dizaine d'années, et celles en tissus peuvent très facilement être remplacées : il suffit d'acheter un bout de toile bon marché et d'en fabriquer soi-même de toutes neuves !", argumente Choup Monorom

Pour mettre fin à cette situation paradoxale, un fort intérêt - d'autant plus grand que les cours du pétrole incitent à trouver de nouvelles sources d'énergie – mais l'utilisation encore rarissime de ces éoliennes, l'IDC va donc collaborer avec le Pnud à la fois pour promouvoir ces équipements et pour apprendre aux agriculteurs à les entretenir, voire à les confectionner eux-mêmes.

Une aide pour les énergies renouvelables
A cet effet, un budget de 11 000 dollars a été débloqué en mai 2008 dans le cadre du fonds mis en place par le Pnud des "petites aides aux équipements pour l'environnement global", destiné à financer l'utilisation ou la promotion d'énergies renouvelables par des petites entreprises ou organisations non gouvernementales. Il servira à financer huit éoliennes de démonstration ainsi qu'une formation dispensée à des paysans des provinces de Kandal, Takéo, Kompong Cham, Kompong Speu et de la municipalité de Païlin, durant trois jours pendant lesquels ils apprendront à fabriquer ces engins avec les matériaux qu'ils ont sous la main. Les participants devront d'ailleurs à leur tour jouer les formateurs : ils s'engageront tous, par un contrat écrit, à former à leur retour au village leurs concitoyens à ces techniques, faute de quoi ils devront rembourser le montant de la formation dispensée par l'IDC.

"Le fait que ces éoliennes soient faciles à reproduire avec des matériaux locaux et à bas prix nous a vraiment incités à soutenir ce projet", félicite Ngin Navirat, responsable de ce fonds des petites aides environnementales du Pnud. "Ce sera un projet pilote, poursuit-elle avec enthousiasme. Si tout fonctionne comme prévu, on pourra en faire quelque chose de beaucoup plus grand, en l'étendant à d'autres provinces, notamment dans les zones côtières et les zones montagneuses du Ratanakiri et du Mondolkiri." Et ce ne sont pas des paroles en l'air...