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Un gaur venu de France prend ses quartiers au Cambodge et inaugure une étude génétique unique
Par Stéphanie Gée   
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17-04-2009

Phnom Tamao Zoo ©Vandy Rattana

Zoo de Phnom Tamao (Cambodge), le 29 mars 2009. Un gaur de la ménagerie du Jardin des plantes de Paris a pris ses quartiers dans le parc zoologique cambodgien, à une quarantaine de kilomètres de Phnom Penh
©Vandy Rattana

Le zoo de Phnom Tamao, situé à un peu plus de 40 kilomètres au sud-est de Phnom Penh, a reçu fin mars un nouveau pensionnaire de taille : un gaur, acheminé de France par Boeing 747. Une espèce de bovin sauvage dont il n'y aurait plus que quelque 200 individus sur le sol cambodgien et dont la population mondiale à l'état sauvage s'élèverait aujourd'hui entre 15 000 et 20 000 individus, un chiffre cependant biaisé par le fait que 90% de ceux vivant en Inde soient domestiqués. "Le gaur est le plus grand des bovins et paradoxalement le moins étudié", regrette Norin Chai, fondateur et président de l'association française Yaboumba dont la vocation principale est l'étude et la préservation de la faune sauvage. C'est ce Franco-Khmer, également docteur ès sciences, docteur vétérinaire et chercheur au Muséum d'histoire naturelle de Paris, qui a eu l'idée de ce programme de conservation avec, en tête, l'objectif de mener la première étude rigoureuse sur la génétique des gaurs. (Correction, indiquée en italique dans le texte, apportée le 23 avril)


Une étude génétique des gaurs pionnière
Norin Chai innove en s'intéressant à la taxonomie génétique du gaur, dont le séquençage de l'ADN permettra de révéler quelles espèces sont proches les unes des autres, voire de mettre à jour des "noeuds génétiques", c'est-à-dire la division en deux espèces d'une espèce à un moment donné de son évolution. La ménagerie du Jardin des plantes de Paris abrite des gaurs issus du zoo de Berlin, lesquels proviendraient d'Inde. Cependant, en se penchant sur la question, le passionné, - arrivé en France à l'âge de 4 ans avec sous le bras son ours en peluche, baptisé "Yaboumba", à qui il avait promis, "quand il serait grand", de le sauver lui et ses copains -, découvre que ces bêtes proviennent davantage d'Asie du Sud-Est, et plus particulièrement de son pays natal, le Cambodge. 

"A notre grande stupéfaction, on a réalisé qu'il y avait une grande similitude entre les gaurs de la ménagerie et ceux du Cambodge, rapporte Norin Chai, qui a accompagné le gaur dans son long périple jusqu'à Phnom Penh. D'où l'idée d'introduire un gaur de la ménagerie au Cambodge pour redonner du sang neuf aux gaurs cambodgiens, puis de récolter du sperme de ce spécimen en réalisant des paillettes d'insémination que l'on enverrait en France. Ainsi, on officialise un programme d'élevage international du gaur en y incluant le Cambodge où seront réintroduits des gaurs de souche génétiquement compatibles avec le milieu naturel cambodgien."

En maintenant l'animal ex situ, en l'occurrence dans un parc zoologique, il y a un fort risque de consanguinité alors que, rappelle Norin Chai, l'objectif même de la conservation est de renforcer les populations sauvages, soit "in situ". Le Cambodge se prête d'autant mieux à cette expérimentation qu'il offre encore malgré tout de nombreuses forêts préservées. L'animal retient d'autant plus l'attention de celui qui est passé par l'Ecole nationale vétérinaire d'Alfort, et a fait ses armes en dirigeant un parc national au sud du Tchad s'étendant sur 114 000 hectares, que le gaur constitue l'un des rares "mégaherbivores", - comprendre une espèce animale qui a conservé sa forme préhistorique -, et que son existence est aujourd'hui menacée en Asie du Sud-Est. Norin Chai envisage de mobiliser prochainement un étudiant vétérinaire  français sur ce projet qui aura pour mission de prendre soin et d'étudier le gaur nouvellement hébérgé au zoo de Phnom Tamao.

Le gaur : au-delà de l'animal, les symboles
Pouvant faire jusqu'à deux mètres de haut au garrot, de couleur noire avec des chaussettes blanches, le gaur est "une espèce-drapeau, qui symbolise la biodiversité" et partant, "un support pédagogique pour la conservation en général", défend Norin Chai. L'animal a, qui plus est, une connotation spéciale au Cambodge où on l'associe à la paix et la sérénité. Ainsi, illustre le Franco-Khmer âgé de 39 ans, une pagode à Longvek, à quelque 50 km de Phnom Penh, lui est-elle entièrement dédiée. Et puis, il y a cette tenace légende d'un gaur que les Thaïlandais auraient dérobé aux Cambodgiens. Une histoire qui ne saurait se raconter sans une deuxième voix, celle de la mère de Norin Chai, Ung Daravichet Chai, qui dirige la section Yaboumba Asie, inaugurée en 2004 et enregistrée auprès du ministère cambodgien de l'Agriculture. 

Pour condenser cette légende, et en s'autorisant nombre de raccourcis, c'est l'histoire d'une femme qui accouche en même temps d'un fils (Preah Keo) et d'un veau (Preah Kor), entraînant l'expulsion de la famille du village, la population voyant dans cette double naissance des plus incongrues une malédiction. De nombreux épisodes plus tard, le roi thaïlandais, nourrissant des visées territoriales sur le pays khmer, propose au monarque de ce royaume de parier ses terres via des combats d'animaux. Le veau, devenu robuste vache, propose de se transformer en coq pour représenter le camp khmer, et remporte la victoire. Mais voilà, le roi voisin perce non seulement la supercherie mais apprend aussi que cette vache détient en elle tout le savoir du Cambodge et il se met à la convoiter. Lors du troisième round, il  envoie se battre contre elle un animal mécanique, invincible, qui dominera notre vache. En vainqueur, le roi de Thaïlande emmène la vache dans son pays, où celle-ci se transformera en statue à force d'attendre un hypothétique retour vers son pays. "Une prédiction khmère dit que le jour où cette vache retournera au Cambodge, la paix y reviendra ! Le gaur que nous avons ramené au Cambodge, c'est cette vache ! Et, la symbolique est d'autant plus forte que l'animal devait initialement être acheminé depuis le Vietnam et, pour des raisons techniques, elle l'a finalement été via la Thaïlande...", souligne, rassérénée sur l'avenir de son pays, Ung Daravichet Chai.

Yaboumba, servir la cause écologique et sociale...
Au-delà de cette opération, l'association Yaboumba a pour principe d'inscrire sa trace durablement dans le paysage, c'est pourquoi l'association accompagne ses programmes de conservation de micro-projets pouvant bénéficier directement à la population locale. Ici, la restauration d'une pagode dans la province de Kandal, là l'édition de livres de légendes khmères pour les enfants ou encore l'achat d'une vache pour une école d'Oudong afin d'offrir aux élèves une approche pratique du vivant. "Le maître-mot, c'est la multidisciplinarité", martèle le vétérinaire, qui veille amoureusement, depuis dix ans, sur la ménagerie du Jardin des plantes de Paris. 

Les concepts revendiqués sur son site par Yaboumba, baptisé du nom de l'ourson de Norin Chai, sont sans équivoque : "Bien trop souvent nous voyons le gâchis que peuvent produire les projets internationaux de Conservation, pilotés à distance ou littéralement 'arrosés' de dollars sans préoccupation véritable des problèmes de terrain. [...] Garder l'identité culturelle, propice pour un dialogue des cultures fructueux est indispensable pour des projets durables. De plus, avant de 'conserver' il s'agit d'abord de dialoguer, travailler sur des sujets d'intérêt commun des acteurs : cultures, traditions, religions… Après cela, pourra suivre une démarche solide pour la Conservation et la gestion rationnelle des ressources naturelles."

... à travers le monde
L'association Yaboumba a très vite essaimé, et compte aujourd'hui des branches en Espagne, en Italie, en Belgique, au Bangladesh ainsi qu'un bureau Afrique et un bureau Asie. Le bouillonnant vétérinaire, petit-fils de ministres du régime du Sangkum Reastr Niyum, n'a de cesse de multiplier les initiatives. Il a lancé une revue trimestrielle de formation post-universitaire, la "Pratique des animaux sauvages et exotiques", la première et la seule revue vétérinaire francophone spécialisée dans les nouveaux animaux de compagnie et autres exotiques. Il organise en parallèle des congrès et des voyages écotouristiques pour experts de sa congrégation vétérinaire, qui lui permettent notamment de financer ses travaux de recherches. Norin Chai a ainsi tenu parole à l'ourson de son enfance...

 

 


L'aspect scientifique du projet expliqué sur le site de Yaboumba
"Trois espèces de bovins sauvages ont été décrites au Cambodge : le banteng (Bos javanicus), le gaur (Bos frontalis) et le kouprey (Bos sauveli), ce dernier étant l'emblème national du pays. Une récente étude moléculaire a conclu que ces trois espèces avaient divergé à la fin du Pliocène, vers 2,6 +- 0,5 millions d'années. Malheureusement, les données actuellement disponibles ne permettent pas de savoir si le kouprey est plus proche des gaurs ou des bantengs, ou s'il est divergent par rapport à ces deux espèces. D'autres études ont par ailleurs révélé des cas d'hybridation entre des bovins domestiques et sauvages, et des travaux en cours laissent penser que le kouprey pourrait avoir participé à la domestication des bovins au Cambodge. Nous avons déjà initié une étude à partir des spécimens ostéologiques conservés dans les collections du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris, des animaux vivants maintenus à la Ménagerie du Jardin des Plantes, et d'autres tissus récemment collectés au Laos, au Vietnam et au Cambodge. Les premières analyses montrent que les populations sauvages et domestiques du Cambodge sont très hétérogènes du point de vue morphologique, mais au aussi sur le plan moléculaire. Afin de mieux comprendre les flux de gènes entre les bovins sauvages et domestiques, il apparaît désormais nécessaire d'échantillonner davantage de spécimens au Cambodge."

 

Source : Association Yaboumba

 


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4 Commentaire
Par Rumchang Phkar 2009-04-18 04:55:33
Comme "buffalo", le gaur en est vraiment un. Depuis mon éloignement du pays, je ne sais pas le zoo de la colline Ta Mao disposerait vraiment des conditions naturelles de l'animal.
Le malheureux exemple a existé pour les boeufs d'origine pakistanaise; ils sont tous amaîgris et ...!
Pour les experts responsables, le plus difficile geste individuel serait de sacrifier ses "intérêts perso" et se retenir entre ses propres poches et celles de la collectivité nationale, au moins. d'autant qu'actuellement, les Lexus inondent le pays.
Par LENG Santha 2009-04-20 19:14:30
Ce que je lis des réflexions et du travail de Norin Chai me réjouissent. L'interdisciplinarité me paraissent d'un grand apport. La multidisciplinarité m'impressionne bien plus.J'aurais voulu être disciple d'un Léonard de Vinci khmer.
Je croyais que la spécialisation scientifique et productive avaient de longue date condamné ce point de vue.
Je serais très heureux de vous rencontrer ce vétérinaire atypique?
de la part du Singe Blanc
Par rabelais 2009-04-25 22:34:12
Vu la situation au Cambodge, nous lui avons trouvé un nom : BARBECUE.
longue vie à lui qund meme.
Par Pitou ANG 2009-05-01 03:57:31
Suite à l'arcticle sur Norin Chai, je souhaite qu'un jour une audit par un spécialiste aura lieu dans le domaine de Prey Thom à Battambang de districk Bavel, près de la frontière thailandaise sur un terrain de 100ha où je me battais bec et ongle pour préserver la faune et petit bout de forêt restante. En 2003, un groupe de villageois m'ont raconté il y avait un dernier énorme gaur chassé à cet endroit!, et il fallait plus de 10 personnes pour sortir cette pauvre bête.
J'ai pris cette année un an de congé sabbatique pour mener des actions de protections de la forêt et de la ferme traditionelle dans cette région. Decembre 2008, j'ai mené un groupe de voyageur solidaire EDF pour replanter des arbres primaires!, c'était un moment intense pour moi!, car les villageois avec des enfants et nos voyageurs se sont donnés à tout coeur pour valoriser nos actions
de reboisement!. Cette année novemre 2009 , un nouveau groupe de voyage solidaire EDF vont de nouevau visiter cette contrée abandonée et éloignée de tout!. Grand merci à la CCAS de pôle International qui se donne de moyens pour soutenir mes actions . Et aux voyageurs solidaires qui se sont joint à l'ONG codeaukhmer pour donner impulsion à nos actions.
Pitou ANG, ancien réfugié cambodgien
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"Trois espèces de bovins sauvages ont été décrites au Cambodge : le banteng (Bos javanicus), le gaur (Bos frontalis) et le kouprey (Bos sauveli), ce dernier étant l'emblème national du pays. Une récente étude moléculaire a conclu que ces trois espèces avaient divergé à la fin du Pliocène, vers 2,6 +- 0,5 millions d'années. Malheureusement, les données actuellement disponibles ne permettent pas de savoir si le kouprey est plus proche des gaurs ou des bantengs, ou s'il est divergent par rapport à ces deux espèces. D'autres études ont par ailleurs révélé des cas d'hybridation entre des bovins domestiques et sauvages, et des travaux en cours laissent penser que le kouprey pourrait avoir participé à la domestication des bovins au Cambodge. Nous avons déjà initié une étude à partir des spécimens ostéologiques conservés dans les collections du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris, des animaux vivants maintenus à la Ménagerie du Jardin des Plantes, et d'autres tissus récemment collectés au Laos, au Vietnam et au Cambodge. Les premières analyses montrent que les populations sauvages et domestiques du Cambodge sont très hétérogènes du point de vue morphologique, mais au aussi sur le plan moléculaire. Afin de mieux comprendre les flux de gènes entre les bovins sauvages et domestiques, il apparaît désormais nécessaire d'échantillonner davantage de spécimens au Cambodge."

Source : Association Yaboumba

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