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Comment les ONG cambodgiennes tentent de sortir des sentiers battus du financement
Par Anne-Laure Porée   
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09-03-2009

Vente aux enchères - Licadho ©Vandy Rattana

Phnom Penh (Cambodge), le 8 mars 2009. Vente aux enchères de lampes, au profit de l'éducation d'enfants élevés avec leur mère en prison
©Vandy Rattana

Pour les ONG intervenant au Cambodge dont le fonctionnement est garanti par des fonds institutionnels, le casse-tête des dossiers de financement est une galère récurrente, invariablement synonyme de stress. "Il y a évidemment des avantages à s'appuyer sur des financements institutionnels, surtout quand vos activités ne font pas pleurer dans les chaumières, explique un directeur d'ONG sous couvert d'anonymat. Les inconvénients, ce sont les procédures à respecter, très lourdes, les contraintes comptables, la nécessité d'avoir des actions qui donnent une visibilité aux partenaires institutionnels. Et puis il faut s'adapter à leur jargon et suivre leur ligne selon la mode du moment : défendre l'Etat de droit et la démocratie, le gender [égalité des sexes]... Parfois je me dis que si je faisais tout au poil, je n'aurais pas le temps de mettre en place les missions pour lesquelles j'ai cherché de l'argent." En parallèle de la méthode caméléon, des initiatives naissent qui génèrent des fonds, modestes, et servent de soupape aux ONG cambodgiennes. Petite revue non exhaustive. [version mise à jour le 11/03/2009]


Le docteur qui joue du violoncelle
Depuis 2000, Beat Richner, pédiatre et violoncelliste, se produit en concert à Siem Reap, une à deux fois par semaine. Objectif : récolter de l'argent pour les hôpitaux Kantha Bopha dédiés aux enfants cambodgiens. En 2008, ses concerts ont rapporté directement 200 000 dollars. Indirectement, ils ont généré des dons faits par des touristes après leur passage au Cambodge. "Au final, les retombées sont de l'ordre de 5 à 7 millions de dollars par an", explique Beat Richner. L'artiste Beatocello, nom de scène du docteur, constitue à lui seul une part non négligeable du budget annuel de fonctionnement de 34 millions de dollars, auquel jusqu'ici les gouvernements suisse et cambodgien apportaient chacun 2 millions de dollars. Les hôpitaux Kantha Bopha ne bénéficient pas de fonds institutionnels mais essentiellement de dons privés, inférieurs à 500 dollars. Cette année, Beat Richner anticipe les effets de la crise financière par une campagne de soutien lancée auprès de 90 000 donateurs de référence en Suisse : il demande un don de 20 francs suisses (un peu plus de 17 dollars) pour assurer le fonctionnement des hôpitaux. Il prépare aussi une série de concerts dans son pays d'origine.

Vendre des briques pour acheter les murs
En dehors des problèmes de fonctionnement, certaines ONG doivent faire face aux mauvaises surprises. En mai 2006, quand le propriétaire annonce à Mith Samlanh son intention de vendre, c'est la tuile. L'ONG qui accueille près de 2 200 enfants des rues par jour et essaye de les réintégrer dans le système scolaire public, dans leurs familles, dans un emploi...  n'a aucun intérêt à quitter ce lieu situé dans le quartier touristique où vivent et travaillent nombre d'enfants des rues, et où le restaurant fréquenté à hauteur de 70% par des touristes leur donne une audience large et une visibilité. La décision est donc prise d'acheter. Il reste à trouver 3 millions de dollars. Certes la banque ANZ prête de l'argent mais le taux d'intérêt, aujourd'hui à 10%, est prohibitif. L'équipe de Mith Samlanh a donc eu l'idée d'une campagne de vente de briques peintes par les enfants de l'ONG. Contre 50 dollars, payables via internet, le donateur voit son nom inscrit sur la brique qui s'empile sur celles des autres supporters de l'ONG pour former un magnifique mur multicolore. Cette campagne a rapporté 25 000 dollars en 2008, selon Penny Tynan, responsable de la recherche de fonds pour le terrain (land campaign fundraising manager).  

1 001 petites initiatives des réseaux
A PSE (Pour un sourire d'enfant), ONG fondée par Christian et Marie-France des Pallières en 1993 au Cambodge pour venir en aide aux enfants défavorisés, la crise financière laisse des traces. "En temps normal, nous avons 200 parrainages non nominatifs (sponsorship) à renouveler par an. Mais en 2008, nous en avons perdu 500", constate Pin Sarapich, le directeur des programmes. Les des Pallières, qui sillonnent les routes de France pour susciter les dons de particuliers, vont devoir mettre les bouchées double. Grâce à une méthode éprouvée depuis de longues années, ils sont épaulés par un réseau solide d'où émanent de nombreuses initiatives individuelles et des enveloppes inattendues. Alex, par exemple, un jeune Britannique de 11 ans, a passé un contrat avec ses parents : il recevrait 1 livre (1,4 dollar) à chaque fois qu'il lirait un livre et le leur résumerait. Entre ses lectures et celles des autres élèves fédérés autour de son projet, Alex a récolté 11 000 livres pour PSE.

Il y a aussi ceux qui escaladent des montagnes au profit de l'association, ceux qui lui reversent l'argent reçu en cadeau de mariage... Mais les initiatives existent également au Cambodge. Tandis qu'un millionnaire cambodgien va proposer un don de 500 dollars à PSE à condition que ce soit filmé par une caméra, les gens du commun ont eux le don plus modeste et aussi efficace. Le personnel de PSE a ainsi décidé de se cotiser chaque mois pendant un an pour l'ONG, résultat : 1 200 dollars mensuels en caisse. Les anciens élèves, eux, organisent des soirées au profit de PSE. Le 10 avril prochain, le centre de Stung Meanchey se transformera en discothèque géante. L'argent récolté financera le relogement de familles touchées par le déménagement de la décharge municipale.  

Tendance ventes aux enchères
Dans le sillage des galas de charité ou concerts de bienfaisance sont apparues au Cambodge les ventes aux enchères. Les artistes locaux et internationaux sont mis à contribution et le produit de la vente de leurs œuvres est versé à une ONG. Le Cafe Living Room, qui cherche à se démarquer par son rôle social, n'en était pas à son coup d'essai dimanche 8 mars en ouvrant ses portes pour un cocktail et une vente aux enchères de lampes artistiques dont les fonds ont été reversés à la Licadho, pour offrir aux enfants qui vivent en prison avec leur mère incarcérée, un lieu sûr où ils pourront recevoir un enseignement.

Dans un genre différent, le Sipar, une ONG qui appuie la création de bibliothèques dans tout le pays et développe une activité d'édition jeunesse en khmer, a reçu en février près de 46 000 dollars pour ouvrir une grande bibliothèque et produire un livre documentaire sur l'environnement. Cette somme est le résultat d'une vente aux enchères sur internet. En effet, depuis quatre ans le fabricant suisse de montres de luxe IWC réalise en partenariat avec la fondation Saint-Exupéry une série de montres en hommage au pilote-écrivain. Un modèle unique en platine est mis aux enchères, l'argent étant ensuite versé à un projet à destination des enfants, sélectionné pour son sérieux par la fondation, tandis que des modèles de série limitée sont vendus aux collectionneurs ou amateurs.

Dans toutes ces initiatives, le bouche-à-oreille, essentiel, sert de rempart aux ONG.

 


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1 Commentaire
Par Narmo 2009-06-11 00:18:52
Cet article est intéressant sur plusieurs points.

Premièrement, il apporte une information assez importante concernant le financement de certaines ONG opérant au Cambodge. Le financement institutionel des ONG par le gouvernement cambodgien montre que le dévelopement du Cambodge est assumé par les cambodgiens. Bien que cela entraine des lourdeurs administrative, une institution forte se porte en garant de la conformité des actions des ONG avec les stratégies de dévelopement approuvées par le gouvernement. Trop souvent par le passé, les ONG contournaient le gouvernement ou les décideurs locaux et se bornaient à appliquer l'agenda des donateurs plutôt que de s'intéresser aux vrais maux des cambodgiens.
Les pratiques des ONG également déclenchées une "fuite des cerveaux" de personnel gouvernemental qualifié vers les structures mis en place par les ONG pour des raisons de salaire, les ONG allouant un supplément de salaire pour leur personnel.

Deuxièmement, le comportement du "généreux millionnaire" offrant $500 à une ONG me laisse perplexe. La requête de la caméra me sidère encore plus.... Je me pose donc cette question: le Cambodge est-il devenu un pays où la morale est dictée par les valeurs matérielles et non traditionnelles?
Clairement, notre généreux donateur aurait quelques leçons à prendre en humilité.
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