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Chea Klang (Prey Veng), 17 février 2008. M. Saroeun, 58 ans, agriculteur, utilise quotidiennement les "EM". © Laurent Le Gouanvic Dans la famille des remèdes miracles, un produit est en passe d'entrer dans la légende de la paysannerie cambodgienne, à grands renforts de formations et de campagnes de promotion soutenues par des organisations non gouvernementales. Son nom tient en deux simples lettres : “E.M.”, à prononcer à l'anglaise (i-ème). Un acronyme derrière lequel se cache une appellation tout aussi obscure pour les non-initiés, et qui devient l'objet de multiples rumeurs et fantasmes : “effective micro-organisms” ou “micro-organismes efficaces”.
“Les EM peuvent etre utilisés dans tous les domaines : agriculture, environnement, construction, santé...”, explique l'une des plus ferventes supportrices de ces micro-organismes, la présidente de l'association Neary Khmer (NKA) Oeung Sovannly, qui distribue des bouteilles d'EM liquides au Cambodge depuis 2004. La lauréate 2006, avec neuf autres femmes cambodgiennes, de la médaille de félicitations du gouvernement ne tarit pas d'éloges sur ces engrais biologiques, inventés dans les années 1970 par un certain Teruo Higa, chercheur à Okinawa (Japon).
Une formule « Made in Japan » L'agronome japonais a élaboré la théorie suivante : en combinant certains types de bactéries et micro-organismes naturels, on obtiendrait un mélange capable d'influencer positivement le milieu dans lequel il serait introduit et de stimuler un supposé “processus vital”. Depuis, le concept a été repris et commercialisé par quelques associations et entreprises en quête de produits estampillés “bio”. Mais les preuves scientifiques de l'efficacité de ces “micro-organismes efficaces” restent à ce jour minces.
Les nouveaux convertis Preuves ou pas, certains Cambodgiens sont déjà convaincus des bienfaits des EM. C'est le cas dans la commune de Chea Klang, province de Prey Veng, où plusieurs formations à l'utilisation de ces produits ont été organisées. Récemment initié, Mam Sarath, 63 ans, était avant tout attiré par la perspective de dépenser moins en engrais chimiques. Il est conquis. “J'ai testé les EM en en arrosant les troncs des arbres fruitiers, raconte le vieil homme au sourire émaillé de dents en or. Avant les feuilles tombaient. Maintenant, elles résistent !”
Le Viagra des truies De la bouteille récemment offerte par une ONG lors d'une formation, M. Sarath n'a conservé que quelques gouttes. “J'ai utilisé la préparation liquide pour la mélanger aux aliments des animaux. Et j'en ai aussi mis dans mon vinaigre de palme : ça donne du goût”, se réjouit-il, tout en chassant le cochon rose couché à ses pieds. La présence du porcelet lui rappelle une anecdote, qui circule dans le village : “Un paysan tentait en vain de faire s'accoupler une truie avec un verrat. Rien n'y faisait. Elle refusait les assauts du mâle. Il a alors versé quelques gouttes d'EM dans sa nourriture. Depuis, la truie se laisse prendre par le premier cochon qui passe !”, s'esclaffe-t-il, se laissant rêver à l'effet que la potion pourrait produire sur les jeunes femmes...
Un cocktail aux micro-organismes Et M. Sarath d'enchaîner sur un autre récit : “Un homme souffrait horriblement d'une dent. Il a mélangé des EM avec de l'alcool. Et au bout de quelques verres, il ne sentait plus rien !” Quelle quantité d'alcool le patient a-t-il dû ingérer ? L'histoire ne le dit pas...
Toute la famille au régime EM Résidant dans un autre village de la commune de Chea Klang, M. Saroeun, 58 ans, est un adepte des EM depuis trois ans déjà. Il en consomme chaque mois quatre bouteilles, qu'il utilise pour ses plantations, ses bêtes et... sa famille. “Je soigne mes plaies avec”, confie-t-il, s'interrompant pour caresser un long poil qui lui pend au menton, avant de compléter la liste des prétendus “miracles” : “Après une opération d'un kyste, ma petite fille avait encore mal au ventre. Elle a bu un peu d'EM et elle a guéri”.
Fabrication maison Certains utilisateurs d'EM gardent tout de même la tête froide. Phouk Thun, 57 ans, ne consomme pas l'étrange préparation brûnatre. En revanche, il en fabrique lui-même, économisant les quelque trois dollars par litre réclamés par certaines ONG ou revendeurs. Après une courte formation aux EM, dispensée par un militaire, il a téléphoné à plusieurs reprises au formateur, jusqu'à ce que celui-ci lui livre une recette pour reproduire les micro-organismes. “Ca m'a coûté 5 dollars, le prix de la carte téléphonique”, ironise-t-il. Il a conservé les EM initiaux, fournis lors de la formation, et les reproduit en les mélangeant à divers végétaux. Ses manguiers, affirme-t-il, ne s'en portent pas plus mal que quand il répandait des engrais chimiques. Il va désormais se lancer dans une production à plus grande échelle, pour faire des tests en rizière, dès que le temps s'y prêtera.
Les micro-organismes indigènes Difficile cependant de savoir si ces EM maison sont plus ou moins efficaces que ceux distribués officiellement par les ONG. L'organisation Reada, émanation locale de l'ancienne Agrisud Cambodge, met en place elle aussi des formations à l'utilisation d'engrais biologiques, rebaptisés cette fois “IMO”, autre acronyme dérivé de la langue de Shakespeare, signifiant “Indigenous Micro Organisms”. Reada a fait le choix de former les agriculteurs à produire leurs propres engrais, en utilisant ce qui se trouve dans leur environnement : riz, champignons, pousses de bambou, feuilles, fruits... Les résultats, assure le directeur Lok Sokthea, fier d'avoir décroché un prix lors d'une foire à Siem Reap, sont très encourageants. “Les IMO permettent d'obtenir des rendements équivalents aux engrais chimiques au bout de cinq ans environ, tempère-t-il. Mais leur coût est bien moins élevé et ils sont donc rapidement rentables.”
Des faux EM sur les marchés “Dans tous les cas, souligne Lok Sokthea, il est indispensable d'assurer un suivi. Il y a beaucoup de problèmes à prendre en considération lorsqu'on forme des agriculteurs à certaines techniques. Parfois, cela peut être très dangereux. Ils utilisent des produits sans regarder la notice ni la date d'expiration... Et on trouve aujourd'hui sur les marchés des engrais soi-disant organiques qui ne sont pas bons. C'est difficile de savoir ce qui est vraiment biologique ou pas. Certains, pour promouvoir leurs produits, utilisent leurs engrais bio le jour et des produits chimiques la nuit... ”
Même inquiétude chez la présidente de Neary Khmer : “Lors de nos formations, nous déconseillons aux gens de boire des EM, parce que nous craignons l'effet des faux produits qui sont en circulation”, précise-t-elle, avant de confier qu'elle consomme elle-même régulièrement des EM... à titre « personnel ».
Les Micro-organismes efficaces (EM) Le concept des “Effective Microorganisms” a été inventé à la fin des années 1970 par un agronome japonais de l'université du Ryukyu, à Okinawa (Japon), Teruo Higa. Le chercheur a élaboré la théorie suivante : la combinaison de quelque 80 bactéries, levures et champignons permet d'obtenir un produit qui, introduit dans un milieu quelconque, l'influence positivement. Le chercheur japonais a réalisé de nombreuses études afin d'appliquer ce concept à différents domaines : agriculture, protection de l'environnement, traitement des déchets, santé... Sa thèse, bien que mise en application par différentes ONG dans des pays en développement, ne fait cependant pas l'unanimité.
Des EM nommés désir Initialement, les Micro-organismes distribués ou fabriqués par les ONG au Cambodge sont avant tout destinés à être utilisés comme fertilisant, engrais ou accélérateur de compost. Accessoirement, les mêmes ONG en recommandent l'usage dans l'alimentation animale, pour renforcer les défenses immunitaires. Mais la rumeur a tôt fait d'attribuer bien d'autres effets à ces deux petites lettres, EM, au gré des désirs de chacun. Petit inventaire de fausses (?) informations qui circulent au sujet des EM. Ils : - aideraient les plaies à cicatriser - supprimeraient la douleur - stimuleraient l'appétit sexuel - favoriseraient la digestion - élimineraient les boutons disgracieux...
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Par hachem
Par Achey
Par Ben du Cambodge