Phnom Penh (Cambodge), le 26 février 2009. Un bonze consulte les nouvelles internationales sur Internet, dans un cybercafé de la capitale cambodgienne ©Vandy Rattana Mi-février, la nouvelle tombait, reprise dans la plupart des médias économiques en France : Alcatel Lucent a été choisi par Chuan Wei pour mettre en place un réseau Wimax Rev-e national au Cambodge. Cette nouvelle technologie, grande sœur du Wimax Rev-d, déjà installée au Cambodge et utilisée par de nombreux fournisseurs d'accès à Internet (FAI), permettrait non plus de se connecter uniquement chez soi, dans un périmètre restreint à quelques centaines de mètres - comme un Wi-fi (réseau sans fil) un peu plus puissant - mais d'accéder au Web, sans fil et à haut débit, de façon mobile, dans la rue par exemple, par le biais d'un téléphone ou d'un ordinateur portables. Optimiste, Chuan Wei table même sur un million d'abonnés en deux ans, dès l'ouverture des services, mi-2009. Seulement, si sur le papier ce Wimax Rev-e semble idyllique, quelques spécialistes de l'Internet au Cambodge émettent des réserves. Parmi les points faibles, le fait notamment de devoir s'équiper d'un modem ou de matériels supportant le Wimax. En outre, certains soulignent que cette technologie risque d'être difficile à mettre en place pour, au final, n'offrir qu'un Internet d'une qualité moindre que via l'ADSL ou la fibre optique. Sur un marché émergent et très concurrentiel, la lutte se joue autant sur les technologies que sur la communication.
Le 17 février 2009, en marge du Congrès mondial du mobile, à Barcelone (Espagne), le français Alcatel Lucent (ALU) a annoncé avoir été retenu par Chuan Wei, pour déployer le premier réseau national Wimax Rev-e au Cambodge. Le spécialiste hexagonal des télécommunications sera donc chargé de mettre en place les antennes qui permettront de relayer les micro-ondes pour obtenir un Internet sans fil et à haut débit. Une mission dont ALU s'est fait le spécialiste, après être intervenu dans nombre de pays en voie de développement. L'heureuse opératrice des services, seule à avoir obtenu une licence d'exploitation auprès du gouvernement, Chuan Wei, créée en 2008 par le conglomérat Thaï Boon Roon Ltd, prévoit l'ouverture de ses services dans le royaume khmer dès mi-2009, et table sur rien moins qu'un million d'abonnés en deux ans ! Un pari pour le moins ambitieux. "Je suis curieux de savoir où ils vont les trouver, s'interroge Xavier Lafut, directeur de la société AsiaForm, spécialisée en développement de solutions informatiques. On dénombre actuellement dans le pays 20 000 abonnés environ et 150 000 personnes qui utilisent les services des cybercafés. A mon avis, le nombre d'abonnés potentiellement intéressés tourne plutôt autour des 200 000 personnes, pas plus…" Optimisme de rigueur pour les Wimaxiens de la dernière heure Pourtant, force est de constater que l'optimisme est de mise chez Alcatel Lucent et Chuan Wei. "En étant le premier fournisseur à déployer un réseau national Wimax Rev-e au Cambodge, Chuan Wei contribuera à l'avenir des communications dans la région. Le réseau va considérablement aider la croissance économique du pays en améliorant les communications et en permettant aux entreprises locales et multinationales de se développer", déclare ainsi Alan Khov, président de Chuan Wei. "Nous pensons que le marché du DSL sans fil connaîtra un développement important au cours des cinq prochaines années et plus dans le monde entier car près de 90 % des abonnés Wimax Rev-e utiliseront ce type de services d'ici 2013", affirme de son côté Mike Iandolo, président des activités de réseaux sans fil d'Alcatel-Lucent. Il est vrai qu'au premier regard, l'offre s'avère alléchante puisque le quidam pourra, grâce au Wimax Rev-e, se connecter de n'importe où pour obtenir des connexions internet sans fil et à haut-débit. "Grâce à ses antennes relais, Wimax Rev-e peut atteindre une portée de cinquante kilomètres et couvrir des zones isolées, des grandes villes ou des ports. Son installation est très facile puisqu'on peut poser ces antennes n'importe où. C'est donc l'idéal pour un pays comme le Cambodge", considère-t-on encore chez ALU. Avis un peu plus mitigé du côté des experts "C'est bien beau de proposer une telle technologie et c'est vrai que de loin, elle a tout pour plaire, mais encore-faut-il pouvoir accéder à ces services, c'est-à-dire disposer du matériel adéquat", tempère Xavier Lafut, sans pour autant chercher à jouer les trouble-fêtes. Une des principales objections au développement du Wimax réside en effet dans la nécessité que les utilisateurs soient équipés d'un modem spécial ou de matériel compatible avec cette technologie. Pour pouvoir en profiter, l'abonné a besoin d'un terminal de type modem, conforme à ce standard, sur lequel il branchera son ordinateur (pour transférer des données ou accéder à Internet) ou son téléphone (pour passer des appels vocaux sur IP), ou bien d'une clé USB spécifique permettant d'utiliser l'ordinateur portable en mode nomade. Un obstacle qui devrait rapidement être levé, précise-t-on chez Alcatel Lucent : "Il est prévu que les PC vendus en Europe et dans le reste du monde intègrent progressivement à leur tour une puce Wimax, ce qui permettra de s'affranchir des équipements". "Pour le moment, les PC sont loin de tous posséder la puce Wimax, constate toutefois Xavier Lafut. Les Cambodgiens ne peuvent pas se payer ces équipements. Je pense qu'il faudra donc que l'opérateur le fournisse avec l'abonnement pour que ça fonctionne." Une possibilité qui n'est pas écartée pour le moment. L'utilisation sur téléphone mobile : un futur pas si proche ? Quant à l'utilisation du Wimax Rev-e sur un téléphone mobile, elle appartient elle aussi encore au futur : car, comme pour les PC, seuls les téléphones intégrant la fameuse puce Wimax seront compatibles. "La plupart des équipements pour mobile, de type MID (Mobile Internet Device) ou UMPC (UltraMobile PC) sont encore au stade de prototypes. Ils ne seront progressivement disponibles que d'ici fin 2009/2010", estime Xavier Lafut. Et comme pour tout nouveau petit bijou technologique, leurs prix en feront vraisemblablement des produits inaccessibles à la grande majorité des Cambodgiens. "Pour le Wimax, les perspectives de développement seront sévèrement limitées par le manque de PC ainsi que les faibles pouvoirs d'achat et l'importante croissance de l'utilisation des services cellulaires", expliquait ainsi l'expert en informatique Mark Heath, dès 2006, dans un rapport publié par le cabinet d'études AnalySys. La téléphonie cellulaire est beaucoup plus attrayante pour la plupart des personnes vivant dans ces pays, car les téléphones y sont disponibles à très bon marché." Peu de réaction du côté des fournisseurs d'accès Du côté des FAI opérant au Cambodge, on préfère ne pas faire de commentaires. Seul un fournisseur a accepté de réagir sur le sujet, sans être nommé. Présent depuis dix ans au Cambodge, son responsable se dit très dubitatif face à l'arrivée du Wimax Rev-e : "Je ne suis pas du tout inquiet de l'arrivée du Wimax Rev-e au Cambodge de façon nationale. D'abord, je ne comprends pas comment Alcatel Lucent va pouvoir installer de nouvelles antennes alors qu'il est dorénavant interdit de construire de nouvelles infrastructures de ce type, explique-t-il. C'est une norme non-symétrique (256 Kb/s en montée, 64 Kb/s en descente), donc mauvaise pour le partage de fichiers. En outre, elle risque d'interférer avec le réseau Wi-fi existant. Ensuite, le problème du Wimax est qu'il ne peut supporter un très haut débit. Or le développement des services Internet dans la région demande du 10 Mb/s, ce que ne peut fournir le Wimax. Aux alentours de 2011, le besoin moyen en bande passante s'élèvera à 1 Mb/s, et en 2012, entre 3 et 6 Mb/s. Là aussi c'est mission impossible pour le Wimax. Comment pourra-t-il intéresser le monde des entreprises avec si peu de possibilités ? Or c'est ce qu'il vise : 80 % des sociétés cambodgiennes ! Seul un réseau de fibres optiques pourrait permettre une telle vitesse." Quelles solutions pour Internet demain ? Aujourd'hui, de nombreuses solutions existent pour tous ceux qui souhaitent juste surfer ou accéder à leurs mails. Ainsi, de nombreux FAI comme Online, Angkornet ou Ezecom proposent le Wimax rev-D pour un usage limité, car sa couverture ne s'étend que sur quelques kilomètres. Aujourd'hui, l'internaute lambda peut trouver à Phnom Penh des abonnements à environ 40 dollars, contre une moyenne de 100 dollars il y a encore un an et demi, le dernier en date étant QB qui, pour 35 dollars par mois, permet de surfer sans limite de temps. Toutefois, ces usages sont limités à un usage privé et sont cantonnés, géographiquement, au centre de Phnom Penh. Dès qu'il s'agit d'un usage professionnel, le bât blesse. "Aujourd'hui les connexions satisfaisantes, en tout cas pour une utilisation professionnelle comme celle de ma société, sont celles qui utilisent la fibre optique, confie Xavier Lafut. En effet, l'ADSL est dépendant du réseau téléphonique existant ce qui pose problème : coupures récurrentes, plusieurs interlocuteurs en cas de problèmes de connexion… Et les solutions Wimax actuelles ne permettent pas du haut débit : 512 kb/s au maximum et plus généralement 256 kb/s." Les prix de ces connexions d'usage professionnel se chiffrent en centaines, voire en milliers de dollars. "Le problème est que le Cambodge ne possède pas son propre point d'accès, précise le directeur d'AsiaForm. Les FAI doivent acheter leur bande passante en Thaïlande ou au Vietnam, ce qui coûte très cher. Aujourd'hui, les connexions coûtent au Cambodge dix à quinze fois plus cher que dans les autres pays de la région. Mais pour que les tarifs baissent, il faut aussi qu'il y ait davantage de demande pour une plus grande bande passante. De cette façon, les FAI développeront leur réseau et la vitesse augmentera." La plupart des fournisseurs d'accès sont actuellement à la tâche et cherchent à élargir leur zone de couverture et leur réseau en fibres optiques, chacun restant discret sur ses évolutions futures. Wimax, fibre optique ou ADSL, le Cambodge semble toutefois avoir encore un long chemin à parcourir avant de devenir une E-nation.
Le Wimax sur le Net - Article en français publié sur le site de Radio France Internationale (RFI) sur l'avenir du Wimax et la 4 G - A la découverte du Wimax, dossier du site Tous les réseaux - L'actualité du Wimax, sur le site Wimax-Fr
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