
Phnom Penh (Cambodge), le 5 avril 2007. Vaeng Samath, 22 ans, originaire de Kompong Speu, étudiant à la faculté de Droit, partage un local avec seize autres étudiants dans la pagode de Sampeuv Meas © John Vink / Magnum Pour la nouvelle année universitaire 2008, nouveaux profs et… nouvelle possibilité de financer ses études ! Pour la première fois au Cambodge, des étudiants pourront, s'ils le souhaitent, souscrire un prêt pour couvrir leurs frais de scolarité. Mise en place à l'Institut de technologie du Cambodge (ITC) en association avec le réseau d'épargne et de crédit mutuels du Cambodge (Cambodia mutual savings and credit network, CMSC) - une organisation non gouvernementale émanant de la banque mutualiste française Crédit Mutuel et intervenant dans le domaine de la micro-finance -, cette initiative ne concerne pour le moment que les universitaires de quatrième et cinquième cycle.
Une rencontre entre le CMSC et l'ITC Le projet est né à la suite de la rencontre annuelle des ONG du 25 octobre 2007 organisée à l'ambassade de France. Christine Dellocque, la directrice générale du CMSC vient à cette occasion présenter son organisation. Parmi l'auditoire, se trouve Moncef Meddeb, conseiller de la direction à l'ITC. Il avait déjà réfléchi à un projet de prêt étudiant. "Nous nous sommes rencontrés, se souvient Christine Dellocque, et j'ai tout de suite été intéressée par cette idée. Le Crédit Mutuel avait déjà, en France, l'expérience des crédits auprès des jeunes adultes, eux avaient des étudiants motivés et une organisation solide, de quoi mettre en place un projet tenant la route." Très vite, les premières démarches sont initiées. Le CMSC mène une enquête auprès des étudiants de l'ITC, qui se révèle concluante. "Nous avons distribué des questionnaires aux futurs ingénieurs, dans lesquels nous leur demandions de quelle province ils venaient, comment ils dépensaient l'argent au cours de leurs études, s'ils travaillaient en parallèle, ce que représentait l'épargne pour eux… Après avoir défini leur profil, nous nous sommes penchés sur les statistiques de réussite de l'école, qui étaient très bonnes, car plus de 70 % des élèves trouvent un emploi à la sortie de l'ITC tandis que de nombreux autres poursuivent un master à l'étranger." Des étudiants jusque-là exclus du système de prêt Seuls 1 à 2 % des questionnaires n'ont pas été retournés, un bon signe selon la directrice de l'ITC, Sackona Phoeurng, enthousiasmée par cette innovation. "Je pense que ce projet plaît aux étudiants, d'autant plus que la plupart parviennent déjà à gagner un peu d'argent de poche à la fin de leur cycle universitaire, souligne-t-elle. Ils ont donc de quoi rembourser les prêts, présentant un excellent profil d'emprunteur." Jusque-là, aucun système de prêt étudiant n'avait été mis en place au Cambodge. "Pour emprunter dans une banque ici, il faut être propriétaire d'un terrain et montrer des titres. Ainsi les étudiants sont de fait exclus du système de prêt." Scepticisme et inquiétude De leur côté, les étudiants se montrent un peu plus circonspects quant à cette nouvelle possibilité de financement qui s'offre à eux. En outre, leur manque d'expérience en matière d'épargne et de gestion d'un compte bancaire les rend plutôt sceptiques. "Le CMSC a organisé de nombreuses réunions d'information, rapporte Sim Dimang, le président de l'association des étudiants de l'ITC, en 5e année. Cependant, beaucoup ne comprennent pas le fonctionnement du prêt. "A l'image de Mouang Darachampich, une étudiante en 4e année de chimie, inquiète de ne pas avoir les moyens de payer sa dette et les intérêts inhérents au terme de son cursus [lire "Prêts : les sommes en jeu", dans la colonne "En savoir plus"]. "Et si nous n'avons pas de travail une fois diplômés, qui va payer ? Avec les intérêts, cela fait une somme conséquente à rembourser. Est-ce-qu'on peut prolonger la durée de remboursement ?", s'enquière-t-elle. Des plaquettes d'information simples et claires ont pourtant été distribuées aux étudiants, qui se montrent globalement méfiants vis-à-vis des institutions bancaires. Les étudiants en fin de cycle sont-ils vraiment les plus concernés ? Au-delà de cette préoccupation, beaucoup font part de leur incompréhension quant au choix de ne laisser que les étudiants de quatrième et cinquième année accéder aux prêts : "La majorité des ingénieurs de l'ITC gagnent déjà leur vie à la fin de leurs études, ils sont capables de tracer des plans, par exemple, et cela peut leur rapporter jusqu'à 1 000 dollars par mois, ils n'ont donc pas besoin d'argent", relève Sim Dimang. Pour cet étudiant en génie civil, ce sont les étudiants de début de cycle qui ont le plus besoin d'argent : "C'est en première et en deuxième année que les étudiants ont à acheter le plus de matériel, explique-t-il. En outre, beaucoup viennent de province et les études leur coûtent très cher. Je ne comprends pas pourquoi on ne s'intéresse qu'aux étudiants en fin de cycle…" Sear Vichetr, un autre étudiant au département de génie rural en fin de cycle à l'ITC trouve également que le prêt pourrait être intéressant s'il ne servait pas uniquement à payer les frais de scolarité : "De nombreux étudiants qui finissent l'ITC ont envie de continuer leurs études à l'étranger et n'ont pas les moyens de le faire. Ils pourraient avoir besoin d'emprunter car seuls 30 % à 40 % d'entre eux ont accès aux bourses d'Etat pour partir et ensuite, sur place, la vie au quotidien coûte beaucoup d'argent !" ITC et CMSC conscients des futurs développement à prévoir "Nous sommes conscients que cette offre reste assez limitée pour le moment, avoue Sackona Phoeurng, mais il faut attendre de voir si cela fonctionne avant de développer cette offre." De son côté, le CMSC souhaite vivement ne pas en rester là : "Il faut procéder étape par étape. Aujourd'hui, on propose aux quatrième et cinquième années et, demain, nous voudrions élargir cette possibilité aux étudiants de début de cycle, affirme Christine Dellocque. Et puis le problème, c'est aussi que beaucoup d'élèves abandonnent leurs études après la première année, ils sont donc moins solvables. Il faut d'abord maîtriser l'environnement dans lequel nous nous trouvons. Nous n'en sommes qu'au début." Alors que la rentrée universitaire a eu lieu il y a plus d'un mois, aucune demande de dossier n'a encore été transmise, ce qui n'inquiète pas outre mesure l'organisme financier : "Ce n'est pas encore le moment de payer les frais, avance Christine Dellocque. Peut-être faut-il aussi que nous organisions de nouvelles réunions d'information pour répondre aux questions. Il y a encore beaucoup de pédagogie à faire autour du prêt." Bientôt des petits ? En attendant, cette initiative fait tout de même des émules. L'université royale de droit et de sciences économiques a ainsi à son tour lancé une étude auprès de ses élèves. Le tout étant de savoir si, pour les 99 803 étudiants du Cambodge, le bonheur est effectivement dans le prêt !
Egalement sur Ka-set Bac au Cambodge : tricher n'est pas fauter (07-08-2008)
- Hun Sen : les lycéens et étudiants ne seront pas mobilisés sur le front de Preah Vihear (20-11-2008)
- Les partis politiques cambodgiens soignent leur jeunesse (30-06-2008)
|
Par hachem
Par Achey
Par Ben du Cambodge